URBAIN II ET PIERRE L*ERMIT
d*évéques allemands, passe le Pô, prodigue les pri- Yilèges à Parme et à Plaisance, et enlève dans les Apennins des cb&teaux à la comtesse Mathilde.
Une assemblée d'évéques effrayés était prête à autoriser la grande amie de Grégoire VII, poussée à bout, à céder au vainqueur. Désespéré, Urbain II quittait Rome pour, se réfugier de nouveau chez les Normands. Mais un moine, Termite Jean, connu dans toute l'Italie pour ses austérités, s'oppose aux sentimaits des évéques, remonte le courage de la grande comtesse et l'envoie défendre et sauver sa célèbre 1" .< i ^ forteresse de Canossa que Henri IV voulait prendre pour venger son ancienne injure. Rassuré, Urbain II porte un nouveau coup à Henri IV roi dltalie. Le fils de Henri IV, Conrad, âgé de dix-neuf ans, grandi, élevé dans un pays où le principe de la réforme ecclésiastique triomphait, quitte tout à coup la cour paternelle, pour se réfugier auprès de Mathilde ; et, avec les troupes de Tennemie de son père, il se fait couronner roi à Monza, à la place de Henri IV, par Tarchevéque même de Milan. Enfin, revenu à Rome, à la fin de Tannée, il convoque un concile (!*' mars 1095) à Plaisance en pleine Lombardie. De TItalie, de la France, de la Bourgogne, les évêques, les abbés, les moines accourent, même du midi de TAllemagne et des bords du Rhin, rentrés sous la direction clunycienne. On y comptait plus de 4000 clercs. Les sessions du concile se tenaient en plein air, sous le ciel, d'où semblait descendre au milieu de la foule pressée l'inspiration d'en haut : « Moïse n'avait-il pas annoncé ainsi les commandements de Dieu au peuple
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d'Israël et Jésus, parlé à ses disciples, de la montagne? »
On renouvelle dans cette assemblée les condamnations précédentes contre la simonie et le mariage des prêtres. Le roi de France, Philippe I", après avoir enlevé Berlrade de Montfort, femme du comte d'Anjou, voulait l'épouser. Urbain II, le ménageant encore, lui accorde un nouveau délai, mais pour faire satisfaction . Toutes les causes morales semblent relever de ce représentant, de ce vicaire de Dieu sur la terre. Mais, chose plus nouvelle et plus étonnante, ce que Grégoire VII, mort dans Texil, n'avait pu obtenir, malgré plusieurs tentatives, son successeur Urbain II, en qui revivait son esprit, remporte tout à coup. La croisade n'avait paru encore, dans la bouche de Grégoire comme dans celle de Sylvestre II, qu'une utopie. Urbam II, réunissant pour la première fois au concile de Plaisance les représentants de la chrétienté dans la pensée d'un effort commun contre l'Infidélité , en fait adopter le principe. Les dangers de l'Europe avaient, en effet, augmenté depuis Grégoire VIL Les Khowaresmiens venaient de s'emparer de Jérusalem. Il n'y avait plus au tombeau de Jésus de pèlerinage possible; les Turcs Seldjoukides, en Asie Mineure, maîtres de Nicée, menaçaient le Bosphore et Sainte- Sophie ; l'empereur Alexis Comnène ne comptait plus que sur les guerriers de l'Occident pour sauver sa personne et son empire.
Singulières étaient la situation et la poU tique de l'empereur de Byzancel Celui-ci trouvait parfois dans l'esprit d'aventure ou de pèlerinage des Occidentaux