ARISTOCRATIE MILITAIRE
à lai, on en reçoit une terre {commendatio) ; le seniar^ juge, commande ses hommes, exerce envers eux le devoir de protection, en retour des services (ingenuili ordine) qu'ils lui rendent. Ils sont sous sa domination, sub dominatione, dominatUy dominio, reste de Tancien mundium.
La féodalité nous apparaît déjà dans quelques-uns de ses traits essentiels, fondée sur Thommage prêté et constituée hiérarchiquement. A côté du service militaire que tout guerrier frank rfoit au roi, il y a le service militaire que le vassal laïc ou ecclésiastique doit à son seigneur. A côté de la justice publique du roi, ou de ses comtes, ou de ses missi dominici, il y a la justice domestique des seigneurs et des évoques immunitaires; à côté des redevances et des péages perçus par le roi, les péages et les redevances perçus par les seigneurs laïcs et ecclésiastiques, les telonarii installés par eux sur les ponts, les cordes tendues par eux en travers des grandes routes.
La forme des armes, du .costume, pour ainsi dire, annonce déjà l'époque féodale. La solide infanterie dont nous parle Tacite ne se compose plus, comme autrefois, de l'élite des libres. Les pauvres associent les ressources de trois manses pour fournir un homme : la cavalerie, composée des bénéficiaires, seuls assez riches pour en faire partie, est devenue l'arme la plus honorable. Revêtus de ces armures en lames de métal que portaient déjà les cataphractes romains, t semblables, suivant l'expression d'Ammien MarceUin, à des statues de bronze polies par Praxitèle », solides et pesants sur leurs
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énormes chevaux belges, armés de toutes pièces et la lance en arrêt, les fidèles des Carolingiens, les seigneurs ducs ou comtes attendent, anxieusement dressés sur leurs étiiers, la fin du règne des empereurs et leur propre avènement.
• 4. Aristocratie ecclésiastique. — Charlemagne contient la féodalité ecclésiastique et lui rend le même service. S'il place tous les évéques de l'empire, qu'il nomme ou à peu près, et le pape tout le jHremier, sous la dépendance du pouvoîF impérial ; si le pape, comme un autre évoque, après avoir été élu, attend sa confirmation et reçoit ses missi dominici dans ses domaines, l'empereur les fait tous entrer dans les cadres de son administration. Il fait de certains évéques des gouverneurs de province ; en Saxe, il leur a donné un pouvoir de contrôle sur les comtes. 11 dispute, il est vrai, les simples hommes libres au patronage ecclésiastique comme au patronage laïc : défense à tout homme libre de devenir, sans son congé, le vassal d'une église. Mais, en rendant à rÉglise la forte hiérarchie qu'elle avait perdue depuis la chute de l'empire, il l'arme, pour ainsi dire, contre ses faibles successeurs. Le pape, investi d'un des plus grands bénéfices de l'empire, honoré des titres les plus magnifiques, se pose dès lors non seulement comme le premier des évéques, mais comme le chef universel de l'Église. Il nomme le^prîmat de Germanie sous Pépin, Te primat de Gaule sous Charles le Chauve : il avait déjà nommé, au temps de Brunehaut, le primat d'Angleterre. Il distribue le pallium et confère l'autorité métropolitaine à tous les archevêques
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de rOccident. Les archevêques ont à leur lour autorité sur les évoques, et les évéques sur les prêtres. Un capitulaire de Charlemagne exige que le prêtre de paroisse, en signe de soumission, fasse tous les ans consacrer un nouveau chrême par son évêque. Tout se distribue suivant les degrés d'une hiérarchie rigoureuse dans cette ÉgHse puissamment organisée. Plus d'Église flottante, de prêtres nomades; les chorévoques, ces pasteurs errants, sont proscrits; les droits de FÉglise sont* fixés, la dime définitivement établie.
Mais cette aristocratie ecclésiastique se rapproche de plus en plus de Taristocratie laïque. Déjà les capitulaires de Charlemagne prescrivent aux évéques la même armure que celle des comtes et des grands vassaux ; celui de 813 veut qu'ils aient un casque et une cuirasse : habeant loricas vel galeas. Soumis ;aux mêmes devoirs que les vassaux laïcs, ils sont exposés, en cas de négUgence, aux mêmes châtiments, c'est-à-dire, aux termes des capitulaires, à la perte de leurs honneurs et bénéfices. Aussi, là, comme dans la société laïque, les puissants oppriment les faibles. Les prêtres deviennent les esclaves du sei* gneur évêque; les ordinations se font au gré de celui-ci et dans son intérêt. Le haut clergé» dont les intérêts sont communs avec ceux de Taristocratie laïque, négUge la protection des petits de son ordre; le bas clergé tombe dans sa dépendance absolue» comme les hommes libres sous le joug du seigneur. Charlemagne a élevé les membres du haut clergé à la hauteur des officiers royaux. Sa main vigoureuse les
tient encore sous l'empire de sa volonté. S*il augmente^ les immunités des évêques, il empêche qu'il ne scr forme des territoires ecclésiastiques, en subordonnant rÊglise à rÉtat, en y mettant ses créatures. Là aussinéanmoins, il prépare les humiliations prochaines de* la royauté devant la puissance ecclésiastique, comme on Ta vu sous ses successeurs.
Les termes mômes qui servent bientôt à caractériser la féodalité commencent à apparaître et attestent que l'évolution féodale insensiblement s'accomplit. Sous les Mérovingiens, les mots ievassus^vasallus, désignaient un homme qui n'était point libre, un esclave K Maintenant il désigne un homme libre qui, en vertu d'un bénéfice reçu, est dans la dépendance du roi ou d'un senior plus puissant : vassi regales, vassi dominicL C'est ce qui le distingue du colon, du lite, du manant, qui ne reçoit un bien qu'à la condition d'une redevance. Le service militaire, le service de cour, devenant une condition de l'acceptation d'un bénéfice par un homme libre, constitue, dès cette époque, le caractère de la vassalité {Vassalitium). L'expression de leudes disparaît et elle est remplacée par les termes de vassi, inbeneficiati, et en Italie valvassor» Dès les vni'' et ix« siècles *, le mot de fief^ feodum, remplace généralement celui de beneficium.
8. Fiefs, dignités, honneurs. — Point de différence entre les vassaux d'Église et ceux d'État. Les béné-