‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 83 sur 174 · RÉGIME SOCIAL · texte numérisé non relu

RÉGIME SOCIAL

La hiérarchie féodale gagne par ces constraclions un ûonveau degré de fixité. La difficulté d'emporter un donjon bien maçonné accroît le respect du suzerain et la crainte du serf.

1. La hiérarchie. — Cette polyarchie, dont le sol hérissé de châteaux et de tours donne bien Tidée, forme cependant une société. Une hiérarchie, qui s'essaye, tente d'en relier les différents degrés sociaux les uns aux autres et de leur donner une cohésion qui arrête le dispersement infini, Téparpillement sans merci. Mais combien ces liens sont lâches, capricieux, sujets au hasard des événements I Des coutumes tendent à s'établir, des droits voudraient se fixer. Combien tout cela est encore, au x° siècle, rudimentaire et Qottânt !

Au sommet de celte hiérarchie, se trouvent les héritiers des couronnes de Charlemagne, les rois de France, de Germanie, d'Italie, de Bourgogne. Celui d'entre eux qui réussit à placer sur son front la cou-, ronne impériale, dont l'ombre fantastique plane sur la société, affecte même sur les autres une suprématie que ceux-ci rejettent absolument. Cette couronne, mais avec plus de prétention que de puissance, se fixera sur la tête des rois de la Germanie, au moyen âge, pendant trois siècles.

Ea théorie, le suzerain est le véritable propriétaire du sol occupé par ses vassaux* Ainsi l'empereur affectera d'être le légataire universel de Charlemagne. Le roi de France est censé propriétaire de toute la France, dont il ne laisse les différentes provinces à ses vassaux qu'à titre de bénéfices; le duc d'Aqui-

228 l'évolution féodale au iC siècle

laine, de loate rAquitaine; le comte de Périgord, de tout le Périgord ; les vicomtes et les baroûs, de toules les terres comprises dans leur seigneurie. Mais la théorie s'éloigne de plus en plus de la réalité, à mesure qu'on va de la base au sommet de celte hié-. rarchie. A la vérité le baron a puissance absolue sur ses serfs, qui sont à sa merci, et sur ses hommes de mesnie, à qui il peut retirer leur subsistance en leur enlevant leurs terres; mais le pouvoir des comtes sur les barons est précaire, celui des ducs sur les comtes fort limité, celui des rois sur les ducs longtemps presque nul, celui de l'empereur sur les rois complètement dérisoire.

Parallèlement à cette hiérarchie laïque, qu'on se figure maintenant la hiérarchie ecclésiastique descendant, chez elle, d'échelon en échelon, du pape, par les primats, par les archevêques, par les évêques, par les abbés, par les simples prôlres de paroisse, »les chanoines, aux libres tenanciers et aux serfs des églises; sans compter les chefs d'ordres religieux, les grands abbés qui ont au-dessous d*eux des couvents, des prieurés. La subordination dans l'Église est de principe ; fondée sur d*autres bases, ce n*est cepen* dant pas une hiérarchie à part, au point de vue tem* porel* Par la base et par le sommet, elle est profon* dément engagée dans la hiérarchie laïque; à tous les degrés de l'échelle sociale, elle se trouve, pour ainsi dire, à la fois corps et âme, pouvoir temporel et pouvoir spirituel; et, par la confusion de ces deux pouvoirs, elle est la rivale politique des puissances laïques quand elle ne leur est pas subordonnée.

Page 1