IV
L'empereur Louis II; ses oncles, Louis de Germanie et Charles de Gaule ; ses frères, Charles de Provence et Lothaire II de Lorraine. — Progrès de la papauté, de TÉglise. — Nicolas I"; Hincmar; affaire de la reine Waldrade (855-875).
Lothaire, en mourant (858), laissait des fils et un héritage qui compliquaient singulièrement encore la situation de la famille carolingienne et de Tempire. Il léguait à son fils Louis II, avec Tltalie, le litre d'empereur. Ce fut un titre plus vain encore qu'avec Lothaire. Résidant au delà des Alpes, Louis II ne devait que jouer le rôle d'un roi d'Italie. Du royaume singulier que le traité de Verdun lui avait laissé, Lothaire léguait la vallée du Rhône comme royaume de Provence à son fils Charles, et la rive gauche du Rhin, l'ancienne Ostrasie, au troisième de ses fils, Lothaire IL Ce partage fait à Orbe, non loin du lac de Neuchâtel, avec l'assentiment des évoques de ces contrées, ajoutait, on le comprend, aux causes de faiblesse et de dissolution de l'empire.
Bien qu'il eût été sacré par le, pape Léon IV à Rome, l'empereur Louis II ne devait guère être puissant que dans la péninsule. Il s'y résigna, cherchant seulement à défendre l'Italie contre les Sarrasins. Charles de Provence, isolé au centre de l'empire.
L'EMPEREUK ;.0UIS II 71
perdu dans la vallée du Rhône, ne flt guère parler de lui, laissant le pouvoir à ses comtes et à ses éyôques. Quant à Lolhaire II, son petit royaume entre Rhin et Meuse, resserré par ses deux puissants yoisins de Germanie et de Gaule, Louis et Charles, ses oncles, avec sa capitale, Metz, qui, après Drogon, n'aura plus de primat, semble destiné à être l'objet des convoitises et comme le théâtre désigné à l'avance de l'ambition de ses deux oncles. Cette héroïque rive gauche du Rhin avait porté la première le nom de Francie; à peine le conserve-t-elle maintenant ; la Germanie et la Gaule le lui ravissent. Flottante et indécise, ne comptant plus sur elle-même depuis qu'elle ne commande plus, elle se résigne au nom de son maître, celui de royaume de Lothaire ou Lother^ règne, qui deviendra plus tard, en s'altérant encore, celui de Lotharingie et de Lorraine.
Quelle différence en effet entre ce petit royaume et la Francie orientale ou Voccidentalet Dans la première est Mayence, la métropole religieuse de la Germanie, qui formait, avec les deux autres villes de Worms et de Spire, une enclave et comme trois têtes de pont sur la rive gauche. Avec un grand sens, animi subtilitatey Louis le Germanique appelle à cette métropole Raban Maure, son ancien précepteur, le tliéoricien de l'unité de l'empire. Auprès de cette capitale religieuse, il choisit sa capitale politique. C'est Francfort-sur-le-Main, où il a bâti l'église de Sle-Marie et du Sauveur, et qui devient dès lors une des plus riches villes de la Franconie; il en veut faire le ciment de son royaume. C'est pour cela qu'il quitte
It CHUTE DE L'EUPIRE DE CHARLEHAGNE
la Bavière et Ratisbonne pour les bords du Rhin e[ du Maia, où il y a de riches villes et une population belliqueuse, dont il espère, selon les idées de Raban Maure, faire au moins le lien de toute la race germanique.
Charles le Chauve, dans la Francie occidentale, a la ville et l'archevêché de Reims, non moins important que celui de Mayence, et de plus la Gaule, un pays ' accoutumé depuis longtemps à l'unité et à la monarchie. 1) a fait monter au siège de l'église de Reims, depuis longtemps abandonné, un prêtre du monastère de Salnt-Denys, de noble naissance, d'une instruction étendue et variée, élevé dans la tradition royale de la vieille Neustrie, Hincmar. Ce personnage, qui croissait en réputation an moment où déclinait le Germain Raban Maure, devait, en unissant la cause de la monarchie de Charles le Chauve à celle de son siège et de l'Ëglise de Gaule, communiquer a ce royaume une force qui manqua au roi Lothaire II, sinon à Louis le Germanique, et donner alors à son roi un dernier reflet, quoique affaibli, de la tradition carolingienne.
Le sentiment pénible du déchirement de l'ancien empire paraît avoir esisté chez les contemporains. Les chroniques enregistrent, à la fln de 857 et au commencement de 858, des événements extraordinaires qui remplissent les imaginations de sinistres pensées. Un terrible coup de lonnen-e lue, dans l'église de Saint-Pierre, à Cologne, trois personnes, et en rend sept autres sourdes. A Trêves, pendant un orage qui faisait la nuit du jour, le peuple, pressé