LIVRE NEUVIÈME
pereur et d'un pape, du siècle contre l'Église, et ces trahisons fréquentes des serviteurs, qui devaient êlre les plus dévoués, des comtes, des évoques, des leudes, des vassaux même contre leurs propres souverains, tout a jeté le trouble dans leur esprit. Us ont presque tous pris parti dans leurs récits, comme au milieu de ces guerres, et souvent avec passion. Parfois Vhistoire a pris sous leur main la forme d'un plaidoyer ou môme d'un libelle. Ainsi Thegan, chorévéque de Trêves, en plein pays carolingien, se constitue à outrance le défenseur de Louis le Débonnaire, l'adversaire de ses ennemis; l'anonyme auteur de la vie du fils de Charlemagne, qui était probablement un officier obscur du palais, n'a que des paroles de malédiction contre les fils rebelles; et Pascase Radbert, le disciple, l'ami, le confident de tous les jours et le compagnon d'exil de celui qui a joué le plus grand rôle dans ces temps de troubles, Wala, cache sous des noms empruntés les rudes vérités qu'il ne ménage pas aux ennemis de son maître. Seul, l'historien Nithard, fils d'un des conseillers éminenls de Charlemagne et de la fille môme de l'empereur, Berthe , apporte quelque impartialité dans les récits de ces temps douloureux *•
1. Voir, pour les sources, notre histoire d'Allemagne, t. II. Nous lui avons emprunté pour ce chapitre ce qui concerne l'Allemagne, en développant la France et l'Italie.
Louis le Débonnaire. — La Charte d'unité ou ûe partage de 817. — Violation de cette charte. — Wala. " Révoltes des Bis aines de l'empereur. — Intervention du pape Grégoire IV. — Le Champ du Mensouge, 833.
Quand on lit les chroniqaes du temps de Gharlemagne, on est aisément convaincu que le nouvel empire d'Occident, œuvre de circonstances beureases, de la puissance d'un peuple et du génie d'un homme, n'était un établissement parfaitement homogène, ni par la géographie, ni par la langue, ni par les intérêts. On y rencontre surtout les noms de trois grandes contrées, qui reviennent souvent, mais plutAt comme un souvenir des temps antérieurs que comme une espérance, sous la plume des écrivains : ceaK d'Italie ou de Lombardie, de Germanie ou de Teutonie, de Gaitle ou de France ', même d'Espagne. Pour être devenue chrétienne et plus civilisée qu'auparavant, la Germanie pure n'avait pas plus perdu son originalité, son caractère propre, que l'Italie on la C-""^" pajs germano-latins qui faisaient aussi partie ( empire. L'infatigable héroïsme d'un grand h
a CHUTE DE LEHPIRË DE CHARLEUAGNE
l'avait pu soumettre, et son génie l'avait retenue sous le mCme joug que les nations latines. Mais il ne l'avait pas non plus fondue entièrement dans les Sans doute il s'en faut à cette époque pour lagne, comme pour l'Italie et même pour la que ces expressions témoignent déjà, dans s qu'elles désignent, de l'existence de nations lies, nnes et homogènes, comme on devait dre plus tard. Il y a différentes familles comme Dts dialectes dans la langue allemande. La tion et la langue gallo-latines du nord de la se ressentent de l'invasion germaine beaulus que la langue et la population de la France onale. Le peuple et la langue de l'Italie, en se lisant au nord, restent encore souvent grecs li. Ces expressions ont cependant une valeur phique, sinon tout à fait nationale, onquéte carolingienne avait rendu surtout ua ! signalé à ces trois pays, en les soumettant néme foi et à un même gouvernement, comme l'avait fait autrefois pour l'Italie et pour la En les enfermant passagèrement dans un empire, elle leur avait donné l'unité de la raie et sociale. Leurs peuples avaient un lien in, quoique obscur encore, qui les distinguait foi, la loi et le gouvernement, de ceux du nord 'est barbares, contre lesquels on leur avait fait sncer le combat du christianisme et de la civi- ). Enrûlés contre les païens sous les drapeaux ]pire et du Christ, ils avaient puisé dans leur ition, en vue d'une œuvre commune, des sen-
liments de solidarité qu'ils avaient peu connus et qui remplaçaient avantageusement leurs querelles liéréditaires. Mais leur instinct d'indépendance ne les réunirait-il pas aussi contre Fempire qui les avait soumis '? Enfin, dans cet empire franc et chrétien, Tunion du pape et de l'empereur, de TÉglise et de rÉtat, de deux puissances si différentes, subsisteraitelle toujours?
Une force manquait à Fempire de Charlemagne, après la mort de ses deux fils aines, qui Favaient précédé dans la tombe. En 814, son successeur Louis, surnommé le Pieux de son temps et le Débonnaire dans Fhistoire, le dernier de ses fils, n'avait point les qualités nécessaires pour conserver ce que son père avait fondé. Dans un temps où le pouvoir était plutôt considéré comme une propriété de famille que comme une institution publique, c'était une faiblesse. Pour gouverner cet empire chrétien, il semble que la piété était bien de mise, et qu'un roi-prélre^ comme ou appelait quelquefois Louis, convint parfaitement. Mais la piété n'avait point été la seule qualité, ni peut-être la principale de Gharlemagne. L'ambition, Famour du commandement, le goût de la guerre, l'autorité du caractère et la connaissance des hommes, toutes les qualités qu'il avait réunies manquaient à son fils. Deux hommes, deux frères, pelits-fils de Charles-Martel, petits cousins de Gharlemagne, hommes d'Etat et d'Église, ce qui était alors tout un, Wala et Adalhard,
1. Voir, pour ce chapitre, Aug. Himly, Wala et Louis le Débonnaire. — Dùmmler, Geschichte des Ostfrœnkischen Rei" ehesy !••• V., 71.