‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 165 sur 174 · PREMIERE CROISADE · texte numérisé non relu

PREMIERE CROISADE

chrétiens que celui des mahométans, qui défendirent longtemps Saint-Jean d'Acre, parce que c'était une position politique plus importante.

Combien enfin la composition, la physionomie môme des armées est différente ! Il n'y avait que des contingents levés parmi les Asiatiques. Derrière et devant les chevaliers européens, il y avait le peuple qui faisait la route auprès des hommes d'armes et s'acquittait, en toute circonstance, de l'office de servants d'armée. A la tête des troupes mahométanes, sont des lieutenants, des chefs militaires; eux seuls conduisent les armées, dressent les plans de campagne, ou traitent de la paix; le chef des croyants, inutile et muet dans Bagdad ou le Caire, semble n'avoir cure de ce qui se passe, et ne parait point songer à puiser dans le riche arsenal du Coran quelques-uns de ces versets enflammés qui autrefois communiquaient le fanatisme de la guerre sainte. Les papes, au contraire, déchirent les robes rouges des cardinaux pour marquer les croisés à l'épaule. Les ermites soulèvent ces masses et les entraînent.

Les vrais chefs aussi des armées chrétiennes sont pendant longtemps des légats, comme Adhémar de Monteil, quelquefois despotiques, comme les provéditeurs près les généraux des armées de Venise, ou nos commissaires près ceux de la première république française; ils surveillent, font et défont les chefs, et quelquefois ils dressent les plans de campagne. Pendant toute la durée de la première croisade, il n'y a pas de chef laïc reconnu. Les historiens contemporains des croisades, animés de leur esprit, s'applaudissent

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de ne point voir d'empereur ou de rois à leur tête : « Les sauterelles n'ont point de roi, » s'écrie dans son enthousiasme Guibert de Nogent, « et, cependant, elles s'en vont par bandes. Dieu ayant voulu être leur seul chef, Dieu les guide. » C'est la guerre et la politique de Dieu; qui saurait mieux les diriger, par la main des légats, que le chef même de la vraie religion? Le rôle des papes, dans les croisades, comme directeurs de la politique générale, étrangère, de l'Europe vis-àvis de l'Orient, n'est que la conséquence extérieure du pouvoir politique dont ils étaient investis dans le gouvernement intérieur des affaires de l'Occident; les papes, au dehors comme au dedans, font de la théocratie.

Rien n'achève mieux la physionomie de cette guerre politique sous forme religieuse, et ne caractérise en même temps plus au vif ce point culminant de l'histoire du moyen âge où la politique et la religion, l'humain même et le divin se trouvent mêlés, que les récits légendaires faits par les premiers historiens de la croisade : Guibert de Nogent, Albert d'Alx, Foucher de Chartres. Qu'ils soient témoins des faits ou qu'ils recueillent les témoignagnes des acteurs, des pèlerins; qu'ils aient vu, entendu, ou qu'ils répètent ce que la renommée leur a rapporté de bouche en bouche, ils n'ont pas la peine de transformer les événements en légende. Sous ce climat nouveau pour leurs yeux, sur cette terre pleine de souvenirs qui surexcitent leur imagination, la légende se fait presque instantanément. Au fur et à mesure des événements, les hommes grandissent, s'épurent comme

Godefroy de Bouillon ou Trancrède, Jérusalem, et ils deviennent dea héros ( bravoure; ies chansons de gestes, les croisade deviennent de l'histoire.

C'est avec raison qu'un historien des tôle son liisloire Gesta Dei per Franco les passions humaines n'abdiquent pE doin à Tarse, à Édesse, un Bohémonc laissent bien éclater leurs ambitions et de rivalité; les échecs, les souffrance: épargnés aux soldats de Dieu, sur la tei nent délivrer. Mais des phénomènes c prennent point, les mirages, les aurorei tremblements de terre, quelquefois un é' gaiflantr sont autant de miracles, des en ou des châtiments que Dieu leur envoii les acceptent; vainqueurs, ils se baign cité, sans remords, dans le sang de n hommes de la première croisade vivf dire dans le fantastique! Dieu inten moyens surnaturels pour relever leui punir leurs fautes, comme dans l'Âncic qui pour eux, sur la terre promise, est l'image de leur histoire présente. Solda promis, vengeurs de sa mort, ils sente ils croient; ils désirent, ils demandent, le surnaturel; pour qu'il leur vienne e prêtent sincèrement les mains. Ils s'ëmt mêmes de leurs victoires ; ils sanctifient par le repentir ; s'ils meurent de faim dai c'est pour se nourrir au ciel du pain d

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