‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 6 sur 174 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

été le résultat de Tallrance d'une puissance guerrière, celle des Francs d'Oslrasiè, avec une puissance morale, celle de la papauté. Le conquérant franc a fait l'empire avec Tépée de ses vfiillants compagnons des bords du Rhin ; le pape l'a consacré de ses propres mains, en couronnant Charlemagne. Leur étroite et sincère union a consolidé la conquête et la foi; et les comtes et les évéques, dans leurs provinces, les riches propriétaires et les guerriers, pour la plupart compagnons du conquérant et attachés à sa fortune, ont été pour un temps les instruments obéissants de ce grand et double gouvernement militaire et ecclésiastique.

N'y avait-il pas là deux principes dont l'accord durable était difficile? Le conquérant regardait son œuvre comme le bien de sa nation, môme comme un bien de famille, une propriété nationale et personnelle, dont il pouvait, selon la tradition germaine, disposer à -son gré, surtout pour les siens, pour ses enfants. L'Église considérait plutôt Témpire, qu'elle avait consacré, comme un pouvoir public, comme une propriété commune dont l'intérêt devait primer celui même de la famille souveraine. En s'unissant même les uns aux autres, les papes et les empereurs éviteraient-ils des conflits, s'ils interprétaient chacun la souveraineté d'une façon différente? L'union qui a fait l'empire peut-elle subsister? Au milieu du conflit possible, les peuples soumis ne guetteront-ils pas une délivrance, une revanche : la Germanie, l'Italie, l'Aquitaine? la nation dominatrice elle-même, la France oslrasienne qui, sur les bords du Rhin, avait

dompté la Germanie avec la Gaule et la Gaule avec la Germanie, troublée à son tour dans son dévouement et dans sa foi, trouvera-t-elle la même force, la même unanimité pour soutenir sa domination contestée? Si la force morale de l'empire se tourne contre lai, si sa force militaire s'épuise, les deux piliers de Fédifice ne menaceront-ils pas de tomber? et, alors, si les peuples ne sont pas mûrs pour se constituer^ les comtes et les évéques, les grands propriétaires et les bénéficiaires, ses anciens appuis, ses instruments et ses agents, songeront-ils à autre chose qu'à hériter de ses ruines et à tout démembrer à l'infini? Voilà surtout les points qu'il ne faut pas perdre de vue à travers les événements qui suivent la mort de Charlemagne, pour démêler Taclion multiple des causes de la chute de son empire. Il n'avait fallu rien moins que l'union de ces deux puissances, l'une politique et l'autre morale, pour refaire la réunion des nations et des langues qui avaient échappé déjà à l'empire romain. Il n'est pas étonnant que le désagrègement complet ait suivi leur conflit, leur chute, et qu'il ne se soit pas arrêté aux différentes nations, mais à l'individualisme! le plus excessif, à la féodalité même. Les historiens contemporains, qui ont été acteurs ou témoins dans cette époque, ou qui en ont recueilli les échos et les témoignages, n'ont pas été moins frappés que les historiens modernes du caractère dramatique de ces événements. Cet ébranlement subit, ces luttes parricides des fils contre leurs pères, des frères contre les frères, ces révoltes des nations soumises contre leurs vainqueurs, ces conflits d'un em-

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