LE PAPE NICOLAS
gne, et l'archevêque de Rouen, se réunissent à Metz et somment Louis le Germanique de faire amende honorable pour les excès qu'il avait commis dans le royaume de son frère, et de revenir à la paix faite autrefois par les princes carolingiens à Mersen *. Louis II Tempereur vient même d'Italie trouver son frère et son neveu à Worms et à Strasbourg, sur les bords du Rhin, comme si Ton sentait d'instinct qu'il y avait là la vraie limite future de deux grands peuples. Le pape Nicolas I®' par ses légats, Louis, qui portait le titre d'empereur, en personne, insistent. Enfin, au coimnencement de 860, un congrès des trois rois, accompagnés des principaux de leurs seigneurs et de leurs évoques, pour achever cette tâche difficile, se réunit dans Vëglise de Saint-Castor, à Coblentz; et là, le Germanique et Charles le Chauve refont amitié et se promettent mutuellement de vivre en bonne intelligence et de se prêter des secours réels pour la défense de leurs royaumes. Les termes de la convention de Mersen de 851 sont relus et confirmés. Ils jurent de rétablir entre eux la concorde (concordia), l'alliance fraternelle (fratemaconjuncHo), et de conserver chacun « selon la loi et la justice » dans son état et sa condition, in suo statu et ordine. La paix fut annoncée en langue romane et en langue germanique par des missi dans les trois royaumes ; une amnistie efface les fautes passées, confirme leurs propriétés aux grands, à la condition du serment prêté
1. Episcoporum legàtio : Pro seditione et excessibus m regno hiris sui Karoli perpetratis, Walter, t. III, 98.
78 CHUTE DE l'empire de chârlemagne
au roi; et des décrets essayent de , pourvoir, selon l'habitude, à la sécurité de l'Église et à la répression des meurtres et du brigandage. Le roi Lothaire II, qui avait aidé Tempereur Louis II dans cette affaire, semblait appelé à jouer le rôle de gardien des traités conclus, comme possesseur du pays limitrophe de deux grands peuples désormais séparés, mais déjà jaloux Tun de Vautre. Il perdit cet avantage en tombant dans un péché familier à tous ces rois sortis des forêts germaines.
Comme son père Lothaire I®*", mort encore jeune des suites de ses désordres, le jeune Lothaire ne menait pas une vie exemplaire. Pendant sa jeunesse, il avait contracté, avec une certaine Waldrade, une union que l'Église n'avait pas consacrée. A son avènement, il fit un mariage politique et canonique avec Teutberge, la fille d'un comte puissant dans le Valais. Mais Waldrade n'avait pas perdu ses droits antérieurs à l'affection du roi; elle le fit bien sentir à la nouvelle épouse. Celle-ci, répudiée une première fois, comme ayant manqué à la foi conjugale, et réintégrée au palais, à la suite d'un jugement de Dieu par l'eau bouillante qui lui avait été favorable, fut enfin obligée, par de mauvais traitements, de s'avouer coupable d'inceste, et jetée dans un cloître. Deux archevêques, celui de Cologne, un intrigant, et celui de Trêves, un sot, s'étaient faits les honteux instruments du roi. Dans deux synodes, tenus à Aix-la- Chapelle, et où assistèrent des évêques même des royaumes voisins, la condamnation fut confirmée, le divorce prononcé, au risque de faire retomber sur