FIEFS, HONNEURS ET DIGNITÉS
tices d'Église ont lini par être considérés, ainsi que les autres, comme la garantie et souvent comme le prix d'un service militaire. Et ce n'est point la seule assimilation , la seule confusion caractéristique de l'établissement féodal. Dans les comtés il y a des bénéficiaires laïcs puissants et riches et des ecclésiastiques immunitaires auxquels on a dû confier Tadministration de cette circonscription. On en vient à leur donner le comté même comme un bénéfice, un fief, dont les conditions les lient bien davantage. Mais comment ceux-ci ne tiendraientils pas plus de compte du bénéfice conféré que da comté confié, du territoire dont ils ont lapropriété que de celui dont ils ont Tadministration? Les rois eux-mêmes les y encouragent en unissant et en donnant Tun pour Tautre, comme on le voit dans les bénéficia militaria^ palatina, prœfectoralia. Bien* tôt Foffice et le bénéfice^ la fonction et la possession ne se distinguent presque plus ; la langue elle-même les confond, et les termes qui les désignent se pren^ nent volontiers l'un pour l'autre. On appelait les offices, les comtés, honores; ce mot désigne aussi maintenant les bénéfices. Quand on parle des deux, on dit dignitates et bénéficia. Quand la confusion devient complète entre un comté et une seigneurie, on ne les sépare plus, on dit proprietates et honores : la révolution est accomplie dans les faits et dans les mots au ix« siècle *.
i.V. Wailz,/;c.,p.25. — Rolh,p. 432,Gap.817,«^Mw/««^?'a5 nostras despexérit, honorem gualemcumque habet aut beneficium perdat, G. 862j unusquisqtie fidelium nostrorum et in suis
176 L'ÉVOLUtlQN FÉODALE AU X'' SIÈCLE
A partir de cette époque en effet, la confusion de l'ofGce et du fief, également conférés sous condition de serment de fidélité et de service militaire, est consommée par le vasselage ; l'obligation des services militaires privés, née d'un contrat, remplace, dans Topinion et dans Tusage, le devoir d'intérêt et d'ordre public. A la constitution militaire impériale se substitue la constitution militaire féodale. L'administration politique carolingienne, l'unité de l'État est brisée comme la constitution militaire de l'armée impériale. La fonction fait place à la vassalité; l'officier disparait dans le feudataire. Les ducs et les comtes, primitivement délégués du roi au gouvernement du duché et du comté, non contents d'exercer les droits régaliens pour eux, s'efforcent même de transformer en propriété la portion du pouvoir public qui leur a été confiée. Ce pouvoir n'est plus attaché à la personne ; il passe insensiblement au territoire. De personnel, il devient réel. Que ces seigneurs transmettent maintenant héréditairement la fonction et la propriété confondues, et voici la féodalité, fondée. Devenu héréditaire avec ses vassaux, ses propriétés, ses officiers, le comté n'est plus qu'un bien patrimonial que le roi donne même comme un bénéfice, un fief : c'est une seigneurie. Les Carolingiens, ayant tout perdu ou tout donné, territoire, vassaux, pouvoir, succombent pour n'avoir pas pu arrêter ce double mouvement ou pour n'avoir pas su le diriger à leur profit. Les monarchies qui ten-
propi'ietatibus et in suis honoribus» Qiùdqiiid beneficii aué: prœfecturarum habuit, — Et ailleurs : dignitatibus et benefieiis ^