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LA HAUTE FÉODALITÉ

Irées qui avaient fait partie de Tempire carolingien, en vertu de la diversité des origines et du développement, il y a des différences essentielles entre la féodalité de rAUemagne, celle de Tltalie et celle de la France. Par exemple, il faut reporter jusqu'au xn® et au xiii^ siècle en Allemagne l'épanouissement réel du régime, tandis que son triomphe est complet en France au x**.

Ce que laissent apparaître d'abord Tempire, en tombant^ et les monarchies, en trébuchant, à leurs débuts, ce sont les grands, les princes, optimates, principes, les anciens officiers ou gouverneurs de provinces, ducs (en allemand heerzog), les comtes de provinces (grafen, landgrafen), sur les frontières, les marquis {marchioneSi markgrafen.) Comme ils avaient occupé le premier rang dans l'empire ou dans les monarchies, ils se trouvent à la tête, ils forment les sommets de la polyarchie féodale. Anciens lieutenants des rois, ils ont usurpé et exercent leur pouvoir; grands propriétaires en même temps et chefs de bandes armées, ils sont les fondateurs des grands Etats féodaux; ils sont les vassaux directs du roi; ils lui prêtent en personne Thommage et le serment, quand ils le croient utile ou ne peuvent s'y soustraire. Pas de différence entre eux, même entre les ducs et les comtes, que l'étendue de leur puissance, de leur juridiction, des domaines du roi qu'ils possèdent, des villes qu'ils réunissent, des vassaux qu'ils commandent; c'est là ce qui fait leur haute dignité.

En France, les comtes de Champagne, de Toulouse, de Flandre, ne sont pas moins que le duc de Bour-

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gogne. Le comlé de Barcelone est plus grand d'abord que les autres royaumes espagnols. Dans les documents du XI® siècle, on appelle quelquefois encore comtes {Comités) les successeurs de Rollon en Normandie {Comités Normanniœ), Les comtes de Nantes et de Rennes, qui se partagent la Bretagne, sont des comtes de Bretagne quand il n'y a pas un duc qui les domine. En Italie, on appelle souvent indifféremment ducs, marquis, ou comtes les dynastes du Frioul, de Spolète, de Bénévent, dlvrée.

En Allemagne, les landgraves de Thuringe sont souvent indépendants des ducs de Saxe; les margraves de la frontière du nord et les margraves de la Saxe orientale le sont aussi à Tordinaire. Cependant, comme, là, Tancienne constitution en cantons {gauen) a subsisté, les comtes sont encore longtemps soumis aux ducs s'ils ne sont pas comtes de provinces (Landgrafen) ou comtes de frontières {Markgrafen). Le duc {Heerzog) en Allemagne est plutôt encore un chef d'armée, de peuple ; le comte, un chef de canton, un officier de justice.

Entrons dans le détail, pour constater plus précisément les différences.

1. L Allemagne ducale et épiscopale. — L'Allemagne, au x*' siècle, a les plus grands et les plus puissants duchés, mais les moins nombreux. La race homogène d'où devait sortir la nation allemande se compose de familles ou de branches encore plus distinctes que n'en renferme la nation française, où le mélange de races plus différentes est beaucoup plus avancé. Les grandes puissances ducales se consti-

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tuent donc sur les bases ethnographiques qui avaient doanë déjà des chefs particuliers à ces différents peuples. Avant Gliarlemagne, on pouvait distinguer dans la Germanie des Saxons, des Frisons, des Bavarois, des Alamans, des Francs Ripuaires (plus tard les Lorrains); ilâ avaient chacun un droit différent et parlaient chacun une langue que les autres ne comprenaient souvent pas . Les souvenirs de leur constitution politique indépendante, de leurs lois, étaient chers à ces peuples. Chaque nation par ses chefs intervient pendant longtemps pour son compte particulier dans la nomination du chef commun, du roi. Ce sont bien là alors les princes de la Germanie.

C'est sur. ces bases que se relève d'abord le vaste duché de la Saxe, dont Tancien territoire s'étendait du Rhin à FElbe, et des sources de la Saale et de la Lahn à la Baltique. Ludolf, fils d'un seigneur saxon, Egbert, riche propriétaire, et d'une des filles de Charlemagne, Ida, était déjà, sous Louis le Germanique, le personnage le plus important de la Saxe, par principibus, un des regni primores, dit Roswitha. Il fonde la fortune des Ludolflngiens. Otton, qui lui succède en Saxe, a en outre le duché de Thuringe ; il est appelé marchio par Arnulf, dux par Conrad I*'. U administre les revenus royaux, exerce la haute juslice dans ses plaids, prend la défense de la frontière contre les Danois et les Slaves, traite avec eux et surveille les comtes entre lesquels Charlemagne avait distribué le pays dans toute l'étendue de son duché, et nomme aux évéchés qu'il y a fondés. Au midi de l'Allemagne, la plaine traversée, sous le

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nom de Bavière, par le cours du Danube, du Lech à l'Enns, entre les Alpes et les montagnes de la Bohême, avait eu avant Gharlemagne des ducs, môme des rois, les Agilolfingiens.. Le grand empereur, après avoir renversé Tassiion, Tavait divisée régulièrement en comtés pour briser son unité ; pour la défendre contre les Slaves, il avait constitué les marches particulières de Nordgau au nord du Danube, d'Ostmark à Test et de Carinthie au sud. Cette contrée, ce peuple ont cependant un droit, un métropolitain. Ils avaient eu pour roi un des fils du Débonnaire et donné un empereur : Charles le Gros. Sous Arnulf et sous Louis TEnfant, un neveu du premier, Luitpold, margrave de la Carinthie et de TOstmark, y joint le margraviat de Nordgau, plusieurs comtés bavarois avec le burgraviat de Nuremberg et prélude ainsi au rétablissement du duché. Il le mérite en défendant le bassin du Danube contre les Hongrois avec les évéques de Salzbourg et de Freisingen et avec ses comtes. Son fils, Arnulf, suit d*abord cette vaillante tradition sous le roi Conrad P% mais bientôt, en désaccord avec celui-ci, il appelle lui-même les Hongrois. Accusé de félonie pour ce fait, il ne se rend point au tribunal du roi, brave sa colère dans Ratisbonne, tandis que les Hongrois se répandent jusqu'au Rhin (917). Il y gagne le surnom d' Arnulf le Mauvais. Il obtiendra le droit de battre monnaie, de faire la guerre au dehors et de nommer ses évoques. Le second duché à base ethnographique est constitué. L'Allemanie, une ancienne contrée du sud-ouest, région coupée de montagnes et de cours d'eau, qui

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