LB PAPE NICOLAS
dâDs les questions morales et FEglise dans la hiérarchie, Ty portait. Il rassembla un synode dans Rome à Latran, y fit comparaître les archevêques de Cologne et de Trêves, les suspendit de leurs fonctions, cassa les décrets des synodes du Nord, menaça d'excommunication le roi de Lotharingie, s'il ne renvoyait Wal- ! drade pour reprendre sa femme légitime, et offrit le pardon à tous ceux qui, ayant participé au scandale, feraient soumission. Les deux archevêques lorrains, surpris par ce coup de foudre, s'adressèrent à l'empereur Louis d'Italie et essayèrent d'intéresser Findépendance des évêques et des souverains à leur caase. L'empereur Louis, gagné un instant par Loihaire, fit un déploiement de troupes à Rome pour peser sur le pape. Nicolas, réfugié près de l'autel de \ la basilique de Saint-Pierre, resta inébranlable dans ^ ses résolutions. L'Église, Topinion publique étaient pour lui. Louis le Germanique et Charles le Chauve aimaient mieux voir Lothaire avec une femme sans enfants. « Est-il digne du titre du roi, écrit Nicolas !«' aux évêques de la chrétienté, celui qui cède à ses passions criminelles? » L'empereur Louis, effrayé, abandonne Rome. Lothaire lui-même, qui achetait alors la retraite des Normands de la Frise, est délaissé par ses évêques et enfin obligé de reprendre sa femme Teutberge, réhabilitée par un nouveau synode. Les rechutes et les- repentirs, qui Conduisirent enfin ce prince à Rome comme un pènilent à la fin de ses jours, achevèrent d'humilier en lui la royauté carolingienne. Pour prix de son repentir et de ses riches cadeaux, le pape lui remit
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^ avec la communion, au mont Gassin, un manteau de laine, un rameau de palmier et une houlette.
C'était un temps favorable partout à la puissance de rÉglise que l'époque de cette décadence carolingienne à la fin du ix« siècle. L*archevôque Hincmar dans la Gaule, qu'il avait conservée à Charles le Chauve, avait reçu de LéoûJÏ la permission de porter le palUum tous les jours, quotidianum pallii usum; il obtenait de Nicolas I«' le titre et l'exercice de primat des Gaules. Aussi partageait-il presque la royauté avec le Carolingien Charles. Il présidait les synodes, prenait des mesures contre les exactions et les brigandages des grands, en faveur des petits. Il eut la gloire au moins d'obtenir pour le roi le serment de fidélité du duc de Bretagne, Salomon, et, après la glorieuse mort du duc de France, Robert le Fort, à Brissarthe (866), la cessation des ravages normands qui s'étaient un instant étendus dans toute l'Aquitaine. L'archevôque de Mayence , Luitbert , archichancelier et archichapelain de Louis le Germanique, directeur des affaires politiques et ecclésiastiques, qui « savait aussi bien défendre sa foi, la Bible en main, que son autorité, l'épée au poing », jouait presque le même rôle en Germanie. L'esprit politique abandonnait les rois. L'esprit chrétien, qui survivait dans l'Eglise à l'empire, inspirait et soutenait ses chefs.
Nicolas^ 1er fit la seule chose qui fût à la fois grande
et chrétienne alors en Europe. Préoccupé surtout des
démêlés communs à l'ancien empire, le roi germa-
' nique avait négligé la défense de ses frontières de
'i Ji
Le pape NICOLAS !•' 83
l'Est alors envahies. 11 s'en prenait à Tun de ses plus fidèles serviteurs, Ernest, comte du Nordgau bavarois, chargé de les protéger, le dépouillait de ses dignités et biens, mais mécontentait son propre flls Karloman, gendre de celui-ci, qui menaçait déjà de lui infliger les douleurs qu'il avait fait subir luimême à son père. Dans son embarras, connaissant d'expérience ces misères, in talibus experientia prudm, il resserrait, à Thousey, en 865, l'alliance qu'il avait déjà faite avec Charles le Chauve, pour se défendre l'un l'autre et « maintenir leurs fils dans l'obéissance où il convient toujours aux enfants d'être vis-à-vis de leurs pères et seigneurs * ». Précaution dont les événements montrèrent bientôt la vanité.
Plus heureux et plus habile, le pape Nicdas^I^' étend le christianisme et sa puissance spirituelle au sud-est de l'Allemagne, dans ces contrées du moyen Danube où la barbarie pouvait faire courir de nouveaux dangers à la chrétienté. Il encourage les missions des évoques de Salzbourg et de Passau dans la Carinthie rattachée au royaume et dans la Pannonie indépendante; il dispute au paganisme les Slovènes encore barbares, au milieu 'de leurs marais à peine interrompus par quelques forteresses de bois et de terre; et, parmi les races slaves, que cherche à convertir aussi la propagande orientale de Byzance, il tient ferme le drapeau de l'Église latine.
1. Pactum Tusîacense, c. iv. Filiis nos tris qui ita fideliter nobis subditi et obedientes fuerunt sicut fitii patribus et suis t^niùrihus esee debuerunti
84 CHUTE DE l'empire DE CUARLEMAGNE
Deux apôtres byzantins, Cyrille et Mélhodius, venaient d'apporter chez les Tchèques et les Moraves, qui repoussaient avec énergie tout ce qui leur venait de rAUemagne, derrière la forêt de Bohême, un alphabet et une écriture; et ils commençaient à les évangéliser, comme autrefois Ulphilas, au iv« siècle, avait fait des Goths. On comprend quels succès ils pouvaient avoir chez les Moraves, en leur enseignant le christianisme dans leur langue. Le^pape Nicolas, instruit de ces progrès, appelle le$ deux apôtres à Rome, en 867, et rattache Torganisation de ces nouvelles chétientés à l'Église latine. Chez une peuplade plus barbare encore de l'Est, celle des Bulgares, dans les marais de la Theiss, le khan, Bogoris, converti par sa sœur autrefois en otage à Constantinople, avait pour parrain l'empereur d'Orient, Michel, et pour instituteur dans la foi le patriarche Photius. Il ne pouvait se reconnaître cependant au milieu des contradictions des Grecs, des Arméniens et des Juifs qui remplissaient sa cour barbare. Louis de Germanie, au moins cette fois, lui sert d'intermédiaire auprès de Rome, à laquelle il demande la vérité. A deux évéques romains, il adjoint le savant évêque de Passau, ïfrmerich, avec force vases sacrés, ornements et livres d'Église, en guise de présents. Les saints personnages et les présents sont reçus avec de grands honneurs. On accourt se faire baptiser, et Bogoris, en saisissant sa chevelure d'un geste symbolique, se. proclame le serviteur, après Dieu, de saint Pierre et de son successeur (867).
C'était un grand échec pour l'empereur et pour