‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 35 sur 174 · Regino, 869. — Ann. Fulde, 870. Hincmar, ann · texte numérisé non relu

Regino, 869. — Ann. Fulde, 870. Hincmar, ann

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doute, encore cette fois , à Tinsu môme des contractants, une certaine influence sur la répartition des populations entre les deux fils de Louis le Débonnaire, entre la France et rAUemagne futures, comme au traité de Verdun. Ce ne fut point là, cependant, la principale préoccupation des auteurs du traité préparé, comme tous les actes de cette époque, par des évoques et des comtes, entre autres par Tarchevôque de Mayence, Tévéque Eudes de Beauvais, le chambellan Engelramm et le comte Adalelm. La convention eut beaucoup plus pour but l'égale distribution des sièges épiscopaux, des abbayes et des comtés, entre les contondants. Ainsi Louis le Germanique eut pour sa part deux archevêchés, quatre évéchés, quarantetrois abbayes, trente-un comtés; Charles, trois archevêchés, six évéchés, trente-trois abbayes, trente comtés.

Il était difficile de soumettre cet épais et inextricable fourré de circonscriptions ecclésiastiques et politiques que le temps avait fait entre le Rhin et la Meuse, sans les entamer, à des délimitations géographiques bien précises. Cependant on peut dire que le cours de la Meuse, jusqu'à son confluent avec TOurthe, cet affluent jusqu'à ses sources, la Moselle et ensuite, probablement, en passant les Vosges , la Ugne du Rhin, au-dessus de Tévéché de Strasbourg, qui resta à Louis comme suffragant de Mayence, servirent de ligne de démarcation. Tout ce qui était à l'ouest de cette ligne revint à Charles, et tout ce qui était à l'est, à Louis. C'est surtout sur les territoires de Metz et de Thionville aux rives de la Moselle,

et sur les limites de la Bourgogne et de TAlsace, où les ressorts ecclésiastiques et les comtés étaient fort enchevêtrés et la population très partagée, que le débat s'élève quelquefois entre ceux qui interprètent ce traité. Nul doute cependant que, si Strasbourg suivit le sort de Mayence, son archevêché, Bâle et la haute Alsace ainsi que la Lorraine actuelle suivirent le sort de Tarchevéché de Besançon et de Tévéché de Metz, rattachés au royaume de la France occidentale.

Ainsi, par ce traité de 870, où l'on peut faire remonter plus justement qu'au traité de Verdun la séparation de l'Allemagne et de la France, la rive gauche du Rhin, si longtemps disputée et qui devait Tétre si souvent encore, était partagée comme au temps des luttes de Tempire romain et de la Germanie, des Francs contre les Saxons et les Alamans sous les Mérovingiens, et comme elle le fut plus tard entre rAllemagne et la France. Ainsi le voulaient sa situation merveilleuse, sa fatale beauté et les nations différentes qui s'y sont donné rendez-vous. Quelle nation riveraine, quand elle a trempé ses lèvres dans les eaux de sou beau fleuve et contemplé les admirables collines qui l'accompagnent, ne voudrait garder pour elle à tout jamais ces rives fortunées qui donnent la fécondité et promettent la puissance?

^agrandissement des rois Louis et Charles ne les rendit pas beaucoup plus puissants. Ils n'avaient pas affaire, il est vrai, dans la personne du successeur de Nicolas P% Adrien II, à un pontife aussi habile et aussi entreprenant. Les légats de celui-ci vinrent

en effet trouver les auteurs du nouveau partage à Aix-la-Chapelle et à Saint-Denys, deux sanctuaires à la fois religieux et politiques, pour faire valoir les droits de Tltalien Louis et rappeler les prétentions du saint-siège à intervenir à la conclusion des traités faits dans Tancien empire; mais ils furent reçus avec froideur. Hincmar, la vraie Jumière de cette époque, profila même de Toccasion pour rappeler Adrien II aux vrais devoirs de son ministère dans une lettre, eu, en dépit des fausses décrétaleSy il opposait « les services rendus par Pépin le Bref à Rome contre les Lombards et la reconnaissance du pape Etienne II, qui était venu alors couronner celui-ci en Gaule, à l'arrogance des pontifes récents qui, depuis Grégoire IV, au temps de Louis le Débonnaire, jetaient le trouble dans l'empire, sous prétexte de disposer des couronnes, comme si cela convenait à la personne seule d'un évoque, uni episcopo/ » Adrien II ne pou-i vait rien ni par lui-même ni par l'empereur Louis contre ce langage; c'était une défaite morale pour la papauté *. « Nous, Rois des Francs nés de race royale,» devait lui écrire bientôt Charles le Chauve lui-même, « nous ne sommes pas considérés comme les baillis des évéques, mais comme les maîtres de la terre. :» La royauté et l'Église dans la Gaule s'unissaient et se partageaient volontiers le pouvoir, pour rester indépendantes de l'autorité romaine. C'est à l'origine ce qu'on a appelé plus tard les libertés gallicanes.

1. Hincmari, opp., II, 589... Nos reges Francorum regio génère progeniti non episcoporum vice-dominiy sed terrœ domini fuimus computati.

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Le pape Adrien fat plus heureux dans la luUe orientale qui avait été commencée par son prédécesseur contre Photius. Il obtient du nouvel empereur, Basile, la réunion à Constantinople d'un concile qui est regardé comme le huitième œcuménique. Il y fait déposer Photius. Sans conjurer cependant tout à fait le schisme qui commençait, il ménage du moins entre cet empereur grec et Louis II d'Italie un rapprochement que rendait nécessaire à Tun et à l'autre rétablissement toujours menaçant de Sarrasins dans le midi de Tltalie. Quoique se défiant beaucoup les ânes des autres, les troupes byzantines de Basile et italiennes de Louis II se réunirent pour assiéger Bari, et, malgré une armée de secours qui fut battue, ils emportèrent la place, qui était restée trente années au pouvoir des Infidèles (janvier 878). L'empereur Basile dans un langage assez dédaigneux s'attribua à lui seul tout lé mérite de la victoire.

Dans l'échange de lettres qui eut lieu à ce propos entre Vempereur Louis II et l'empereur Basile, celui-ci contestait môme au premier le droit de prendre le litre dimperator Augustus. Louis II défend son droit 6n l'appuyant sur Fonction et la consécration que le pape lui a données, ainsi qu'à ses prédécesseurs, depuis Charlemagne ; et il affirme même le droit du pape à transférer à Rome l'empire de Byzance *. C'est un tnomphe pour rUccidènlTatin dans un temps où iln*en comptait pas beaucoup.

iVoir dans CônsL^De adm* mpi^ii t^^Les vanteries byzantines : To jiièv xàffTpov pàpiox; xa\ tyjv x^P*"^ àveXàêevo o Paai- ^*y; Pa)[iii'(ùv. Muratori,II, 243; Pertz, lUj 321;

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Mais ce fut dans leur propre famille que les rois carolingiens trouvèrent surtout leur faiblesse. Louis le Germanique, à la fin de sa vie, malgré rexpérience personnelle qui ne pouvait lui manquer, était tombé, comme son père sous Tinfluence de sa femme, Emma, et voulait agrandir la part de son aîné, Karloman, d'une partie de sa nouvelle conquête. Cette résolution tomba mal. Ce Karloman, chargé de la défense de TËst contre les Bohémiens et les Moraves, fut justement battu par le duc sauvage de Moravie, Swentibold. Et l'on voulait, dans un pareil moment, récompenser ce Karloman I Les deux frères de celui-ci profitèrent du désastre pour se révolter contre la volonté paternelle.

Il y a d'autres peuples, où ces haines et ces querelles de famille, ces luttes des fils contre les pères se sont rencontrées. Il n'y en a pas où elles se soient perpétuées avec autant de ténacité qu'en Germanie, Aux yeux des contemporains, ces passions arrivées à leur paroxysme dans les familles royales revêtaient une couleur dramatique qui frappait tous les esprits. Les annales du temps nous parlent de la vision qui trouble l'esprit de Louis de Germanie, à cette époque même. Son père Louis le Débonnaire, mort des suites d'une dernière révolte de ses fils, échappé un instant aux tourments du purgatoire, lui apparaît en manière d'avertissement, pour le conjurer, « au nom de Jésus et de la sainte Trinité, de le délivrer des tourments qu'il souffrait, pour qu'il puisse bientôt jouir de la. vie éternelle. » Louis le Germanique, amené au remords à son tour par les révoltes de âes fils, fait dire des messes dans les trois royaumes pour le repos de

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rame paternelle ; pour résister à ses fils, il donne reûdez-Yous dans Maëstricht à son frère, Charles le Chaure, qui avait également alors ses deux fils sur les bras. Cette entrevue ne réconcilie pas le^ deux frères, même contre leurs fils. Un sujet de discorde bien autrement grave allait les mettre aux prises.

Le dernier des fils de Lothaire !•', frère de Loihaire II, lltalien Louis II, qui portait obscurément la cooroone impériale au delà des Alpes, était, on le savait, près de sa fin. Il avait terminé son règne assez malheureusement. Fier de son triomphe contre les Sarrasins, il croyait maîtriser davantage ses vassaux italiens quand il est arrêté en trahison par le duc de Bénévent, Adelgise, chez lequel il pensait jouir avec sa femme des droits de l'hospitalité ; et il reste pendant quelque temps prisonnier de ce traître, jusqu'à ce qn'il ait promis de ne point tirer vengeance de ce méfait. Tous ces rois carolingiens, détachés de l'empire en décadence, avaient aussi peu de force que les rejetons d'un arbre puissant déjà frappé de mort.

Le bruit de la fin de Louis II s'était déjà répandu, en 872. Une réconciliation entre Louis de Germanie et ses fils en fut d'abord le premier résultat. A qui allait revenir cette couronne impériale qui était encore un objet d'ambition pour les petits-^flls de Charlemagne et qui semblait le gage de la grandeur et des progrès de la chrétienté? Charles le Chauve, roi de la vieille Gallo-Francie, invoquait la gloire des Francs qui, depuis Clovis, avait, de son royaume, rayonné sur loul rOccident. Louis de Germanie, l'aîné des fils du Débonnaire, rattachait davantage ses prétentions à la

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dynastie carolingienne, qui avait organisé la Germanie. Tous deux, hélas l avaient assez affaire, d'abord contre les pirates nordmans qui remontaient le Rhin ou la Seine; et, en outre, le premier contre les Bretons et le second contre les Moravesl Les calamités publiques non plus ne leur manquaient pas. Dans la terrible année 874, tous les fleuves de la Germanie restèrent deux mois gelés, pendant l'hiver; une nuée de sauterelles monstrueuses, venant du Midi, s'abattit au printemps sur l'Allemagne, dévora par places les moissons en herbes , jusqu'aux jeunes arbres; et, enfin, une famine affreuse fit mourir, disent les Annales de Fulde, bien la troisième partie du genre humain {tertia pars generis humani consumpta est). N'importe! l'ambition ne mourait pas au cœur de ces princes débiles, chez qui la convoitise seule survivait. Pendant ces misères, Louis de Germanie traitait d'avance à Trente avec la femme de l'empereur déjà mourant; Charles le Chauve disposait en sa faveur le successeur d'Adrien, le nouveau pape Jean YIIL Ils échangeaient aussi, sur la Meuse ou sur le Rhin, à Liège ou à Tribur, en compagnie de leurs seigneurs et de leurs évoques, des pourparlers où ils rappelaient les anciens liens de confraternité; mais ils ne cherchaient qu'à se tromper, quand l'empereur Louis, qui n'avait jamais été que le roi dltalie, mourut à Brescia, le 12 août 875, et laissa enfin vacante cette couronne si fragile et si enviée. Elle allait faire naître une dernière guerre entre les héritiers impuissants de Charlemagne et, par là môme, mettre à nu toute la vanité de ce glorieux souvenir*

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Les empereurs Charles le Chauve et Charles le Gros. Les épigones carolingiens, 875-888.

Malgré tous les démentis des événements, la couronne de Charlemagne conservait toujours un prestige. Le roi de France et celui de la Germanie se la disputèrent après l'empereur Louis IL On comprend qae la papauté, qui avait donné cette couronne à Charlemagne, se crut en droit d'en disposer. Quoique liOuis le Germanique fût Taîné, le pape Jean VIII préféra Charles le Chauve, le roi de Gaule, probablement parce que celle-ci était plus anciennement chrétienne et parce que son roi promettait plus de docilité. Celui-ci, bientôt prêt, traverse le Saint- Bernard et arrive à Pavie en septembre 874. Un des fils de Louis de Germanie, roi de TAUemanie, que les Italiens appelèrent Carlotto et que l'histoire a nommé Karl le Gros, sur Tordre de son père, descend de son côté en hâte les Alpes. Mais la horde qui le suivait, fidèle aux habitudes germaines, commet toute espèce de brigandages et pille, même sous les yeux de Timpératrice veuve, le couvent de Sainte-Julie, à Brescia, sans aller au delà. Karloman, fils aîné de Louis de Germanie, arrive enfin avec une

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