CHARLES LE CHAUVE
quoi le refaire? N'était-ce pas pure ambition et convoitise? Si Dieu, entre les mains duquel était le salut de TÉglise, avait résolu de confier la Gaule à Louis, le clergé sans doute s'efforcerait de lui prêter son concours. Mais les évéques de Gaule révéraient en Charles le Chauve, non pas seulement leur seigneur, mais Voint de Dieu, celui qui avait été solennellement sacré ; et ils n'étaient point de ces vassaux qui transportent capricieusement, comme des laïques, leurs hommages au premier venu. » Voilà ce que TÉglise franco-gauloise, inspirée par une sorte d'instinct national et une culture supérieure, répond à la Germanie sauvage qui voulait refaire l'empire après ravoir détruit. Elle méritait ce jour-là qu'on dit plus \ lard d'elle que la France était un royaume constitué i par les évoques. Elle avait trouvé contre les nou- ) Telles menaces de Tinvasion allemande la première expression du patriotisme français. Hincmar y gagna r pour sa part la direction presque incontestée de . l'Église et presque du royaume de France. l
Charles le Chauve profite habilement de ces circonstances. Le jour de l'Epiphanie de Tannée 889, il prend à Auxerre les reliques de saint Germain ; et, groupant sous ce patronage les vassaux de l'Église et les seigneurs, qui lui revenaient en voyant Louis favoriser les siens, il court près de Laon offrir la bataille à son frère, qui ne se trouve pas en force et qui juge prudent de se dérober par la fuite à une défaite au moment où l'intervention de Rome vient apaiser ces querelles fratricides.