‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 167 sur 174 · S48 LÀ. CROISADE · texte numérisé non relu

S48 LÀ. CROISADE

magne que les poèmes de ce temps conduisaient avec ses paladins, à travers les Sarrasins jusqu'à TËglise de la résurrection , lui, excommunié et anathëme , abandonné par sa seconde femme et par son fils aîné, par tant d'autres, comme un réprouvé, il est mis hors de sa famille, de la foi chrétienne, de l'empire l Excommunié de rbistoire, et poursuivi par une puissance invisible et toujours présente, il semble condamné à rester, empereur sans pouvoir, comme un irréfragable témoin de la colère et de la victoire du vrai chef moral de la chrétienté et du représentant de Dieu sur la ferre.

La mort du grand promoteur des croisades, Urbain II, le 29 juillet 1099, peu de temps après la prise de Jérusalem, celle même de son fils rebelle, ne relèvent point Henri IV. Un nouveau moine de Cluny, fait pape sous le nom de Pascal II, voit mourir Tantipape Guibert et oppose de nouveau à Tempereur son second fils, Henri le Jeune (junior)^ qui se met avec les ennemis de son père au service du saint-siège. Le malheureux empereur veut partir pour TOrient au moment où de nouveaux renforts de croisés (en HOl) quittent l'Europe. Il en écrit à l'abbé Hugues de Cluny dans une lettre où il va jusqu'à s'accuser d'être la cause de tous les maux de la chrétienté, et, en 1103, dans une assemblée à Mayence, il promet avec larmes qu'il laissera le gouvernement à son fils pour aller faire son service de chrétien et de croisé au tombeau du Christ. Mais nul ne se soucie, pour une sainte expédition,, de partir avec lui. Reconnu par la majorité de l'Ëglise et de la féodalité

allemaDde, le jeune roi, répétant qu'il ne veut point agir en parricide, amène son père à une entrevue qui rappelle, dans les guerres du hé ses flls, celle o du champ du raensong Le père et le flls se rencontrent pn Le père, un empereur, prosterné an fils, conjure celui-ci, s'il a péché, de n^ ger de sa punition ; le fils, un jeune r genoux de son père pour protester de de respect et d'obéissance envers I il se réconcilier avec le saint-siège. 0 l'empereur se rendra à Mayence, au:

pour qu'il y soit pourvu au rétablissen neuf de l'empire et de l'Eglise ». Hei son monde, part pour Mayence; mais, à Bingen, des hommes armés l'enloi:

dentà vue. Le jeune roi retient quelque prisonnier, puis réunit, en effet, aux une assemblée de princes, présidée pai pape. C'est là que l'évoque de Spire que le malheureux Henri IV, réduit au et laissé le jour de Noël, « sans les i celui qui était mort pour tous », ahdiqi On lui redemande encore les insigne Il ordonne à ses fldèles de les livrer. ensuite à Ingelheim. Le cardinal léga se reconnaître coupable, envers Grégo son successeur, envers le saint-siège vieil empereur confesse tout ce qu'o excite encore la commisération popi villes du Rhin. Délivré par plusit

SoO Là croisade

dévoués, il réapparaît à Cologne, arrive à Liège, où révoque et le peuple le reçoivent avec une ^orte de vénération, comme un martyr. De là il adresse à son fils et aux princes une lettre pathétique. Les princes ne répondent qu'en invoquant Tunité de TÉglise. Le jeune roi marche sur Liège, dernier refuge de son père. Henri IV veut encore exposer, avec ses derniers partisans, comme il l'avait fait si souvent dans sa vie agitée, sa changeante fortune a au jugement de Diea le Père, du Fils, du Saint-Esprit et de la Vierge Marie », quand il meurt subitement, laissant son épée à son fils rebelle (7 août 1406), et ses restes à Liège, et ensuite à Spire, où ils attendirent cinq ans une sépulture chrétienne.

Dans cet âge tout ecclésiastique, il ne faudrait pas cependant méconnaître , sous l'apparence toute religieuse même des croisades, les éléments politiques ou commerciaux qui s'y mêlent bientôt et à la fin en changèrent la physionomie. Bien effrayés sont les empereurs de Constantinople, quand ils voient les secours qu'ils ont demandés à l'Occident dépasser si prodigieusement leur attente. Les Césars schismatiques que ce zèle religieux menace, ne se contentent pas de tendre des pièges aux croisés, de les égarer dans leur rdute, de les livrer aux Turcs; ils s'allieront bientôt avec leurs ennemis, au point d'accorder aux mahométans une mosquée dans Constantinople. Prudence bien naturelle et bientôt trop justifiée I Parmi ces chevaliers d'aventure, ceux qui avaient le flair politique le plus fin, en leur qualité de Normands, corn-

prennent, dès le premier jour, que le plus sûr moyen, pour rOccidenl, de protéger TEurope contre la barbarie asiatique, serait d'établir, à la place de l'empire décrépit d'Orient, un jeune et vaillant royaume qui aurait avec le reste de FEurope même origine, mêmes intérêts et même foi; ils croient que, pour garder Je* rusaiem, il faudrait avoir Conslantinople. Bohémond, Tancrède ont déjà cette visée politique; les jalousies des prétendus protecteurs de l'empire de Byzance se disputent à l'avance ses dépouilles et le sauvent par provision.

Mais patience I Les souverains conduisent déjà la seconde et la troisième croisade; les sauterelles n'iront plus par bandes, elles auront des chefs : un Conrad II, un Louis Vil, dans la seconde expédition ; un Frédéric Barberousse, un Philippe-Auguste, un Richard Cœur de Lion, dans la troisième. Avec les souverains, l'ambition mêlera ses convoitises aux purs élans de la foi. Philippe- Auguste et Richard Cœur de Lion se disputent l'honneur et l'avantage de choisir le roi de Jérusalem, sous les murs de Saint- Jean-d'Acre ; il y aura plutôt, chez les chevaliers français et anglais, assaut de vaillance qu'assaut de foi. Derrière les souverains, voici venir aussi à leur tour les marchands des villes de la Méditerranée, des rivages de l'Italie et de la France qui avaient apparu déjà et s'étaient fait céder des comptoirs, des ports dans les villes maritimes.

En possession déjà, sous la domination arabe, avant les croisades, du privilège d'avoir, dans certaines cités mahométanes, une église, un quartier et

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