CHARLES LE CHAUVE ET CHARLES LE GROS
et un Bernard d'Auvergne, ne s'y rendent point. Charles le Chauve provoque les délibérations, les conseils de ceux qui sont présents, et, sans être toujours complètement d'accord avec eux, il prend les mesures nécessaires pour former un conseil h son fils, défendre ses droits, ceux de sa famille, ceux de la royauté, déterminer la part d'héritage de son iils et de ses neveux, prévenir les révoltes, les guerres privées, les rapines, les violences des grands, et, à l'extérieur, les attaques des Nordmans, les intrigues de ses neveux, môme de son fils, et assurer le salut de son âme. C'est dans cette vue que, après avoir cherché à garantir le respect et les honneurs dus à Dieu et aux saintes églises, tout en prenant ses précautions contre les grands seigneurs absents dont il se défie, il assure, pendant son expédition, l'administration des évôchés et abbayes qui deviendraient vacants, et confie provisoirement, en cas de mort d'un évoque, d'an comte ou d'un vassal, la gérence de l'évéché à un administrateur, du comté ou du fief au fils du mort et à ses otCicïers, jusqu'à ce qu'il en soit informé. Il n'y avait là qu'une sorte de testament pour l'absence de Charles, ou môme pour sa mort, et non la constitution môme de l'indépendance des élections ecclésiastiques et de l'hérédité des offices et des fiefs, comme on l'a cru longtemps à tort *.
Ce n'était point de la part de Charles le Chauve une précaution inutile. Il passe les Alpes assez mal accompagné. Le mois de septembre le voit réuni à
i' \o.r plus loin au chapitre de la féodalité.
102 CHUTE DE l'empire Dt; CHARLËMAGKE
Pavie avec le pape, qui, en l'absence de tout souverain temporel, avait courageusement rassemblé une flotte et une armée contre les Sarrasins. Mais à peine y était-il que le roi de Bavière, Karloman, Taîné des fils du Germanique, descend les Alpes de Trente, et qu'une conspiration se forme entre les grands, qu'il avait laissés derrière lui, et même son fils Louis le Bègue. Il fallait revenir, sans avoir rien fait. Il repasse les Alpes par le Mont-Cenis et meurt, octobre 877, d'une potion mal administrée, dans une pauvre cabane, après avoir donné plus de preuves de bon vouloir que remporté de succès. Sa mort, il est vrai, ne profite guère à Karloman, son rival. Celui-ci se fait couronner un instant roi des Lombards, à Pavie, avec l'appui de l'archevêque de Milan, Ansperto, rival du Saint-Siège ; mais, dans sa marche sur Rome, il est arrêté par une épidémie qui le force à repasser les Alpes à son tour et, après deux années de langueur, le met aussi au tombeau.
Au fur et à mesure que l'héritage de Charlemagne arrivait à ses descendants les plus éloignés, ceux-ci semblaient plus incapables de porter la part du fardeau qui retombait sur leurs épaules. Dévorés de la même ambition de s'agrandir, ils ne peuvent défendre ni leur autorité contre leurs vassaux, ni leur royaume contre les ennemis du dehors, ni leur jeunesse même, bientôt, contre la mort. Écrasés par le souvenir d'une grandeur qui les exalte sans les fortifier, ils voudraient la relever, ils retombent impuissants et succombent à la tâche. Vainement Hincmar rédige-t-il