UTE DE L EMPIRE DE CHARLEMAGNB
Lotbsire cl ses frères Louis le GermaDique. Chauve, Pépin d'Aquitaine. — La Société de frailingienne; première» &[laques des Nordmans, Sar- Slavcs. — Léon IV el la cité Léonine. — Les ■xétales (843-855).
: de .Charlemagne n'était pas encore déir les révoltes de ses pelils-lils, que les ii'il avait contenues s'apercevaient de l'inii qu'il laissait après lui. Au milieu des j)uis le Débonnaire et Lotiiaire avaient <er en désuétude les précautions môme inprises par Charlemagne pour la défense Les forteresses qui avaient été élevées réparées ni gardées; les flottilles aux emdes fleuves ne se rassemblaient plus pour e. Du Nord, du Midi, de l'Est, les ennemis et du christianisme, Nordmans, Sarrasins, l'Océan ou par la Méditerranée, el par e Danube, commençaient à porter leurs les frontières et presque dans l'intérieur I. C'était une nouvelle cause de faiblesse iccélérer la chute et accroître le démemjà commencé.
I continent ou des iles Scandinaves sur
L^ËMPEREUR LOÎHAIRE ET SES FRÈRES 51
leurs esquifs frêles, mais conduits d'une main hardie, iûspirés encore du fanatisme d'Odin, les Scandinaves ne se contentaient plus de piller les rivages de la mer; devenus, une fois débarqués, de marins cavaliers, ces rois de mer, Wiking, montant, comme nous dit un contemporain, « les chevaux des Francs dont ils avaient appris à se servir, equis evecti more nostrorim, » s'élançaient de tous côtés, en Frise aussi bien qu'en Neustrie, dans les vallées de la Seine et de la Loire, comme dans celles du Rhin et de la Meuse ; et les murailles ou les tours des villes, même de Tinlérieur, ne pouvaient toujours défendre contre leur rapacité ou leur fanatisme les trésors des églises ou la vie des évêques et des fidèles. La Gaule surtout, avec ses îles voisines de ses côtes, les embouchures faciles de ses fleuves et leurs larges vallées, leur était toujours accessible ; c'est là qu'ils devaient faire leur plus célèbre établissement et laisser leur nom, pour s'élancer même à d'autres conquêtes.
Pendant que les fils de Louis le Débonnaire vidaient leur querelle à Fontanay, le 42' mai 841, un roi de mer du nom d'Oscar ou d'Ocheri, remontant la Seine, surprenait la ville de Rouen el la mettait à feu et à sang. Le 24 du même mois, le riche monastère de Jumièges était en feu; le monastère de Saint- Vandrille se rachetait au prix de six hvres d'argent, et l'abbaye de Saint-Denys, au centre du bassin de la Seine, donnait vingt-^six livres pour la déUvrance de soixante prisonniers. Dans le bassin de la Loire, où les moines avaient déjà été obhgés, en 834, d'abandonner Noirmoutiers en emportant les reliques de
gS CHUTS DE L'EUPIRE DE CHARLEMAGNE
saint Philibert, les Nordmans, appelés en 843 par le
m — i..|,j^ qui voulait s'emparer de la marche de
gré les comtes de Poitou, surprennent ville de Nantes, le jour de la Saint-Jean, rtes de la cathédrale consacrée aux apô- Paul, massacrent l'évéque avec une foule lient les maisons et laissent la ville déibert, pour aller s'établir dans l'île de . Les seigneurs féodaux donnaient la i:ands pour les introduire dans l'empire. tacle en Italie, où un comte chassé par ns, au midi, appelle les Sarrasins, qui larés déjà de la Sicile. Une escadre de s de mer, en 841, s'empare de Bari, iue. Les corsaires, de là, poussent leurs le dans la Pouille, tandis que les Sariroan en Afrique cherchent à ajouter à orse et la Sardaigne, et étendent leurs a'à Marseille et à Arles, comme s'ils irendre le territoire qui leur avait été îfois pat Charles-Martel et Pépin, et ils donie dans les Alpes, à Fraxinet.
de la chrétienté, les successeurs de Louis !, ayant tout sacrifié à la nécessité de se tisans, voyaient la noblesse guerrière, vait autrefois combattu les ennemis du enu l'empire, ne se plus préoccuper que et de se fortifier dans ses domaines aux bibles. Les routes étaient infestées de lies et non nobles, qui commettaient en sortes de violences. L'Église elle-même.
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l'empereur lothaire et ses frères 53
dépouillée par ceux qui se disaient ses protecteurs ou qu'elle avait pris sur ses terres à son service, n'avait jamais vu tant de rapines, d'incendies, de meurtres et de crimes de toute espèce '. Avec Tunité de Tempire, la civilisation, à peine recommencée, périraitelle encore sous ces roitelets, reguli?
Les trois fils de Louis le Débonnaire, Lothaire I®' l'empereur, Louis de Germanie et Charles le Chauve, de France, eurent à peine fait, une année, Texpérience de ce péril, qu'ils sentirent le besoin de se rapprocher et de s'entendre dans leur intérêt commun. Déjà, en octobre 844, ils se rassemblaient , avec un certain nombre de grands et d'évéques, près de Thionville, dans la villa Judith, aux bords mômes de la Moselle, sur territoire franc. Le nombre de pauvres, de mendiants, d'estropiés qui y arrivent leur met sous les yeax comme une image lamentable des misères de l'État et de l'Église. En scellant à nouveau le partage qu'ils avaient fait, par le serment « de ne point violer, désormais, tous les devoirs de charité et de fraternité » qui les liaient l'un à l'autre, « d'éloigner d'eux et de poursuivre tous les fauteurs de discordes, discordiamm fautores, » ils s'engagent surtout, à propos d'une révolte particulière contre Charles le Chauve, « à se prêter secours en commun {viriliter conglobati), pour forcer à l'obéissance ceux des grands de leur royaume qui prétendraient s'y soustraire et pour les punir. » C'était là presque une alliance offensive et défensive. Ces rois s'efforçaient de ranimer l'ombre de
1. Nithard, IV, ch. v. Quam diutius tôt rapinaSy incendia^ homicidia, adulteria, Ecclesia Dei pateretur
Tempire qu'ils avaient détruit! Une alliance politique, née des liens du sang, leur paraissait de nature à conserver encore à Tempire chrétien démembré une sorte d'unité. Lothaire écrivait même, plus tard, au pape Léon IV, qu'ils n'avaient pas divisé Tempire, mais distingué les parts {non divisum, imo distinctum); et, quand ils prirent des mesures communes à tout l'empire, ils se servirent de l'expression caractéristique de notre commun royaume {in nostro communi regno).
L'unité religieuse était aussi précieuse à garder que l'unité politique, dont l'ombre même devait bientôt périr; et elle courait autant de périls. D'une part, les délimitations des royaumes, malgré quelques précautions prises, portaient le trouble dans les circonscriptions ecclésiastiques, dans les rapports des suffragants avec les archevêques, dans les subordinations et les juridictions, comme elles avaient déjà bouleversé l'économie des duchés et comtés, des bénéfices ou propriétés laïques possédés par la même personne dans plusieurs royaumes. D'autre part, la primauté conquise par le pape dans l'Église d'Occident et à laquelle Charlemagne avait donné tant de puissance, ne périrait-elle pas avec l'empire? et, par suite, les églises particulières, sans pasteur commun et sans pontife souverain, ne tomberaient-elles pas à la discrétion des puissances laïques, dans un temps de désordre et d'usurpations dont elles étaient naturellement les premières victimes? Toute unité politique et morale, en un mot, n'allait-elle pas aussi périr dans ce grand désastre?