Louis VEnfant, Conrad /«' et les Hongrois en
Allemagne (899-949). — En Allemagne, la haute
Église, plus unie, raffermie sous Arnulf, maintint la
couronne sur la tète de son seul enfant légitime,
Louis, fils d'Otta, âgé de six ans. Hatto, archevêque
de Mavence, « aussi habile dans le maniement des
affaires temporelles qu'instruit dans les choses de la
foi, » Adalberon, évéque d'Augsbourg, et Salomon,
abbé de Saint- Gall, tous trois anciens conseillers
d' Arnulf, y ont la plus grande part. « Le navire de
l'Église yacillait, écrit Hatto au pape, nous avons
mieux aimé conserver la coutume des Francs de
choisir leur roi dans la même famille que d'essayer
des institutions nouvelles. » Le bâtard d' Arnulf, le
plus âgé de ses fils, Swentibold, qui donnait des
coups de bâton sur la tête de l'évêque de Langres,
s'était acquis un si mauvais renom dans son royaume
de Lorraine, qu'on ne pensa guère à lui. Il débar^
rassa, d'ailleurs, le terrain quelques mois après, en
trouvant la mort dans un combat livré à quelques-^
uns de ses vassaux révoltés* Aussi, malgré son jeune
frr
144 l'évolution féodale au x® siècle
âge, Louis, le légitime fils d'Arnulf, proclamé, à la diète de Forscheim, fut-il accepté par toute TAUemagne, même d'abord par la Lorraine. Mais les chefs de rÉglise poussèrent cet enfant au trône dans Tespoir de rester les maîtres, et les grands seigneurs laïques laissèrent faire dans l'espoir de le devenir. N'est-ce pas ainsi, pendant les dix années de minorité de Louis, mort avant d'arriver à Tâge d'homme, qu'apparut et s'affermit en Allemagne, à la faveur des invasions hongroises plus redoutables que jamais, la féodalité ecclésiastique et laïque, jusque-là contenue par la royauté, comme elle le fit en France sous le règne de Charles le Simple?
Après tout, Charles le Simple, qu'on a trop rabaissé, comme tous les derniers Carolingiens, n'était pas si sot. S'il admettait ces Normands dans un pays qui ne lui appartenait guère, il profitait de la jeunesse de Louis l'Enfant, qui était en Allemagne sous la tutelle de l'évéque d'Augsbourg, pour pousser au duché de Lorraine le comte de Hainaut, Renier au Long-Col ou Renier-Renard, se faire prêter hommage par lui et étendre ainsi de nouveau la suzeraineté royale de la France jusqu'au Rhin.
Auprès de lui, Louis, fils d'Arnulf, n'était en effet qu'un enfant. 11 laissait les duchés d'autrefois usurper son pouvoir, dans toute l'Allemagne, pour y propager l'anarchie, et ne savait pas môme se conduire avec les Hongrois comme faisait Charles le Simple avec les Normands. Il est vrai que les Hongrois n'en étaient encore qu'à la période des incursions et du brigandage. Mais quels terribles ennemis !