‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 25 sur 174 · CHUTE DE L^EMPIRB DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHUTE DE L^EMPIRB DE CHARLEMAGNE

conséquence naturelle. Dans les différents conciles qu'il tient avec ses frères, soit en Carolingie, à Meaux et à Paris, soit en Germanie, à Mayence, à Worms, il y consacre tous ses efforts. Les évêques réclament le payement de la dime, leurs immunités, le rétablissement de la discipline; ils demandent qu'on pourvoie aux nombreux évôchés qui sont vacants et qu'on restitue à eux et aux monastères les biens usurpés. Xeurs réclamations n'ont pas toujours du succès. Elles rencontrent une vive opposition de la part des seigneurs laïcs. On laisse cependant, sans les en empêcher, les évoques restreindre les droits souvent usurpés des chorévôques ou évoques de campagne, qui devaient bientôt disparaître, recommander la prédication en langue vulgaire, romaine ou tudesque, et surtout traiter des questions de conscience qui n'intéressaient que l'Église, celle par exemple du moine Gottschalk, qui n'est pas une des moins curieuses du temps.

Fils d'un Saxon, destiné par son père au couvent de Fulde, ce moine, arrivé à l'âge d'homme, réclame contre un vœu qu'il n'a pas fait librement. Son affaire est plaidée dans un concile à Mayence. L'abbé Raban Maure soutient que ce n'est pas perdre, mais gagner la liberté que « d'entrer dans les ordres, où l'on est délivré des chaînes du péché. » Il « gagne, dit-il, « la cause de Dieu contre lui », et Gottschalk obtient seulement d'être transporté du monastère allemand de Fulde, qu'il détestait, à celui d'Orbais, en Gaule, dans le diocèse de Soissons; mais, là, cet homme, de mœurs irréprochables, mais toujours en quête de nou-

l'hérétique gottschalk 67

mutés, d'un esprit sauvage et mobile {niente ferinus)^

ennemi du repos [quietis impatiens) ^ si malmené

par la destinée» se jette avec rage dans la théologie,

sur les pas de saint Augustin. Il tourmente de ses

lettres Févôque Jonas d'Orléans, l'abbé Loup de Fer-

rières, pour éclaircir ses doutes, sort de son couvent

et commence, à travers la chrétienté, à prêcher que

tous les hommes sont prédestinés au bien ou au mal,

au salut ou au châtiment éternel et discute de l'Unité

ou de la Trinité de Dieu. Avec une grande habileté

àinterpréter les Écritures et une incroyable mémoire

à en réciter (cantare) les passages, il se fait des

admirateurs et des partisans, « non seulement parmi

les simples, mais parmi les petits savants et les

étourdis, non solum inter idiotas verum et sciolos

et incautos^ » nous disent ses adversaires. Mais,

en 848, l'ancien abbé de Fulde, Raban Maure, qui

connaissait depuis longtemps les imaginations dont

se délectait son moine réfractai re, le dénonce aux

évêques d'Italie comme un homme de scandale qui

sème de la mauvaise semence et jette au vent des

propositions insensées ; il le poursuit en Dalmatie,

en Pannonie, le mande au concile de Mayence, où

il le trouve avec des hommes qui lui étaient dévoués,

le fait condamner au fouet comme un malfaiteur, et

l'envoie en Gaule à l'évoque de Reims, Hincmar, qui

le dégrade de la prêtrise au concile de Quierzy et

renferme au couvent de Hautvilliers, où il attendit

avec confiance en sa doctrine et en sa destinée le

jugement de Dieu.

La contrée où résidait l'empereur Lothaire à Metz

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