LES MOINES : LA CHEVALERIE S
de reliques. En Italie, saint Romnald, en voyage, traversait une ville; le peuple se rue sur lui pour lui assurer les honneurs du martyre et retenir ses saints débris.
Quoil les esprits les plus éclairés de ce temps ne sont pas soustraits à ce débordement de mysticisme I Fulbert de Chartres, un politique, explique lesmiracles. Saint Anselme, qu'on croirait éloigné de ces élans surnaturels, voit et explique les événements dont il est témoin, à l'aide des paroles de l'Écriture sainte; il s'efforce d'élever son sens mystique audessus de la lettre extérieure, superficielle {mysticum super^iei litterx coaptemus). Il prête la réalité à l'allégorie, et objective l'identité du supernaturel et du naturel. Tout tourne à la scolastique, à la théologie 1 Ce temps semble perdre la notion des rapports de l'esprit et dii corps, et s'efforce avec angoisse d'échapper à la vie matérielle qui l'enchaîne pour arriver à la vie idéale, divine !
Comment la société politique, féodale, échapperait-elle à cette action de l'Église monastique si puissante sur les lettrés comme sur les masses? L'empereur Henri III veut que Hugo de Cluny baptise son fils Henri IV. Le roi de Castille, Alphonse W, qui avait été prisonnier des inlldëles, vient remercier l'ordre de Cluny de sa délivrance. Une lettre de Grégoire VII n'empêche pas le duc de Bour^ Hugo, d'entrer au couvent en 1073. Ce pape it l'exécution de même désir à l'impératrice . et à la grande comtesse Mathilde « parce qi sont utiles dans ie monde au service de l'Égl
524 QUESTION d'orient au moyen AGE
Le comte de Toulouse, Guillaume, entre en lutte avec la cour de Rome parce qu'il veut imposer à quelques couvents malgré eux la plus rigoureuse discipline. Mais Thumeur guerrière et aventureuse de ce temps encore barbare, où les vieux instincts de la vie nomade circulent avec le sang des aïeux dans les veines des descendants des Teutons et des Gaulois et encore plus des Normands, la veille encore pirates ou brigands, alors enfermés ennuyeusement dans les murailles étroites de leurs donjons ou dans les limites contestées de leurs domaines, s'accommodent moins, pour expier leurs péchés, des murs encore plus tristes d'un couvent que des lointains pèlerinages à l'air libre et à travers les aventures qui se multiplient aussi à la même époque I Si les laïcs ne pouvaient suivre aussi haut les moines dans leurs élans mystiques, sur terre au moins ne pourraient-ils aller plus loin?
Les pèlerinages lointains, armés, à Saint-Martin de Tours, à Rome, à Saint- Jacques de Gompostelle, bientôt à Jérusalem , sont le résultat de cet entraînement. La pénitence ne connaît plus ni les distances ni les frontières. Quelle occasion d'amendement intérieur, d'amélioration morale que de fouler le sol habité par les saints ou consacré par leurs reliques, sans compter que l'ambition peut y trouver son compte par l'acquisition des biens temporels! Seuls ou en troupes, laïcs et clercs, seigneurs et vilains, femmes, prennent la route des lieux saints. Robert P' de Flandre qui voulait conquérir un royaume sur les Sarrasins d'Espagne va jusqu'à