CLASSES INFÉRIEURES
son de la rivière sont sacrés, sacrée aussi la béte fanve qui dévaste ses récoltes. Plus abandonné peutêtre que l'esclave romain, s'il a un mauvais maître, le serf du moyen âge n'a personne à qui recourir; face à face avec lui, dans un lieu perdu, loin des regards des plus puissants ou de l'Église, dans quelque éloignement que ce soit, personne qui puisse intervenir entre son maître et lui. ÎjB vilain même, assurera Desfonlaines, ne pouvait interjeter appel des sentences du seigneur. Ce petit seigneur, dont ils dépendent, est tout pour eux : leur maître, leur propriétaire, leur juge en dernier ressort, leur souverain absolu. Ce pouvoir despotique, plus lourd parce qu'il est plus rapproché, pèse sur eux à toute heure, à tout instant, de même qu'à toute heure se dresse à leurs yeux attristés le sombre donjon seigneurial; la terre maudite fait un serf comme lui de l'homme libre qui s'y réfugie. Isolé sur la terre, il semble presque isolé du ciel. L'Église, si elle est là, ne lui parle que par la bouche d'un pauvre prêtre de village, ignorant comme lui, né de serfs comme lui, tremblant comme lui devant son maître. A l'église du village, où le maître siège sous un dais de velours, le serf n'entend prêcher qu'obéissance, résignation, respect pour les pouvoirs étabUs de Dieu. Corps et âme, n'appartient-il pas à son maître? Veut-il s'enfuir, le seigneur le réclame. Sur terre, il ne voit que lui; dans le triste ciel qu'on lui fait entrevoir; ne doit-il pas craindre de le retrouver? 4. Droits et devoirs féodaux. — Entre un seigneur et son vassal, ayant château fort, la souveraineté est plus précaire, moins lourde, parce que la propriété
devient plus fictive. Là, le patronage est davantage celui de Fancien chef de truste sur des leudes, des fidèles, presque ses égaux, non celui du propriétaire, du fieffé sur ses colons et ses esclaves. Les droits de Tinférieur et les devoirs des supérieurs augmentent.
Au nom de la souveraineté dont il s'est emparé, le duc ou le comte, le grand seigneur, héritier des droits de Charlemagne, se borne à exiger que le vassal abdique entre ses mains le droit de battre monnaie et consente à laisser les vassaux et tenanciers porter à son tribunal les appels de sa juridiction, par exemple, en Bourgogne, en Anjou, en Beauvoisis. Ces obligations ne sont même pas générales. Au temps d'Hugue Capet, cent cinquante seigneurs battaient monnaie; un plus grand nombre jugeaient en dernier ressort. Dans le Languedoc, les seigneurs de même degré se réunissent en plaids ou constituent des arbitres. En Allemagne, on en appelle au roi. Au nom des anciens droits du chef de truste, de bande, le seigneur exige de son vassal le service militaire, d'escorte et d'armée, ses conseils dans les graves affaires qui peuvent lui survenir, son assistance dans Tadministration de la justice seigneuriale. Ce devoir de cour est presque lui-même une obligation militaire : souvent le juge doit soutenir Tépée au poing, contre les plaideurs mécontents, ce qu'il a loyalement et féalement jugé. Peut-être est-ce encore à titre de souverain que le duc ou comte exige les aides en argent pour la chevalerie de son fils, pour le mariage de sa fille, pour sa rançon, plus tard pour la croisade.
Les obligations qui dérivent du prétendu droit de