TRAGI-COMÉDIE DU PAPE FORMOSE
reQcoatre. Le pape Formose reçoit le vainqueur dans la confession de Saint-Pierre et lui met la couronne sur la tête en le proclamant empereur et Auguste. Ainsi est rétabli ce que les chroniqueurs appellent encore Tempire des Francs, imperium Francorum; on violent et ridicule plagiat du grand couronnement de Charlemagne de Tannée 800 par le pape Léon III!
L'empire de Charlemagne était fait avant que le conquérant franc acceptât ce titre ; Amulf prenait le (itre avant d'avoir fait l'empire. Ce couronnement n'était pas un événement européen. C'était un fait romain, à peine italien. Il n'y avait plus rien de général, d'universel dans la chrétienté. Tout se rapetissait, tout devenait local. A qui appartiendrait la ville de Rome? A qui le hochet impérial? Voilà ce dont il s'agissait. Le titre d'empereur n'ajouta rien à la puissance d'Arnulf . A peine eut-il le dos tourné que Bérenger P' et Lambert, instruits du bénéfice qu'on recueillait à appeler l'étranger, s'entendent pour partager l'Italie, comme Eudes et Charles le Simple s'étaient partagé la France du nord. Le pape Formose devient l'objet, malgré sa prompte mort, d'une réaction terrible. Etienne VII fait le procès, non pas seulement à sa mémoire, mais en réalité à son cadavre. On ouvre son tombeau, on arrache son corps déjà en putréfaction à la tombe ; on l'apporte devant un synode érigé en tribunal ; et, là, la cause du coupable ayant été plaidée contradictoirement, la déposition et la condamnation de l'usurpateur et de l'intrus prononcées, on lui coupe les trois doigts de
134 l'évolution féodale au x* siècle
la main droite qui s'était parjurée et on le jette dans le Tibre.
Pour Amulf, César de rencontre, il assiste, entre la vie et la mort, pendant ses deux dernières années, à la dissolution de sa puissance. Son fils, Swentibold, en Lorraine, excite une révolte que l'autorité paternelle a peine à apaiser. Arnulf n'est plus même respecté chez lui. Il devient, presque tombé en enfance, le jouet de sa famille et la victime de ses vices, au milieu de honteux ou terribles débats d'un procès en adultère fait par le bâtard Swentibold à Otta, la vieille mère légitime du jeune Louis. Celle-ci obtient non sans peine son acquittement. Enfin Arnulf meurt, à la fin du siècle pendant lequel tombent les Carolingiens, 10 décembre 899.