AVÈNEMENT D'OTTON T
reins, cherche refuge dans Téglise de Saint-Pierre. Les Saxons enfoncent les portes de l'église et s'y précipitent. Tankmar, acculé à Taulel, pare encore quelques attaques en reculant, quand un Saxon Tatteint dans le dos et le tue. Mais, tandis que le jeune Henri rentre en Saxe et tâche de se faire des partisans, Eberhard entraîne l'archevêque de Mayence, Frédéric, les Franconiens et tous ceux qui étaient mal disposés contre les Saxons : le roi de France, Louis d'Outre-mer, et le duc de Lorraine, Giselbert, fils de Renier Renard. Le jeune Henri vient rejoindre sur le Rhin ses alliés. Mais Otton, avec les Saxons, arrive à son tour et fait passer son avant-garde sur l'autre rive, au-dessous de Cologne. Ses chevaliers trop aventurés, vu leur pelit nombre, se fortifiaient de l'autre côté du fleuve; Otton priait pour les siens, agenouillé devant la sainte lance. Mais de rusés Saxons, qui savaient le franc, trompent leurs ennemis, passent le Rhin, arrivent sur leurs derrières par un détour, les surprennent et jettent le trouble dans leurs rangs. Le jeune Henri est blessé en se défendant; les Francs et les Lorrains s'enfuient en déroute.
Otton vainqueur arrive sur la Meuse et jusque près de Liège. Cette pointe hardie ravive les craintes du roi Louis IV, qui rassemble quelques Français, passe la Meuse et apparaît en Alsace* Otton remonte la Meuse, force Louis IV à se retirer, arrive sur le moyen Rhin et assiège Brisach. Mais, apprenant que le Franconien Eberhard et le duc de Lorraine, Giselbert, ainsi que l'archevêque de Mayence, se rassemblent en
ENTRETIENS SUR l'hISTOIRE. — III. 18
Franconie pour envahir la Saxe, il quitte le siège de Brisach, et, après avoir décidé le duc de Souabe, Hermann, jusque-là neutre, à le suivre en Franconie, il reprend la route du nord. Le Franconien Eberhard et le Lorrain Giselbert, sur la rive droite du Rhin, au-dessous de Coblentz, jouaient aux échecs sans défiance, avec quelques gardes, quand le duc de Souabe les surprend et les assaille. Eberhard tombe couvert de blessures, après une vie dont le commencement a été trop loué et dont la fin a été trop blâmée par les historiens. Giselbert prend la fuite, se jette dans un canot qui sombre au milieu du fleuve et le précipite avec sa lourde armure au fond de Teau. Découragé, Henri, frère d'Otton, revient faire sa soumission.
Cette querelle de famille en Allemagne fut la cause de la première invasion, motivée dans une certaine mesure, que le roi saxon fit en France, Le carolingien Louis d'Outre-mer, auquel ses vassaux ne laissaient plus guère que la ville de Laon, essayait de se relever en épousant la veuve du duc de Lorraine, noyé dans le Rhin, Gerberge, sœur d'Otton. Celui-ci donne, assez hypocritement, à son frère Henri, le duché de Lorraine, pour le désintéresser, et entre avec une armée en France. Là, après la mort de Rodolphe II, roi des deux Bourgognes, un jeune enfant, Conrad, pouvait difficilement recueillir cet héritage. Otton excite contre le mineur les évêques et les seigneurs, se fait livrer le jeune prince comme un otage, par ruse (doto), s'avance dans le nord de la France, arrive jusqu'à la Marne et s'abouche à Atti-