‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 62 sur 174 · TRAGI-COMÉDIE DU PAPE FORMOSE · texte numérisé non relu

TRAGI-COMÉDIE DU PAPE FORMOSE

L'évolution féodale. Recrudescence des invasions normandes, hongroises, sarrasines. Dégradation de Tempire, des papes, des rois (899-948).

Les dernières années du ix« siècle avaient vu finir les derniers carolingiens bâtards ou indirects ; les premières du x® voient commencer réellement Tépoque féodale. C'est le moment, le point précis où la transition s'opère. Les monarchies, nées de Tempire, avaient tenté d'arrêter la dissolution à un démembrement d'empire. Elles se montrent de plus en plus impuissantes. La féodalité ne respecte pas les monarchies. Elle réclame son tour. La recrudescence, à cette époque, des invasions des Nordmans, Sarrasins et Hongrois, contribue encore plus à émanciper la féodalité. Sous la menace et la pression de ces ennemis, anciens et nouveaux, qui redoublent alors leurs attaques, la population militaire des villes et des campagnes se groupe autour des anciens délégués ou bénéficiaires royaux sur chaque point du sol attaqué et achève de faire des seigneurs qui savent se défendre autant de souverains indépendants. L'empereur avait été trop haut et trop loin; les rois ne le sont pas moins. Il faut que la puissance se rapproche

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de terre pour que les populations se pelotonnent autour d'elle. La suprême loi politique, c'est la lutte pour la vie. Plus d'empereurs, de rois; il n'y a de possible que des défenses locales. Peut-être, les envahisseurs, qui passent comme entre les doigts des souverains, ne pourront-ils percer l'épaisseur des habitants des villes et des campagnes, groupés autour des seigneurs?

Sur les frontières de terre, en Allemagne, les rois avaient laissé tomber les anciennes marches établies par Charlemagne. Chaque puissance féodale devient une marche pour elle-même. Sur la vaste étendue de côtes de l'empire, les rois, Charlemagne lui-même, avaient négligé d'entretenir une marine suffisante pour protéger les embouchures des fleuves. Il faut que la puissance militaire adhère au sol, qu'elle stationne sur les côtes et les rives des fleuves, pour arrêter les Nordmans ou les Sarrasins, qui jettent leurs stations dans les îles et ravagent les plaines.

On sait quelles causes diverses jetaient, à travers l'Océan et la Méditerranée, sur les côtes de France, d'Angleterre ou d'Italie, les Nordmans et Sarrasins. Peu tentés d'échanger les pays pauvres de la Norvège, du Danemark ou de la Suède, qui suffisaient à peine à les nourrir, contre les rivages de la mer Baltique et de la mer du Nord, aussi inhospitaliers, Danois et Norvégiens, Nordmans, familiers, au milieu de leurs brumes et de leurs rivages déchiquetés par le reflux, avec l'Océan et ses orages, n'avaient fait d'abord que des pirateries isolées ^ur les côtes occidentales de l'Océan. Ils organisent maintenant, en de nom-

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