‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 91 sur 174 · FÉODALITÉ BYZANTINE · texte numérisé non relu

FÉODALITÉ BYZANTINE

des Croates et des Serbes, émigrés des Carpathes, [ dans les vallées de la Save, de la Drave, les chefs , illyriens ou dalmates, sur les rivages de TAdriatique; ' ceux du Caucase, de l'Arménie, de Crimée où il ne possède que Cherson. Y a-t-il une grande différence, si ce n'est celle de la puissance militaire, entre ces dynastes et peuples vassaux, et les dynastes et peuples voisins et indépendants des redoutables Bulgares, du Danube aux Balkans, et même des Petchenëgues et des Khasars au nord de ce fleuve? C'est là une ligne tout à fait vague, et qui dépend des circonstances, entre la vassalité et l'indépendance.

3. Féodalité du Nord. — Si Ton voulaitjeter un coup d'œil au nord de TEurope, on retrouverait les mêmes analogies. Les conquérants Igor et Rurick fondent la puissance russe avec les Varangiens, leurs soldats, sur une sorte de hiérarchie de conquérants. Le grandduc Wladimir V' (980-1018), qui se convertit au christianisme grec, compte bien des vassaux et des colons ou serfs slaves, au midi dans les steppes, et au nord dans la région des lacs du Niémen et de la Neva. Le livre des lois de Jaroslav compte les degrés de la hiérarchie, le taux de la composition ou Wergeld depuis les princes et les hauts fonctionnaires ou Thegn, les marchands et cultivateurs libres, varangiens ou slaves, jusqu'aux esclaves ou serfs, qui ont été faits prisonniers de guerre. Les ducs ou rois de Pologne, entre les Russes et les Allemands, sont entourés déjà de princes qui recrutent des bandes de pillards et vivent aux dépens de paysans serfs ou guerroient les princes de Lithuanie, de Prusse, de Poméranie, etc.

ENTRETIENS SUR l'HISTOIRE. — III. 17

258 l'évolution féodale au x« siècle

Ceux-ci leur obéissent quand ils craignent les voisins de l'est ou de Touest, et les bravent quand ils ne les ont pas à redouter. Tout flotte au gré des aventures d'une guerre sans fin.

Un passage curieux de VHaraldsaga de Snorre Sturleson nous donne Tune des principales raisons des pirateries, émigrations et établissements des hommes du nord (Northmann), sortis de la Suède, du Danemark et surtout de la Norvège, pour écumer Tocéan du Nord, jusqu'à llrlande et aux côtes américaines (Groenland, Winland), et aller s'établir sur les côtes d'Angleterre et de France. Il nous explique en même temps les origines de la féodalité dans les pays que ces pirates abandonnèrent et dans ceux où ils s'établirent. Au x® siècle, trois rois, Harald à la belle chevelure, en Norvège, Gorm le Vieux, mort en 961, en Danemark, et Erick, en Suède, opèrent, chez eux, la même révolution qui jette dehors tous ces aventuriers. Nous en avons le détail exact en ce qui concerne la Norvège. « Le roi Harald, dit^il, de 870 à 930, dans toutes les contrées qu'il soumit à la couronne, convertit les libres propriétaires riches ou pauvres soit en vassaux soit en tenanciers et met dans chaque province, au-dessus d'eux, des comtes pour y lever des soldats, y rendre la justice et y percevoir les revenus. Mais beaucoup de ces riches et pauvres, mécontents, aiment mieux s'expatrier en Irlande, dans les Hébrides et sur lés côtes de France et d'Angleterre. » Ce sont eux qui équipent ces flottilles et forment ces bandes qui disputent les côtes d'Angleterre aux Anglo-Saxons et celles de France aux successeurs de Charlemagne.

Page 1