‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 26 sur 174 · CHUTE DE L^EMPIRE DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHUTE DE L^EMPIRE DE CHARLEMAGNE

séparait les peuples teutoniques des peuples francolatins, la Francie orientale de Yoccidentale, la future Allemagne de la future France. Ce prince reste politiquement aussi fidèle à son rôle, tantôt en faisant alliance, à Péronne (849), contre les Nordmans, avec Charles le Chauve, tantôt en favorisant les rapprochements de ses deux frères, plus jeunes et plus remuants, toujours prêts à s'attaquer l'un l'autre. Ainsi, en 883, les Aquitains, las de n'être pas plus défendus par Charles qu'ils ne l'avaient été par Pépin II, et d'ailleurs toujours rebelles à la domination du nord de la Gaule, s'adressent à Louis de Germanie. Les deux princes, en faisant l'échange symbolique d'un bâton, s'étaient précédemment promis de défendre réciproquement leurs États. Néanmoins, Louis ne résiste pas à l'occasion que les Aquitains lui offrent et donne ce premier exemple d'infidélité aux traités, n envoie, sous un de ses fils, des bandes de pillards germains qui arrivent jusqu'à la Loire en 884. Lothaire, mécontent de cette contravention au pacte de fraternité, appelle son jeune frère Charles à Liège. Ils accusent tous les deux, dans l'église de Saint- Laurent, Louis le Germain d'infidélité à ses serments. Celui-ci vient sur les bords du Rhin s'excuser.

Lothaire, fils rebelle de Louis le Débonnaire, paraît s'épuiser à maintenir la concorde entre ses frères, comme ceux-ci s'épuisaient à renouveler inutilement leurs ordonnances contre les brigandages et les désordres qui éclataient de toutes parts. Lui-même, de Metz, avait grand'peine à se faire obéir des Provençaux ; on lui enlevait sous ses yeux une de ses

MORT DE l'empereur LOTHAIRB 69

filles, sans qu'il pût punir le ravisseur. A soixante ans, cet homme, qui avait poursuivi le pouvoir avec tant d'âpreté, est saisi d'un tel dégoût de Timpuissance à laquelle il était condamné, qu'il veut le quitter. Les remords que lui laissait sa jeunesse, « où le diable, » disait-il *, « par ses satellites, avait excité tant de malheureuses discordes entre les fils et le père, ne contribuaient pas peu non plus à le décourager. » Après avoir cherché quelque temps une retraite solitaire « où la nature agreste eût plus de charme pour lui que la royale splendeur des Tilles », il partage le royaume qu'il avait obtenu au traité de Verdun entre ses trois fils, se fait tonsurer, prend l'habit de moine , et se retire dans l'abbaye carolingienne de Prûm. Là, en paix, « il jouit de la contemplation des collines boisées de l'Eiffel,, élève en haut sa pensée libre de l'envie livide qui trouble la paix de l'âme et de l'astuce qui dissimule le crime sous les caresses artificieuses du beau langage ; » et enfin, le 29 septembre 885, il exhale, comme son père, son âme fatiguée et inquiète, « que les anges de lumière et les esprits des ténèbres se seraient disputée longtemps avec force, » dit l'historien Adhémar, « si les moines de Prûm n'avaient intercédé vietorieusement pour elle ». Il avait laissé tomber encore plus bas l'empire qu'il avait arraché des mains défaillantes de son père. Avec lui, le soleil déclinant de l'empire carolingien s'abaisse encore davantage dans les nuages orageux du couchant.

!• Lettres de Lothaire à Raban Maure et à Léon IV (Migne,

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