RECRUDESCENCE DES INVASIONS
breuses flottilles, des bandes d*émigrants ravageurs, de vraies expéditions maritimes, en vue de s'établir sur les côtes plus riches et plus chaudes de la vieille île de la Bretagne, occupée alors par les royaumes anglosaxons, et de la France, où des roitelets se disputent l'héritage de Gharlemagne.
Pour les Arabes, depuis que la dynastie conquérante / des Ommiades s'était affermie en Espagne et avait • été arrêtée aux Pyrénées, la mer les répandait sur les ' côtes chrétiennes de Tltalie et de la France méridionale. Établis, depuis plus de trente ans déjà, en Sicile et sur plusieurs points de laSardaigne, ils avaient jeté des colonies militaires à Bari, à Tarente, et jusque dans les Alpes occidentales, à Fraxinet, en dépit des rois de Bourgogne cisjurane ou de Provence. De là, plus civilisés, tantôt par la politique, tantôt par les armes, ils intervenaient dans les querelles des rois ou seigneurs chrétiens pour étendre leur domination. Enfin, en Allemagne, c'était bien imprudemment que le roi Arnulf avait invité les rapides cavaliers hongrois à s'établir dans les plaines herbeuses de la Theiss et du Danube, où ils pouvaient si aisément nourrir leurs chevaux et les cavales dont ils buvaient le lait. Il s'en fallut de peu, vers le commencement du x^ siècle, que ces ennemis, venus de tous les points de l'horizon, ne se rencontrassent au centre de l'empire. Quels rois et quels royaumes trouvaient-ils alors, en effet, devant eux?
1. Charles le Simple et les Normans; traité de Saint-Clair snr-Epte (914-928). — Le premier roi de la maison de France, Eudes, mort, les grands vassaux
138 l'évolution féodale au x® siècle
du Nord, pour constater leur droit d'élection, proclamèrent à nouveau le carolingien Charles le Simple. Celui-ci se garantit d'une nouvelle entreprise de la famille robertinienne, en laissant au frère d'Eudes, Robert, qui tenait déjà de celui-ci le titre de marquis de Neustrie, la possession de tous les bénéfices de sa famille avec les abbayes de Saint-Denys et de Saint- Germain-des-Prés et peut-être le comté de Nantes. Robert devient même ainsi, selon l'expression dont se sert Charles le Simple dans un diplôme, le conseiller et l'appui de la royauté {nostri regni et consilium et juvamen); et, par là, il obtient de lui la survivance de tous ses liefs pour son fils Hugues, qu'on devait appeler le Grand. A Laon l'honneur, le litre royal; à Paris la puissance.
On ne s'y trompe point. Herbert, comte de Vermandois, recherche et obtient une fille de Robert, et Raoul, le duc de Bourgogne, fils du justicier, une autre. Loin du roi, les grands du Midi, d'Auvergne ou d'Aquitaine se rendent indépendants du carolingien. Le Simple, au nord, ne protège pas même de son prestige le plus dévoué de ses évêques, celui à qui il devait la couronne, Foulques de Reims. Le comte de Flandre, Beaudoin, en désaccord avec ce ministre, l'assassine en 900, au moment où il sortait du palais de Compiègne. Mais les ennemis extérieurs sont bien plus dangereux pour le royaume.
Les Nordmans n'avaient encore essayé que des établissements partiels et éphémères, comme celui de Regnard Lodbrog aux embouchures de la Loire, et celui d'Hastings, à Chartres, bientôt abandonné, quand