‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 65 sur 174 · TRAITÉ DE SAINT-CLAIR-SUR-KPTE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE SAINT-CLAIR-SUR-KPTE

Charles le Simple y gagnait un vassal dont il pourrait se servir au besoin contre les autres seigneurs. Rollon y trouva la possession légitime du territoire conquis, avec le droit de le transmettre à ses héritiers, et une femme à laquelle cette cession parut servir de dot. On ne fixa pas autrement les limites, au midi de la Seine, qu'à la frontière de la province de France et du Maine, d'abord jusqu'à la Dive et ensuite jusqu'à la Bretagne. Le nouveau prince devenant, pour sa terre, vassal de Charles le Simple, il devait lui prêter hommage, comme duc, comte ou marquis, on ne sait encore. Au moment de la cérémonie où il devait baiser les pieds du roi, nous dit la légende : « Non, par Dieu (ne se bi Gott) ! » se serait-il écrié ; et il aurait ordonné d'accomplir la cérémonie à un de ses hommes, qui aurait levé irrévérencieusement le pied de Charles le Simple jusqu'à sa bouche, au risque de renverser celui-ci de son trône. Retenons de l'anecdote surtout les mots de l'idiome bas-allemand, qui était la langue de Rollon. Celui-ci, quelque titre qu'il prit d'abord, n'en était pas moins le vassal du roi des Francs pour la terre normande {terrœ Normannorum)^ qu'il distribua à ses Jarls comme aux autres fidèles, et il faisait des pirates normans des propriétaires : les Normands.

Un second ministre de Charles le Simple, en France, après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, Haganon, simple chevalier {miles), essaye de relever l'autorité bien amoindrie du descendant de Charlemagne, en cherchant son point d'appui dans la Lorraine, le vieux pays carolingien; Cette velléité lui porte mal-

heur. Les grands de Gaule et même de Germanie se contentent d'abord de venir (Pâques 917) lui faire des remontrances à Aix-la-Chapelle. Mal accueillis, ils se mettent en révolte ouverte, à l'assemblée de Soissons , où Lorrains et Français avec les ducs Giselbert et Raoul de Bourgogne se détachent de lui. Tandis que les Lorrains, toujours cauteleux, font mine encore de soutenir le dernier carolingien, le duc Robert de France, aidé des vassaux de ses parents, Hertbert II de Vermandois et Raoul de Bourgogne, détourne môme Tarchevêque de Reims du parti du roi. Il va assiéger le vM)nt de Laon, dernier asile du malheureux roi, s'en empare, et, pendant que Charles le Simple s'enfuit, il se fait couronner roi par l'archevêque de Sens, Gautier, en 922.

Charles et Haganon ne perdent pas courage ; avec des Lorrains et des Normands ils passent la Meuse à l'improviste, descendent l'Aisne sans défiance, attaquent, près de Soissons, Robert et les Français dans la plaine de Saint-Médard. Robert se jette à la tête des siens. Il est tué raide d'un coup de lance. Hugues, son fils, et Hertbert de Vermandois rétablissent le combat. Dix-huit mille morts succombent dans celle lutte acharnée. Tandis que Charles, vaincu, quitte le champ de bataille pour s'en retourner en Lorraine^ Hugues de France, fils de Robert, et ses deux beauxfrères réunis, s'entendent à Soissons avec l'évoque de Sens (5 juillet 923) pour poser à Saint-Médard, sur la tôle de Raoul, la couronne perdue par Charles le Simple dans la bataille.

La royauté en France n'est-elle pas le jouet des

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LOUIS l'enfant et les hongrois 143

paissants seigneurs féodaux? Ne Sachant où donner de la tête, Charles le Simple essaye d'abord d'obtenir des secours de la Germanie en abandonnant la Lorraine, qui ne lui appartenait guère. Sacrifice inutile! Sur l'invitation traitreuse d'Hertbert de Vermandois, il revient en France. Mais celui-ci désarme son escorte et le garde d'abord à Château-Thierry, puis à Péronne, tandis que sa femme, une Anglaise, passe dans la Grande-Bretagne avec son enfant, qui sera Louis d'Outre mer, 925.

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