‹ Entrevisions, suivi de Poèmes posthumesChapitre 67 sur 75 · RENAISSANCES · texte numérisé non relu

RENAISSANCES

LA terre garde encor la trace De son dernier printemps flétri, Qu'au souffle de l'avril qui passe, Toutes choses ont refleuri.

Mon âme garde encor la plaie De ses derniers songes défunts, Qu'au souffle d'avril qui l'égaie, La bercent de nouveaux parfums.

O mon âme, jardin morose Où pleurent d'étemels soucis, Qui nous rendra l'éclat des roses Et l'azur des cieux adoucis ?

Et quelles bouches enfantines, Quelles candeurs aux chastes doigts.

Feront refleurir, dans tes ruines, Le doux sourire d'autrefois ?

LA ROULOTTE, XVIII DÉCEMBRE MCMIV

HYPOGEE

CE n'est pas le monde des vivants, Mais un royaume obscur et décevant Sous le ciel, et sous la terre, Silencieuses, attentives.

Des ombres sont là qui vivent, Qui rêvent et veillent ; D'autres qui sommeillent Et qui ne rêvent plus.

Elles ont de longs yeux d'émail Langoureux, chargés d'ombre,

Des lèvres vives de corail ;

Des robes de gaze où transparaissent

Leurs frêles corps penchés ;

Des fleurs blanches dans leurs cheveux sombres ;

Et toutes sont comme des Psychés.

Leurs attitudes se répètent :

Celle-ci tend les bras, celle-là qui la suit

Détourne un peu la tête.

Une plie ses blanches mains ;

Une autre est ravie

De respirer dans l'éternité

La simple fleur qu'elle a cueillie.

Ce sont des reines !

La terre se souvient de leurs ombres hautaines,

Et la voix des fontaines

Chante encor leur beauté

Sous les profonds feuillages de l'été.

LA ROULOTTE, XVIII DÉCEMBRE MCMIV

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