RÉVOLTE DES FRÈRES D^OTTON
gny avec les vassaux rebelles du roi carolingien, les ducs de France, de Vermandois, de Flandre et quelques autres. Songeait-il, comme les anciens rois carolingiens de Germanie, à se faire proclamer roi de France? L'appétit lui venait déjà. Mais il avait affaire ici à des vassaux aussi récalcitrants à la domination étrangère que rebelles à l'autorité royale. Le duc de Normandie, Guillaume P% amenant Louis d'Outremer, enfonce les portes de l'assemblée, où l'on ne voulait pas le laisser pénétrer, et force, par ses véhémentes paroles, le roi germain à céder la place d'honneur à Louis d'Outre-mer. Otton se console dans les deux Bourgognes et en Lorraine. Il prend sous sa protection le royaume dont il détenait déjà le jeune roi, Conrad, comme pour préparer la réunion à l'Allemagne de ce qu'on appellera le royaume d'Arles. Aux bords du Rhin, où la Lorraine était en proie aussi^ soos son frère Henri, aux troubles passés chez elle eu habitude, il conclut, au détriment de son frère, la paix avec Louis d'Outre-mer ou au moins avec sa sœur Gerberge, dont il se fait livrer le fils de Giselbert, et, congédiant son frère Henri, il donne le duché à gouverner au comte de Verdun, qui lui en assure quelque temps la fidélité. « Ainsi, dit- le continuateur de Reginon, comme des entrailles même de la foi, tout le royaume, avec la protection de Dieu, revenait en paix au roi* »
Jusqu'ici cette royauté du Saxon Otton rappelle plutôt l'ancienne Germanie barbare que les vraies institutions franques et carolingiennes . Sorti de l'élection ) Otton ne fonde point son autorité sur uu
276 RESTAURATION DE L'eMPIRË EN ALLEMAGNE
droit, mais sur la force ou l'astuce. La royauté, c'était simplement le roi. Point, comme sous les Carolingiens, d'assemblées régulières des grands de l'État et de rÉglise. Le roi en convoque quand il veut et les compose comme il l'entend ; point de conseil d'État, avec les hommes les plus considérables de l'empire, qui ne quittaient jamais l'ancien et glorieux roi franc. C'est un cortège de serviteurs auxquels Olton distribue les fonctions et les honneurs, les comtés, évéchés, immunités, bénéfices. Point de résidence fixe; point de capitale I Le centre, c'est le roi. Il est partout chez lui : dans les châteaux, dans les évôchés, les abbayes. On est tenu partout de l'héberger, lui et sa suite, de lui fournir les relais et les transports, de lui apporter les présents, le revenu des amendes, la rente de ses biens. Point d'impôt général. Point de loi civile commune non plus, pour servir de règle à la justice de tous les degrés. A quelques exceptions près, les capitulaires carolingiens tombent en désuétude.
C'est dans une constitution de famille qu'Olton I^'' cherche l'unité de l'Allemagne. Le duc de Souabe, Hermann, lui avait prêté l'appui le plus efficace dans sa guerre contre les Franconiens et les Lorrains. Pour le récompenser de ses services, le roi lui demande dès lors (939) sa fille unique, Ida, pour son propre filsj Ludolf, âgé de huit ans. Leur mariage, célébré en l'année 947, fera retomber, à la mort d'Hermann^ la dignité ducale et tous les riches biens du défunt au fils du roi. En 944, à la mort du jeune fils de Giselbert et de Gerberge, le duché de Lor-