‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 159 sur 174 · LA CHEVALERIE S · texte numérisé non relu

LA CHEVALERIE S

er ce service? Elle lui avait imposé la paix, la trêve

Dieu; pourquoi maintenant ne ferait-elle pas de

guerre un instrument de propagande et ne béni-

.|it-elle pas cette épée, au moins pour y reprendre

territoires chrétiens sur les Infidèles et guer-

jer pour la foi.

C'était une vieille coutume de Germanie que le jeune rrier, parvenu à Tâge d'homme, fût, dans Tasseme de la nation, solennellement revêtu de la framée de Vécu. C'était aussi une coutume de la féodalité e le fils du seigneur ou les nobles fils de vassaux ' Il faisait élever dans son château, fussent solenellement armés par lui de leur première épée. Ici mme là-bas, dans le château seigneurial comme ns .l'assemblée de la tribu, c'était un signe que le une homme était admis au rang des guerriers. l'Église, à cette époque, intervenait dans tous les actes importants de la vie : la naissance, le mariage, la mort. Elle intervient peu à peu dans celui qui fait le guerrier. Aux anciennes cérémonies barbares ou féodales, elle joint des cérémonies religieuses : le bain mystique, au sortir duquel le candidat revêtait la tunique blanche, la robe et la soie noire. Elle veut qu'on se prépare à cette investiture guerrière par le jeùrïe, la veille, la prière, qu'on se confesse et qu'on communie. Au serment de fidéUté envers le suzerain, ijui conférait le titre de chevalier, elle ajoute le serment ie naourir plutôt de mille morts que de renoncer au christianisme, de combattre pour la foi, de protéger tous les faibles, tous les désarmés, les femmes, les prêtres, les enfants, les lieux saints, les reliques! La

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cheYalerie, aux yeux de l'Église, devient une espèce de sacerdoce ; le chevalier indigne est à Tordre de chevalerie ce que le prêtre simoniaque est à la prélature. Or, comme tous les nobles étaient chevaliers, comme les deux mots deviennent synonymes , c'est la caste guerrière tout entière qui se trouve enrôlée dans la sainte milice. « Chevalerie est établie, dirat-on bientôt, pour sainte Église garantir. »

Tel est l'idéal que FÉglise se faisait du parfait chevalier. Il n'y a plus qu'à réunir et à guider tous ces vaillants pour assouvir au profit du christianisme cette soif de guerre qui fait bouillonner le sang dans leurs veines. L'Église n'aura-t-elle pas pitié de leur martyre; ne leur rendra-t-elle pas l'épée qu'elle leur avait arrachée, mais en leur montrant du doigt l'Espagne aux mains des Infidèles, les missionnaires égorgés par les Lettes barbares du Nord, le tombeau du Christ foulé aux pieds par les Sarrasins ! Alors le serf et le noble^ dévorés l'un sur le sillon, l'autre dans son donjon, d'un incurable ennui, sentiront se réveiller en eux les instincts nomades; les épieux vont s'aiguiser, les armures résonner; les ponts-levis s'abaisser pour laisser sortir le chevalier bardé de fer. Barons sur leurs nobles destriers, paysans hâtant de l'aiguillon la marche de leurs chariots attelés de bœufs, ils vont s'en aller émigrer à la grâce de Dieu, vers un but inconnu! Le serf cherche la liberté, le baron la distraction, tous une existence plus large, un plus vaste horizon, un ciel nouveau. On arrachera aux mécréants le tombeau du Rédempteur. Mais pour arriver là, il faut que l'Église et la société féodale aient

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'trouvé leur maître dans le successeur de saint Pierre, dans le vicaire de Jésus-Christ, dans le pape.

Il venait de s*élever en Orient un nouveau conquérant asiatique, fondateur d'un de ces empires nomades de peuples pasteurs, qui ravageaint alors, de temps à autre, comme une trombe, les vastes plaines de FÂsie, mais que le hasard pouvait pousser tout à coup au milieu du continent montagneux et étroit d'Europe où il eût fait de plus grands et de plus durables ravages encore. L'empereur de Constantinople, avec ses forteresses démantelées, avec ses soldats qui faisaient porter leurs armes à leur suite dans des chariots, était aux abois; les Turcs Seldjoukides, cavaliers à Tare tendu de nerf de mouton, au feutre de laine, à Tétrier de bois, passés au service de Mahomet, plantaient leurs tentes blanches ou noires au milieu des monastères et des églises de l'Asie Mineure conquise et écoutaient lire le Coran dans la ville de Nicée, où avait été proclamé le symbole chrétien. Le Bosphore seul séparait encore Sainte-Sophie de ces redoutables ennemis. L'empereur byzantin, un Comnène, Alexis, s'adresse à toute l'Europe, aux peuples, aux souverains, au pape, leur mettant sous les yeux le danger qu'ils couraient tous, eux, leurs terres, leurs couronnes et leur foi.

De peuples alors, il n'y en avait pas, mais seulement des vilains et des serfs parlant des patois informes et ne connaissant d'autre patrie que les murailles des villes qui les protégeaient ou Todieuse glèbe à laquelle ils étaient attachés. Les souverains, ils ne portaient pas si loin leurs regards. Dans leur

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horizon plus borné, le César d'Allemagne, grand en prétention, petit en réalité, veut mettre la main sur ritalie et combat les petits burgraves de la Saxe ; le roi d'Angleterre et celui de France dépensent toute leur politique et leurs maigres ressources à se disputer le fief de Gisors en Normandie. En 1087, débarrassé de tout souci du côté de l'Angleterre et du Maine, Guillaume réclame la possession des villes de Hantes, Pontoise et Ghaumont dans le Yexin. Insulté par Philipi^e, il envahit son territoire les armes à la main : il est blessé mortellement.. Ces souverains eussent-ils voulu entreprendre une guerre chrétienne, qui les suivrait? Leurs plus fidèles vassaux ne leur doivent au plus que soixante jours de service militaire, et le plus souvent point hors du territoire.

Le pape seul avait un horizon assez vaste pour voir de loin et comprendre le danger, saisir et appliquer le genre de politique à suivre. Grégoire VII, au milieu môme de sa querelle avec Henri IV, rêvait la guerre sainte. Pour cela il se croyait le droit de revendiquer comme siens les territoires repris sur les Infidèles et les païens. Là était sa justification, Texplication tout au moins de son ambition temporelle, universelle. Mais les rois pouvaient-ils lui obéir? Il était en guerre avec eux. Pour lui-même aussi, U n'avait tout près que des vassaux récalcitrants , point de soldats pour faire une guerre. Le pape n'avait point de milice; mais la foi avait déjà la plus nombreuse et la meilleure armée! une milice qui s'ignorait ellemême, formée au hasard, répandue çà et là dans la chrétienté, qui était née, qui avait crû eu silence

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