‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 161 sur 174 · QUESTION D*ORIENT AU MOYEK AGE · texte numérisé non relu

QUESTION D*ORIENT AU MOYEK AGE

sance de sanctification. On prétait serment sur des reliques ; on allait les visiter, les honorer pour revenir meilleur; on mettait sa couronne, son royaume, sa ville, son territoire, sa personne, sous la protection, le patronage des saints, et Ton croyait faire là une chose utile, en même temps que bonne. La chevalerie particulièrement, dont chaque membre prenait un saint pour patron, était considérée d'avance comme la gardienne jalouse de tous les saints lieux. Or, quel lieu plus saint que celui où le Christ avait souffert et était mort ! Quelle défense plus méritoire que celle de Jérusalem ! Quelle possession plus sanctifiante, plus rémunératrice que celle du territoire trempé du sang du Rédempteur, et quel patronage plus puissant, plus riche de sécurité, de promesses et d'avenir, pour celui qui le saurait conquérir, que celui de Dieu même! On protégeait la terre, Téglise, les reliques du saint voisin ; on les délivrait, on les vengeait quand elles étaient attaquées par les méchants ; on se mettait sous leur protection ; et le plus cruel des ennemis tenait la porte de la maison de Dieu même, profanait ses reliques, outrageait son tombeau! Sa délivrance n'était-elle pas le plus saint des devoirs, sa vengeance l'œuvre la plus méritoire, et sa possession, son patronage, le plus précieux des biens de la terre? Aussi, quand cette parole si simple, mais enflammée par le commentaire fut prononcée : « Délivrez avec le sang le tombeau de celui qui vous a rachetés avec le sang, » elle fut si bien le mot du moment, l'image pressentie, qu'elle fit sortir de terre pour le service du pape et de l'Église, parc^

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qu'elles étaient déjà prêtes et Tattendaient, non pas, dans une seule année, une seule fois, une seule armée, mais de continu et pendant près de deux cents ans, cinquante armées, et non pas des troupes contraintes, menées machinalement, ou des cohues en désordre, mais des milices toutes prêtes, ordonnées, sous leurs chefs, mues ensemble, et unies sous la discipline toute-puissante aussi d'un seul sentiment, c'est-à-dire la meilleur et la plus redoutable espèce d'armée, si c'est le moral des soldats qui est leur force la plus grande et le plus sûr gage de victoire.

Le pape Urbain II et Pierre VErmite. — Après un pape, Victor III, qui avait plutôt continué à être l'abbé du Mont-Cassin que le grand pontife, un Français, noble de naissance, né à Châtillon-sur-Marne, archidiacre dans l'église de Reims, puis moine et prieur à Gluny, le second des successeurs de Grégoire VII, Urbain II, avait été son plus fidèle suivant, pedisequus. D'une haute taille et d'une voix forte, qui avaient manqué à son maître, il était érudit, éloquent et propre à frapper les foules. C'était un nouveau Grégoire VII ; on le pressentait. Il l'annonça en ces paroles à l'Allemagne dans une encyclique : « Ayez confiance en moi, comme vous aviez confiance en notre bienheureux père, le pape Grégoire. Désireux de marcher sur ses traces, je rejette tout ce qu'il a rejeté, je condamne tout ce qu'il a condamné, j'embrasse tout ce qu'il a aimé, je confirme et j'approuve tous les actes qui lui ont paru légitimes et orthodoxes; enfin, je pense tout ce qu'il a pensé et j'adhère à tout ce qu'il a voulu. »

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Malgré ces paroles, Urbain II semblait plutôt chercher à s'entendre avec les souverains qu'à les dominer. Il ménageait le roi de France, Philippe, malgré le rapt adultère de Bertrade de Montfort en 1087, plus que ne l'avait fait Grégoire VII. Il n'affichait plus les prétentions de celui-ci sur les royaumes espagnols ; il envoyait le pallium à l'archevêque de Tolède; et le roi de Gastille, Alphonse VI, adoptait la liturgie romaine; en Angleterre, après la mort de Guillaume le Conquérant et de l'archevêque Lanfranc, Urbain II obtenait plus de leurs successeurs Guillaume le Roux, et Anselme de Cantorbéry; il recouvrait dans le royaume une influence qui avait échappé à Grégoire VII. En Italie et en Allemagne, il est vrai, sa modération ne relevait pas encore le saint-siège de sa défaite; la guerre continuait des deux côtés des Alpes, entre les deux partis, sans victoire décisive. Mais Urbain II était clunycien, de l'école de Grégoire VII, homme d'État autant que d'Église, et politique autant qu'ascète. Il porte, en 1089, un coup sensible à Henri IV, en unissant contre lui le Midi de l'Allemagne au Nord de l'Italie, la maison, à la fois italienne et allemande de Welf, avec celle, à la fois lorraine et toscane, de la comtesse Mathilde, par le mariage de celle-ci, malgré ses quarante-cinq ans, à un jeune homme de dix-huit ans, fils de Welf IV d'Italie et I«' de Bavière. Henri IV toujours hardi, passe les Alpes contre ce nouvel ennemi et arrive avec une armée allemande, en avril 1090, à Vérone ; il entre dans la ville de Mantoue, tient triomphalement dans ses murs une grande diète à laquelle assistent nombre

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