‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 92 sur 174 · FÉODALITÉ DU NORD · texte numérisé non relu

FÉODALITÉ DU NORD

En y trouvant déjà les cadres de la féodalité apportés par les conquérants antérieurs, anglo-saxons ou francs, ik s'y font place ou les remplissent.

Parmi les rois anglo-saxons, Egbert, et Alfred le Grand, contemporain des Carolingiens, en rétablissant un instant l'unité de l'Angleterre, aux dépens de rheptarchie, essayent de subordonner à l'autorité royale le pouvoir des comtes, nés de la conquête. Ils lear confient le triple devoir (trinoda nécessitas) de rassembler les guerriers sous leurs bannières, d'entretenir les ponts et les routes, de conserver les forteresses du pays. Mais ils travaillent aussi pour ceuxci, en fixant leurs droits. Lorsque les rois nordmans arrivent, ces comtes indigènes font cause commune avec eux, pour se rendre indépendants, partagent les dépouilles de la royauté et oppriment les hommes libres et les pauvres. Le sol de l'Angleterre tombe entre les mains de petits tyrans, indigènes ou étrangers. « Les indigènes trahissent le roi pour garder leurs domaines, les étrangers lui ravissent les siens, dit Wulfslan, tous entreprennent sur son pouvoir, sur sa vie. Les droits des hommes libres sont anéantis, ceux qui restent aux esclaves leur sont enlevés, » et un chroniqueur du temps dit d'un des rois de la fin du x^ siècle, Ethelred II, condamné à payer le Danegeld : « Il restait enseveli dans sa fainéantise à Londres, plein de crainte et de méfiance, n'osant ni demander conseil, ni rassembler d'armée, ni courir aux brigands de peur d'être trahi par les nobles d'Angleterre, en face de l'ennemi. »

Les rois de Norvège et de Danemark, successeurs

260 l'évolution féodale au x® siècle

de ceux qui avaient propagé en Angleterre ces désordres, ne sont pas plus heureux. Le roi Harald à la belle chevelure voit son royaume partagé entre ses fils, et ceux-ci, leur autorité bravée par leurs comtes. Au milieu de ces luttes, les rois de Suède, de Norvège, de Danemark empiètent les uns sur les autres, se détrônent. Les rivages de la mer du Nord, de la Norvège à l'Angleterre, se renvoient une anarchie plus tourmentée que les flots agités de TOcéan qui les baignent, jusqu'au célèbre Canut le Grand, au siècle suivant.

[ Le x° siècle a peut-être été, dans la plus grande étendue de l'ancien monde, depuis les v*' et vi* siècles, le plus malheureux pour Thumanité. Ses misères ont

* dépassé même celles des invasions germaines. A cette époque éloignée, les conquérants germains fondèrent quelques États à peu près viables sur les ruines de l'empire romain, dont le souvenir planait au-dessus d'eux et donnait quelque consistance à ces créations politiques éphémères. Relevée aussi par saint Gré-: goire le Grand, l'Église avait gardé et exerçait sur ces royautés et ces temps barbares une grande in- \ fluence. La papauté à Rome n'avait pas été dégradée comme au x® siècle. Comment vit-on renaître en Europe l'unité et avec elle le long espoir et les grandes pensées?

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