‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 41 sur 174 · FIN DE CHARLES LE GROS · texte numérisé non relu

FIN DE CHARLES LE GROS

Un chaut en vieille langue franque a conservé le souvenir de cette victoire des Francs occidentaux *. « Je connais un roi, — disait la chanson; — il se nomme Louis. — 11 sert Dieu volontiers. — Il laissa les païens arriver par mer et le peuple des Francs penser à ses péchés. — Le pays en souffrait. — Mais Dieu eut pitié. — Louis chevaucha en France contre les Nordmans, entonnant son cantique saint. — Tous chantaient Kyrie eleison. — Le combat commença. — Chacun combattit en héros. — La victoire fut à Louis. » Dernier hommage d'une poésie barbare à Tun des descendants obscurs du grand empereur des Francs et des Romains !

Cette victoire est le salut de la Gaule, mais elle paraît la perte de la Germanie. Exaspérés, les païens du Nord redoublent de fureur en changeant de champ de bataille. Deux frères, établis dans la Frise, Gottfried et Sigefried, de leur camp à Elsloo, entre la Meuse et le Rhin, non loin de Maëstricht, se répandent entre les deux fleuves et ravagent tout le pays. Maëstricht, Tongres, Liège sont mis à feu et à sang. Cologne, Bonn, et les châteaux de Zulpich, de Juliers et de Neuss, sont la proie des flammes {igné cornburunt). Les ravageurs arrivent jusqu'à la ville impériale d'Aix-la-Chapelle; comme pour annoncer la chute définitive de Tempire, ils brûlent le palais de Charlemagne, font de la chapelle royale une écuiic pour leurs chevaux {equis suis stabulum fecerunl), incendient les riches abbayes de Stavelot, de Mal-

1. Monuments de la langue romane et de la langue tudesgue du IX* siècle. Gand, 1845.

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medy, de Prûm, surprennent Trêves, la vieille cité romaine, en massacrent les habitants et arrivent jusqu'à Metz, où reposaient les restes de saint Arnulf, Tancôtre de Charlemagne. Personne parmi les rois, personne, pour défendre ce pays qui avait été le centre et le cœur de Tempire chrétien de Charlemagne! D'autres barbares du Nord, traversant le Jutland, se jettent en même temps sur la Marche de TEyder et massacrent Bruno, duc de Saxe, avec deux évoques, cinq comtes, toute son armée. L'Elbe redevient la limite de TAUemagne; et, sur toute la frontière de l'Est ébranlée, du nord au sud, les Sorbes, les Bohèmes, les Moraves, secouent le joug qu'on avait voulu leur imposer et refusent de payer tribut. Toute l'œuvre de Charlemagne croulait; l'Église même était en péril ; car d'autres Nordmans, en Gaule, pénétraient aussi jusqu'à Angers et jusqu'à Paris ; et les Sarrasins en Italie s'emparaient sur le Garigliano d'une hauteur fortifiée d'où ils inquiétaient le Mont- Cassin, la fondation de saint Benoist. Seul, le pape Jean VIII, comme successeur de Nicolas R et de Léon III, représentait l'unité chrétienne au milieu de ces "désastres et de ces ruines. Il s'imagine encore d'offrir la couronne du grand empereur à un fils de Louis de Germanie, à Karl de Souabe, que l'histoire a appelé le Gros I C'était le seul sur lequel il pût compter ; l'autre, Louis, était depuis longtemps épileptique. Il couronne à Rome, en effet, dans l'église de Saint- Pierre, Karl III avec sa femme Richarda, tandis que la ville d'Aix-la-Chapelle brûlait. Le nouvel empereur s'en retourne aussitôt au nord des Alpes. De retour

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