‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 45 sur 174 · ÉTABLISSEMENT DE LA FÉODALITÉ · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DE LA FÉODALITÉ

Telle était, en effets la différence qui existait entre l'Europe du ix^ et celle da x® siècle. L'empire avait été une première fois divisé en 843; il s'était tout à fait écroulé sur lui-même en 888. Les descendants du grand homme s'étaient fait la guerre les uns aux autres, les fils au père, les frères aux frères. Officiers de rÉtat et officiers de l'Église, ducs, comtes, évoques, abbés, en avaient profité pour ne reconnaître plus d'autorité au-dessus d'eux. De nouveaux barbares étaient venus de tous les points de l'horizon, Nordmans, Sarrasins, Hongrois, se jeter au milieu de ces querelles. Le porte-clef même du ciel, celui qui avait consacré l'empire, avait contribué à sa chute en voulant le dominer ; et, perdant avec lui son appui, il allait retomber dans l'isolement et dans l'impuissance, au milieu des ruines et des factions de Rome. Toute unité politique ou morale, toute grandeur, avec les Francs, avait disparu en Europe.

Il y aura bien encore dans la Germanie et l'Italie, que Charlemagne avait soumises, des princes qui se prétendront empereurs, mais sans reconstituer l'empire de sitôt. Dans l'ancienne Gaule, le duc d'un petit pays central qu'on appelait France essayera à son front la couronne de roi ; dans d'autres parties de la même Gaule, d'autres prendront aussi ce titre, en Aquitaine, en Bretagne, en Lorraine, en Bourgogne et en Navarre; et, dans l'Italie même, deux compétiteurs se disputeront le titre de roi. Mais ce seront d'abord des rois sans royaume, car il n'y a alors vraiment ni France, ni Italie, ni Allemagne, si ce n'est au point de vue géographique. Qu'y a-t-il donc sous ces

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