FÉODALITÉ MAHOMÉTANE
ces dynasties, les Fatimites, qui fonderont au Caire une sorte d'institut scientifique, la maison de la sagesse.
Une cause particulière caractérise et rend durable ce démembrement d'un empire autrefois si étendu. Ce n'est pas seulement l'ambition; c'est la religion, ïhérésie, l'esprit de secte, qui pousse à ces morcellements, à ces usurpations. Chacun de ces fondateurs prétend descendre du prophète par les femmes, ou au moins du fils de son fidèle Ali, et interprète à sa façon la tradition ou le Coran. Il y a, à la fois, polyarcjne^Utique et polyarclûe religieuse.
1 Féodalité byzantine . — Entre le monde catholique d'Europe et le monde musulman d'Asie et d'Afrique, I arrivés à la dislocation, l'empire grec paraît s'étendre \ de la mer de Sicile au fond de la mer Noire et au Caucaseet du Danube à l'île de Crète. A-t-il bien lui-même, aax'' siècle, une cohésion intérieure qui le rende si différent des empires démembrés qu'il sépare? D'abord la monarchie byzantine qui, depuis Justinien et Héraelius, survit à l'empire romain d'Occident n'est qu'une sorte d'empire universel, cosmopolite, demi-religieux et demi-politique, dont les hens administratifs se relaient singulièrement au x* siècle; elle vit en supportant l'indépendance des races assez diverses qu'elle renferme. Elle fait commodément place chez elle aux voisins slaves, Antes, Bulgares, ou môme aux ennemis (lui l'attaquent. Elle se montre facile sur l'obéissance de ses sujets ou de ses gouverneurs non seulement éloignés, mais proches de la capitale, et elle ne garde ^es frontières qu'à la condition d'y admettre ses plus
256 l'évolution féodale au x* siècle
redoutables ennemis sous un vasselage complaisant C'est ce que permettent de voir très bien les écritî rédigés par Tempereur Constantin VII Porphyrogé nète sur la division et Vadministration de l'empire Combien, parmi les vingt-neuf circonscriptions admi nistratives ou thèmes dont se composait alors Tem pire, y a-t-il de provinces, sous les stratèges chargés d( les gouverner, où l'autorité impériale soit réelle, non seulement dans les plus éloignés comme les thèmes de Cilicie, ou de Longobarâie ou de Calabre, du midi de l'Italie, mais même rapprochés comme ceux d( Thrace, de Macédoine, d'Illyrie, occupées en partie par les Bulgares, les Slaves, et autres?
Chef-d'œuvre de politique et de diplomatie, l'empire byzantin, à cette époque, composé de provinces, même non loin de Constantinople, indomptées ou soumises à des étrangers, n'a qu'une existence nominale ', comme celle qu'aura souvent le saint empire romain germanique au siècle suivant. L'empire ne se défend qu'en déléguant son autorité ou en cédant son territoire. Pour avoir des soldats, il crée des fiefs militaires, inaliénables et insaisissables , dans le centre même de l'empire. Les barons français de la quatrième croisade trouveront en Morée des possesseurs de fiefs, des nobles, et, au bas de l'échelle sociale, des tenanciers et des serfs. Constantin Porphyrogénète énumère complaisamment ses vassaux : le duc on le doge de Venise, l'archon de Sardaigne; les princes de Capoue et de Salerne, au midi de l'Italie, les rois
1. Voir l'excellent ouvrage de M. Rambaud sur Constantin II Porphyrogénète.