‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 163 sur 174 · URBAIN II ET PIERRE L'ERMITE · texte numérisé non relu

URBAIN II ET PIERRE L'ERMITE

et particulièrement dans les Warègues du Nord, des auxiliaires contre les Seldjoukides de l'Asie ou les Petchénègues du Danube ; il n'en était pas moins menacé par Robert Guiscard qui avait récemment voulu le détrôner,vers la fin du pontificat de Grégoire VII. Il fallait choisir. Qu'ils vinssent en pèlerins^ comme troupes saldées ou même en ennemis, les guerriers d'Occidents étaient familiarisés avec Tidée d'une guerre orientale, pour défendre l'empire byzantin et surtout pour assurer, en s'emparant de la terre sainte, le plus lointain et le plus enviable des pèlerinages contre de nouveaux mécréants plus terribles que les autres. C'est pour cela que l'empereur de Byzance, Alexis Comnène, avait envoyé au pape et à Plaisance des ambassadeurs.

Il n'en fallait pas davantage pour réveiller les idées et les désirs déjà plusieurs fois émis de la guerre contre les Infidèles et de la réunion des Églises grecque et arménienne à l'Église latine libératrice. L'idée de génie d'Urbain II, esprit politique et conciliateur, fut d'unir ces passions divergentes, mais toutes chrétiennes, en un seul effort. Donc, Urbain II, à Plaisance, comme Grégoire l'avait fait vingt ans auparavant, dépeignit dans une des dernières sessions du concile, les dangers de la chrétienté, le besoin de l'union, et jeta le cri de la guerre sainte. Il ne trouva pas tout d'abord en Italie autant d'échos qu'on aurait pu s'y attendre. On pouvait y craindre que le pape ne prît les guerriers levés pour la Terre sainte au service de ses desseins et de ses rancunes politiques. Toutes les préoccupations étaient encore ici à la vieille querelle

538 QUESTION d'orient au moyen AGE

Urbain II chercha seulement à assurer les résultats de sa victoire contre Henri IV, en se faisant prêter par le roi Conrad (18 avril), un serment de fidélité qui obligeait celui-ci à la défense de la personne du pontife et des biens et territoires de saint Pierre ; et, en donnant pour épouse à ce roi fidèle, la fille du grand comte de Sicile, Roger, il quitta Tltalie pour agir, en Europe, en chef de la chrétienté.

Il y avait en Europe un pays où Urbain II pouvait espérer faire réussir Fidée de la croisade ; c'était celui où il était né, le pays de la réforme ecclésiastique, de la trêve de Dieu et de l'institution toute nouvelle, et I peu répandue encore ailleurs, de la chevalerie : la 1 France. En Tannée 1098, justement, expirait le délai que le pape avait donné au roi de France, Philippe P^ pour faire satisfaction à l'Église. Urbain II avait en France des grands seigneurs dévoués : les comtes de Toulouse, d'Anjou. Le clergé, plus las de l'interdit que le roi, désirait la venue du pontife. Urbain convoque un concile solennel au centre même de la Gaule, sur cette terre privilégiée, où commandait, comme un pape, le grand archevêque de Lyon, Hugues de Die, partisan de la réforme, à Clermont en Auvergne, et il s'y trouve au mois de novembre 1098. Treize archevêques, quatre-vingts évêques, quatrevingt-dix abbés, surtout de la France, de la Bourgogne et de l'Espagne, y étaient, ainsi qu'une grande foule de laïcs, parmi lesquels on remarquait Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, le plus puissant seigneur du Midi.

L'idée n'était pas nouvelle en ce pays. En 1026,

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