LE PAPE NICOLAS I
l'Église d'Orient. Tout TOccident retentissait du bruit de cette pèche miraculeuse faite par le saint-siège en pleine barbarie. Le patriarche Photius voulait 006 revanche. D'une question de personne, sa querelle avec le pape était devenue, en s'envenimant, une question de doctrine et de discipline. La tonsure, le jeûne, le mariage des prêtres, la liturgie, le Saint- Esprit étaient autant de sujets de conflit. Soutenu par son empereur, Michel Bardane, Photius réunit un sjnode à Constantinople, y fait prononcer, après un acte d'accusation en règle, la déposition de Nicolas I«^ et expédie l'acte du synode au roi de Germanie môme et à toute TÉglise franque, avec toutes sortes de flatteries, pour les décider à faire exécuter sa sentence. Mais, sur une lettre circulaire de Nicolas I", Hincmar de Reims, au nom du clergé de Gaule, réfute les attaques de FÉglise grecque ; Tarchevéque de Mayence, Luitbert, avec l'assentiment de Louis le Germanique, rassemble tous les évoques de l'Église allemande à Worms, en mai 868, y condamne ce qu'il appelle les sottises grecques (ineptias Grœcorum), et proclame hors de discussion laprimatie de Pierre et la légitimité de Nicolas P'. Une révolution à Constantinople, qui renverse l'empereur Michel et jette Photius en prison, achève comme par miracle la victoire de l'Église latine ; et Nicolas I®' peut mourir en paix la môme année, avec la gloire, comme s'expriment les hommes du temps, « d'un Moïse, d'un homme vraiment apostolique, d'un défenseur du Christ, et, d'après son nom même, d'un dompteur de peuples {Nicolaos^ victor populorum). » — « Depuis
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Grégoire le Grand, nul, disait un chroniqueur allemand, Régino, ne lui fut comparable. Il commanda aux tyrans et jouit d'une autorité semblable à celle d'un maître de l'univers * ; » et il en avait usé pour le bien. C'est l'empereur de la foi en Occident. H mérite une place entre saint Grégoire le Grand et Grégoire VII, qu'il rattache l'un à l'autre, du vu« au XI® siècle.
1. Epist. Luitberti : fficolaus vir apostolici vigoris jtixta nomen suum Victor populorum beatissimus.
TRAITÉ DE MERSBN 87
Le traité de M^rsen, 870 ; vraie origine de la séparatiou de rAllemagne et de la France.
La mort du roi Lothaire II, après celle de Nicolas en 869, ramena l'atlention, des affaires ecclésiastiques qui prenaient tant de place dans ce temps, à de graves intérêts politiques. La condamnation de Waldrade n'ayant point été levée, le Lotherrègne se trouvait sans héritiers directs. Il devait être, dans ces temps de violence, au premier occupant. Louis le Germanique était alors malade à Ralisbonne. Il venait de régler ses affaires avec ses trois fils, pour être en paix avec eux. Car il n'y a que ces fils de la Germanie pour ne savoir attendre Théritage de leur père. Karloman avait ainsi reçu, en sous-ordre cependant, la Bavière; Louis, qui avait le nom de son père le Germanique, avait la Saxe, et Karl, TAllemanie; chacun d'eux ayant été marié avantageusement dans ces provinces. Le fils vieilli 4u Débonnaire ne s'était réservé que la haute main et la disposition des fiefs et évêchés en Allemagne.
Mais, pendant que la Germanie était occupée de ces soins, un certain nombre d'évêques et de seigneurs du Lotherrègne se rendirent auprès de Charles
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le Chauve, à AUigny, et l'iavilèrent à venir prendre possession de l'héritage vacant et à se faire couronner à Metz sa capitale. Le bassin du Rhin était alors évidemment une contrée de transition entre les races. Les peuples de la rive gauche inclinaient, au midi surtout, du côté de la Fracce, comme sous les Romains et sous les rois mérovingiens et carolingien. Le choix de la ville de Metz pour capitale en était une preuve. Charles le Chauve délibéra quelque temps. Le célèbre archevêque Hincmar lui conseilla de se hâter *. Il partit en effet le 9 septembre 869. L'évéque de Metz, Advenlius, en présence des évéques de Verdun, de Toul, et d'une grande foule, le reçut» dans l'église de Saint-Etienne, comme roi choisi de Dieu; et Hincmar, après avoir prononcé un discours où il parlait de l'antique union des métropoles de Metz et de Reims dans le gouvernement ecclésiastique du nord de la Gaule et dans la Belgique, oignit et couronna Charles « comme roi et successeur de Louis le Pieux et de Clovis ».
Nu! doute que l'archevêque de Reims n'eût pour lui, en parlant ainsi, la vieille tradition romaine, ecclésiastique et gallo-franque, sinon la tradition germaine des partages d'héritage. Charles venait donc de recevoir l'hommage des comtes d'Alsace; il se donnait le plaisir de chasser dans la forêt des Ardennes, quand il reçut des envoyés de son frère Louis le Germanique et de son neveu l'empereur Louis d'Italie. Le second, soutenu par une lettre de Rome,
1. Hincmar, 86S. Plures sanioH consilîo régi mondavB't'nt ut guaiUocius commode posset \iaque IHetlta properare satagerel.
TRAITÉ DE MERSEN 89
réclamait l'héritage entier de son frère; le premier en voulait la moitié, en vertu des conventions précédentes faites dans une des fréquentes entrevues qu'il avait eues avec Charles le Chauve. Celui-ci donna de bonnes paroles aux envoyés de ses parents, et, continuant à prendre possession de son nouveau royaume, il pénétra jusqu'à Aix la-Chapelle, où il fut encore accueilli, dit un contemporain, par un grand concours de peuple {ubi multo plures ad eum confiux&runt). Le Chauve, quoique déjà sur Tâge, frêle et vieux, y prit encore nouvelle femme, Richilde, février 870, et parut au comble du succès et du bonheur *.
Cependant Tambitieux Louis de Germanie, qui avait été malade à contre-temps, se rétablit bientôt, réapparut menaçant à Francfort, passa le Rhin et marcha sur Aix-la-Chapelle. Mais les comtes, les évéques et les seigneurs, vrais maîtres du pays, se souciaient plus de leur indépendance que des souverains, et ils ne voulaient surtout plus se battre pour leur maître, quel qu'il fût. On traita. Les deux frères, accompagnés de quelques grands et évéques, se rapprochèrent; l'un vint à Herstall, l'autre à Mersen. La conférence eut lieu sur un petit promontoire de la Meuse, et c'est là que l'on fit hâtivement le traité de partage du 9 août 870, qui porte le nom de traité de Mersen, et qui tenta une première fois de faire la vraie séparation de l'Allemagne et de la France.
Des instincts nationaux obscurs exercèrent sans