‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 28 sur 174 · LOUIS LE GERMANIQUE · texte numérisé non relu

LOUIS LE GERMANIQUE

dans la calhédrale autour de son archevêque, voit un chien d'une grandeur énorme, courir sous l'autel et s'enfonir dans la terre ; enfin un tremblement de terre ébranle la ville de Mavence et les environs. Ces sinistrès pressentiments ne furent que trop tôt justifiés par les événements.

Le jeune et nouveau roi de Lorraine, Lothaire II, sentant sa faiblesse, cherchait timidement à se faire admettre, comme neveu, dans Talliance carolingienne à Coblenz, par son oncle Louis II, et à Mersen par son oncle Charles le Chauve, pour le profit commun, communiprofectu, et pour le salut de son royaume et de ses fidèles, regni et fidelium salvamento. Charles de Provence, au pied des Alpes, faisait tous ses efforts pour avoir la protection de l'empereur Louis II, auquel il se rattachait. Mais quelle était la solidité ou la sincérité de ces fraternels traités ? Charles le Chauve était occupé, en 858, à défendre encore contre les pirates nordmans la ville de Paris, autrefois la gloire de la Neustrie, et l'entrepôt des peuples, par ses richesses et la fertilité de son sol [nobile caput, quondam opibus fertilitate soli^ emporium populorum) ; et voici que Louis le Germanique, toujours remuant, appelé par quelques seigneurs et évoques, par Venilo, évoque de Sens, entre autres, dans la Francie occidentale, et poussé par l'insatiable avidité naturelle aux puissants (ut animi regum avidi et semper ineûcplebiles)^ traverse tout à coup le Rhin, TAlsace, sur le territoire de Lothaire II, et arrive jusqu'à Brienne, sur l'Aube. Le nouvel évoque français de Reims, Hincmar, ne peut l'arrêter par ses prières.

74 CHUTE DE l'empire DE GUARLEMAGNE

La faible et douteuse armée de Charles le Chauve, revenu de la Seine, est impuissante ; Louis le Germanique, l'instigateur de tant de révoltes contre l'empereur, son père, veut-il refaire Tempire? Déjà, il date de l'année 858 les actes qu'il accomplit dans son nouveau royaume ; il distribue à son gré les comtés, les abbayes et les biens royaux, et se fait prêter serment par les fidèles de son frère.

C'est l'archevêque de Reims, Hincmar, appuyé ' sur l'Église de la Francie occidentale, qui sauve le royaume de Charles le Chauve de cette nouvelle invasion germanique. Abandonné de ses fidèles, le roi Charles s'était réfugié en Bourgogne. Hincmar, soutenu des évoques de Rouen et de Châlons, rassemble, à Attigny, un grand nombre de prélats restés fidèles à sa cause et y rédige une lettre, véritable manifeste de toute l'Église de France et du peuple qui vivait souvent alors plus heureux sous la protection du clergé que sous celle des seigneurs. Cette pièce remarquable rappelait, à celui qui se croyait déjà maître de la Francie occidentale, les guerres parricides qui, sous Louis le Débonnaire, avaient énervé l'empire et, en le livrant à l'ambition des grands, en avaient fait la proie des païens. « Son devoir de roi, disait-il à Louis de Germanie, était de maintenir l'union et la paix dans l'empire chrétien et non d'y semer la discorde; n'avait-il pas assez à faire déjà de combattre contre les ennemis de Dieu et de i rÉglise? Louis, le roi de la Francie orientale, sommait le clergé de la vieille Gaule d'avoir à le recon- ' naître! Mais on avait laissé tomber l'empire! Pour- i

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