LA JEUNE BELGIQUE, MAI MDCCCXCI
LE ciel est bleu d'un calme étrange, Le jour est divin.
L'heure est immobile, et repose Sur les eaux et sur les roses ; C'est le matin.
Paix et silence, grâce et sourire ; Il ne faut pas qu'une âme pleure ; Près de toutes choses qui passent.
Elle demeure.
Signe de ce matin d'été, Dans un songe d'éternité :
Levant ses yeux doux et joyeuse, Semblable aux anges les plus beaux, De ses vagues mains lumineuses Elle a tracé cette image dans l'eau.
LA WALLONIE, MDCCCXCVIL
FR la plaine verte où s'étend Le calme des forêts prochaines, En de blanches robes qui trament, Des vierges très lasses et lentes Cheminent, à mi-voix chantant Des mots de songe et de mystère.
Elles marchent dans la lumière Légère, d'or et fraîchissante, Qui tombe d'entre les nuées En un muet ruissellement.
Et puis, d'un pas à l'autre pas, Que leurs robes atténuées D'un crépuscule de lilas.
Posent parmi des fleurs plus pâles ; Sans le savoir, d'une âme égale, Toutes ainsi, célestes sœurs, Elles pénètrent dans les ombres Qui tombent jusques en leurs cœurs.
Mais la paix n'a point fui leurs âmes. Ni les rires leurs lèvres sombres ; Sans doute, elles chantent toujours.
De voix lointaine, vers le jour.
Si les cieux ont perdu leurs flammes, Leurs yeux ne se sont pas éteints ; Elles regardent devant elles :
Là-bas, sur les gazons lointains Reposent des clartés nouvelles.
Elles marchent toutes tranquilles.
Si les ombres, comme des ailes.
Passent, elles sont éternelles.
L'AKT JEUNE, MDCCCCXCV,