‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 42 sur 174 · PIN DE CHARLES LE GROS 1Û · texte numérisé non relu

PIN DE CHARLES LE GROS 1Û

en Allemagne, par un bonheur inouï, qui n'était qu'une ironie du sort, il recueille encore Thérilage de son frère, Louis de Saxe, mort pendant son absence, 20 janvier 882, puis, deux années après (884), celui des deux rois de la France, petits-fils de Charles le Chauve, ses petits-neveux, morts prématurément et n'ayant jamais gouverné. L'empire entier n'a plus qu'un maître comme sous Charlemagne ! Mais l'empereur se voit seul, isolé, dans l'empire. Hincmar, vir merito a cunctis predicandnsj disent les annales de Saint- Wast, était mort. Jean VIII succombait la même année, 882, perdant le sommeil et l'appétit en vovant les Sarrasins sous les murs de Rome.

Qui croyait encore à l'empire quand Karl le Gros, par l'ironie du sort, devint empereur? « Maintenant, disait un moine souabe, Dieu seul sait entre les mains de qui nous allons tomber, si Karl ou les fils de Karl réprimeront les usurpateurs ou plutôt les brigands qui lèvent partout la tète, ou si l'empire sera leur proie. » Il n'y avait plus, en effet, d'empire. Depuis longtemps, toutes les institutions carolingiennes étaient tombées; plus de mmi dominicij plus d'heerbann. Comtes, margraves, évoques, ne sont plus les agents du pouvoir; les possesseurs de fiefs royaux ne sont plus d'obéissants serviteurs. Charles le Chauve les a appelés tous tristement, dans un capilulaire, noslri infidèles *. L'empereur peut errer avec sa cour, de châteaux en châteaux impériaux, dans toutes les parties de ses États. On le regarde passer

i. Gapit. de Tousey (année 865, c. i) : Ut sicut nostri infidèles.

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comme une curiosité, comme le fantôme des temps évanouis. On ne le suit plus à la guerre. S'il rassemble encore des diètes,, il y dépend des personnages ecclésiastiques et laïques qui s'y réunissent. Les différents peuples de Tempire n'ont d'yeux que pour les hommes qui, au milieu d'eux, sont les plus considérés, les plus riches, les plus braves. Ils font déjà rois ceux qui se croient ou se disent carolingiens. Ceux-là seuls les représentent; ce sont eux seuls qu'ils suivent. La mort de tant de princes a fait encore tomber le sceptre impérial aux mains d'un carolingien; mais ce n'est plus qu'un brillant hochet. Un droit nouveau se dresse en face de ce vieux droit : le peuple et le clergé choisissent leurs chefs ou se donnent aux puissants. Il n'y a plus que des forces locales.

Karl le Gros, Karolus crassus, grossuSj dernier successeur de Charles le Grand, en est comme la caricature dans sa personne et dans ses actes {desipiens corpore et animo). Il est le jouet de la fortune, qui ne cesse de le tromper, omina fallentis fortunœ ludibria experitis. On le voit cinq fois en Italie, à Rome. Le choix du successeur de Jean VIII se fait sans son agrément. Sous ses yeux, de puissants seigneurs italiens se disputent déjà la royauté d'Italie. Par deux fois, il essaye de rassembler à Worms une armée pour relancer les Nordmans de la Frise dans le camp d'Elsloo. Goltfried et Sigefried lui arrachent une paix qui leur cède la partie de la Frise autrefois occupée par les Danois Hériold et Rorlch. Le Lolhcrrègne n en est pas plus heureux. « Karl le

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