‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 64 sur 174 · CHARLES LE SIMPLE ET LES NORMANS · texte numérisé non relu

CHARLES LE SIMPLE ET LES NORMANS

le roi de mer, du nom de Rolf, Rollon ou Rou, parvint snr le cours inférieur et aux bouches de la Seine à en faire un définitif, réservé à de hautes destinées.

On ne sait si Ton peut croire à tous les exploits que des chroniqueurs normans ou les Sagas du Nord, assez postérieurs, ont attribués à Rollon, un des chefs ou Jarls norvégiens, révoltés contre le roi Harold Harfager, qui voulait soumettre tous les guerriers libres à son pouvoir. Mais on ne peut douter que le héros norman, de si haute stature qu'il ne pouvait trouver un cheval pour le porter, ne fût déjà en possession, au commencement du x* siècle, de la ville de Rouen, du temps de son archevêque Wito, au milieu des murailles détruites de la cité et du désert des campagnes avoisinantes autrefois si riches. Au temps d'Alfred le Grand, roi d'Angleterre, qui de 874 à 904 avait forcé les Danois de Godrun à retourner dans leur pays, les côtes de la Neustrie s'appelaient déjà Normannie ou Normandie. Les vainqueurs commençaient à faire travailler pour eux les anciens habitants comme tenanciers ou serfs dans les campagnes; et ceux des villes, commerçants ou ouvriers, payaient tribut.

Malgré les premiers essais d'établissement, les Nordmans de la Seine s'entendaient encore avec ceux des stations de la Loire pour brûler Saint-Martin de Tours, dont les reliques étaient transportées de ville en ville et d'église en égUse, et massacrer Tévôque de Bourges, de 903 à 910. En Tannée 9H, trois flottes normandes remontent simultanément la Seine, la Loire et la Gironde. Rollon, le chef des Nordmans

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de la Seine, vient attaquer encore Paris,- qui était devenu le boulevard de la France du centre. Paris résiste toujours vaillamment et obtient une trêve de trois mois par l'intermédiaire de Tévéque de Rouen. Les chefs puissants du centre de la France en profitent pour réunir leurs forces. Le roi Charles le Simple et le marquis de Neustrie ou duc de France, Robert, s'entendent avec le duc de Bourgogne, Raoul, et avec Ebles, comte de Poitiers. Lorsque, à l'expiration de la trêve, RoUon revient à travers la région d'entre Seine et Loire assiéger Chartres, il trouve devant la ville une armée supérieure rangée sous un étendard qu'on disait fait avec l'étoffe de la chemise de la sainte-vierge, et il est battu.

C'est avec une sage intelligence que les vainqueurs, Charles le Simple et Robert, en profitent pour tenter de faire la paix avec ce turbulent voisin et autoriser l'établissement de ses compagnons sur le sol qu'ils occupaient, afin de les y fixer et de vivre en accord avec eux. L'archevêque de Rouen, Frankès, qui n'avait d'espoir certain de sauver Paris qu'en traitant avec ses nouveaux voisins, intervient. Le roi Charles le Simple consent à offrir sa fille Ghisèle pour cimenter l'accord, à la condition que RoUon se fasse chrétien. Le roi de mer était vieux; il croyait venu le moment de s'asseoir dans sa conquête après les longues fatigues qui l'avaient fait surnommer RoUon va-à-pied. On s'aboucha au lieu dit Saint-Clair-sur- Epte et l'on s'entendit. Le duc de France, Robert, en sacrifiant le pays au delà de l'Epte et de TAure, ne perdait rien, puisque ce territoire était déjà occupé.

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