L'JËVOLUTION FÉODALE AU X* SIÈCLE
gneur fait ordinairement, dans l'application, la seule nuance. Quoique les tenanciers, les vilains appellent leur terre un héritage, ils sont hommes de poeste, sous la main du maître, à sa disposition; aucune charge, aucune corvée ne leur sont épargnées. C'est bien la terre d'un autre que le serf surtout, mais aussi le vilain souvent cultivent. Sur eux pèsent les redevances en nature mises sur les feux, les champs et les personnes, les droits de four et de moulin, de pressoir, de marché, établis dans les villes ou châteaux du seigneur (défense au vilain même d'en avoir à lui) ; sur eux tombent les droits de gite et de pourvoirle, sur eux les corvées pour les moissons du seigneur, pour ses vendanges, pour les réparations du château, pour Tentretien des routes ; sur eux les aides, la taille, qui de personnelle devient réelle (seulement le serf est taillable et corvéable à merci); sur eux, à qui on demandait la soumission de l'esclave, les fatigues parfois et les périls du guerrier, l'obligation de faire le guet au château seigneurial, l'obligation d'aller brûler pour le compte de leur maître les cabanes de leurs amis dans la seigneurie voisine. Ici, le serf paye un droit lorsqu'il fait aiguiser le soc de sa charrue ; là, un droit lorsqu'il se marie (formariage). Les enfants du serf appartiennent à son maître : s'il a épousé la serve d'un autre seigneur, on partage par moitié la famille. Lorsqu'il meurt, la main-morte fait retourner sa terre à son seigneur; son fils est tenu, dans certains pays, à mutiler le cadavre paternel et à en porter la main au seigneur.
Pour le malheureux serf, le bois de la forêt, le pois-