‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 80 sur 174 · ALLEMAGNE DUCALE ET ÉPISCOPALE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE DUCALE ET ÉPISCOPALE

s'éteodait des deux côtés du Schwarzwald, même dans la vallée du Rhin, sous les deux noms de Souabe et d'Alsace, et qui nourrissait un peuple à part ayant un dialecte spécial et conservant ses propres lois, n'arrivera que tard à former un seul État féodal. On y trouve un dux Allemaniœ et un dux AlsaciWy tantôt deax comtes ou messagers de Chambre {nuntiicamerœ), entre autres un Erkanger et un Berthold, et même un margrave de Rhétie, du nom de Burkhard, qui porte pendant quelque temps le titre de duc de Souabe, mais ne fait pas souche de prince.

Les Franconiens, sur les cours sinueux du Main et du Neckar inférieur et de la Lahn et sur les hauteurs boisées qui les accompagnent, séparaient rAUemagné du Nord de celle du Midi, la grande Saxe de la Bavière et de la Souabe. Ce n'était pas un peuple, mais un fragment de la nation conquérante laissé en Germa* nie dans la Francia Orientalis. Deux familles rivales, celle des Babenberg (du château de Bamberg) dans la haute Franconie, celle des Conradiniens dans la basse, vers le Main inférieur et le Rhin, poursuivent sons Louis TËnfant, comme autrefois les chefs germains de la forêt hercynienne, une guerre sans merci dans les fourrés épais de la Hesse ou sur les rives torrentueuses du Main et du Neckar. Conrad relance son rival, le babenbergien, dans son château fort, Fy réduit, le capture, le fait juger par un tribunal composé de ses partisans et exécuter, les mains derrière le dos, devant son armée victorieuse. Il y gagne d'être le premier duc de Franconie et plus tard roi; c'est Conrad ^^

192 l'évolution féodale au x« siècle

La Lorraine, où avaient dominé les Francs Ripuaires, était une région peut-être plus politique et plus factice, quoique distincte de rAUemagne et de la France, entre lesquelles elle s'étend, de FEscaut au Rhin, sur le cours inférieur de la Meuse et de la Moselle. Créée par les Lothaires, érigée un instant en royaume sous le bâtard d'Arnulf, Swentibold, destinée à être le champ de bataille de deux grandes nations, elle est disputée pendant la faiblesse de leurs premiers rois par deux puissants comtes qui se partagent d'abord le pays comme s'ils en voulaient faire, ainsi que cela arriva plus tard, un duché de haute et de basse Lorraine. Compromis dans les querelles allemandes, ils se perdent. Un plus puissant comte, Renier m long col ou Renier Renard, en profite pour s'emparer de toute la rive gauche du Rhin; et c'est lui qui, en s'adressant tant()t au roi de Germanie, tantôt au roi carolingien de France, Charles le Simple, ou à ses rivaux Robert et Raoul, cauteleux et mobile, obtient d'ériger sa conquête en duché. Il passera son titre à son fils Giselbert.

Voilà les ducs allemands du x"" et du \i^ siècle. Leur pouvoir semble résulter surtout d'un contrat entre les ducs, portés à leur dignité par la tradition et par le vœu des populations, et les rois, qui les reconnaissent en leur remettant la lance et la bannière {lanceam et vexillum), signes du pouvoir, avec les comtés, marchés, impôts {comitatus, mercatus^ telonea) et le ban royal, cum banno regali. Aussi gouvernent-ils leur ressort {gubernant provinciam), convoquent-ils Thériban, Tarmée, rendent-ils la justice (/acmnfjnsfrttam),

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