CHEVALIERS) VILAINS) SERFS 2S
Âu-dessas de ceux-ci, d'anciens ahrimans, libres propriétaires de petits alleux, pour la plupart, se sonl recommandés au seigneur; ils ont mieux aimé tenir de lui leur domaine en fief. D'autres hommes, dits de la mesnada en Italie ou de la mesnie en France, ou ministeriatix {Ministeriales) en Allemagne, vivent près du seigneur, dans sa maison, à sa cour (Ao/), lui rendent des services, reçoivent une portion de terrain en récompense; tous, au même degré, à peu près, sont tenus au service militaire et quelquefois à une redevance en argent. Ils vivent au château ou ils occupent une maison du maitre {casa indominicata)» Non seulement ils forment escorte au besoin, mais ils sont employés par le seigneur comme villici, prœpositi, intendants; ils surveillent les tenanciers et les serfs; ils assurent l'accomplissement des corvées, le rendement des revenus du maître. Cette classe supérieure jouit d'une certaine indépendance. Elle porte Fépée ; ce sont les vassaux du seigneur. Il y a entre eux et lui des obligations. Celui-ci est pour eux un suzerain, non un maitre comme pour le serf. Ils sonl presque des gentilshommes.
C'est par la classe supérieure des vassaux et serviteurs personnels, le plus haut degré du servage, que l'on arrive au premier degré de la noblesse^ aux chevaliers, aux bannerets, milites unius scutiy aux seigneurs châtelains avec simple pennon {seniores castellorum), aux burgraves, aux bacheliers. Ces deux degrés même ne se distinguent pas toujours sous les noms difficiles à définir de milites^ valvassores^ ministeriales, etc., dont la signification précise change selon
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les lieux et les temps. Ce qui constitue cependant pour cette classe le premier degré de la noblesse, c'est en général l'origine libre, Tingénuité, la profession des armes et le droit d'être jugé dans le plaid du seigneur. C'est là ce qui distingue le chevalier du paysan, du rusticm. Il est lié par un contrat d'hommage et de fidélité à son seigneur ; il lui doit le service militaire; il le promet dans la cérémonie symbolique qui préside au contrat; spondet militiam. Il lui doit en toute occasion aide et bon conseil. Il lui rend des services personnels, c'est un honneur ; il garde son corps et sa maison ; il est entretenu, nourri chez lui ; il l'héberge lui ou ses envoyés, dans son fief. Il rejoint l'armée sous son chef. Il est sous la dépendance de son seigneur ; mais celui-ci doit le maintenir à l'état d'homme libre et l'admettre en sa compagnie : c'est ce qui Télève au-dessus du tenancier qui est vilain. Ce sont ces hommes d'armes, ces milites à un seul pennon, qui forment le gros des armées rassemblées par les princes puissants. Ils se réunissent sous les ordres des barons, vicomtes et sires ; par eux, on passe de la classe inférieure, plus ou moins sujette, à la classe supérieure, dominante, à la haute noblesse. Ainsi s'est constituée d'une manière plus ou moins fixe la double hiérarchie féodale, maîtresse ou servile. Après ses origines, étudions les mœurs de celle société telle qu'elle est constituée au x° siècle*
Le régime social de la féodalité.
Un Irait extérieur frappant. C'est une société déliante, toujours sur le qui-vive, dans un étal de guerre perpétuel. Partout, sur le sol, des enceintes fortifiées, des murailles garnies de tours, bordées de fossés autour des villes, des forts isolés sur les hauteurs, aux défilés des montagnes ou aux gués des fleuves; partout des hommes armés pour se défendre ou pour opprimer. Il n'y a que bien rarement de grande armée royale ; mais chaque seigneur a la troupe de ses vassaux. L'homme libre, qui combattait pour le roi, combat pour le seigneur; il le défend, lui, ses vassaux, ses serfs. Pour le seigneur, il fait la guerre privée, au besoin le brigandage, si le produit de sa terre ne lui suffit. C'est la lutte pour la vie.
Sous le grand Charles, il n'y avait de forteresses qu'à la frontière : au x*' siècle, il y en a partout. Partout, les tours, les donjons, les châteaux sont sortis de terre, comme une production spontanée du sol : à cette époque, massifs, avec une triple enceinte de murailles et de fossés, qui entoure des espaces con-
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sidérables où abriter chevaliers, paysans et provisions, comme on le voit aux ruines de Couci en France. Ils ont le cachet original du terroir : en Auvergne, verdâtres et bâtis des laves du Cantal; en Bretagne, mornes et gris avec leurs murailles de granit; en Italie, dorés des feux du soleil, comme les vieux temples païens; sur les bords du Rhin, rougis par la pierre qui leur donne la teinte du bronze.
C'est d'abord contre l'ennemi du dehors qu'on les a élevés : en Neustrie contre les Nordmans ; en Provence et en Italie contre les Arabes ; sur l'Elbe contre les Slaves ; sur le Danube contre les Hongrois et les Avares. Les rois eux-mêmes ont pris l'initiative de ces constructions. Charles le Chauve en a parsemé le cours de la Seine. A son exemple, les vieilles cités romaines ont relevé leurs remparts, comme Strasbourg et Cologne, Orléans, Rouen, Reims. Les moines aussi ont entouré leurs abbayes de murs et de fossés ; ils ont des chevaliers et entretiennent des soldats pour s'y défendre, quand ils ne se battent point eux-mêmes. Les églises se sont garnies de tours carrées, crénelées, percées de meurtrières, surmontées de clochers pour voir de loin apparaître l'ennemi et sonner l'alarme. D'anciens camps romains prêtent aussi leur plateau, leurs vastes enceintes aux triples murailles bordées de fossés des châteaux. Au midi de la France et en Italie, les arènes, les temples, les arcs de triomphe sont des citadelles. Dans l'enceinte même des cités fortifiées, le comte dresse ses créneaux contre l'évêque, l'évêque contre le comte ; le roi, bientôt le bourgeois, contre les deux.