DEUX LETTRES
DE
CHARLES VAN LERBERGHE
Dimanche, 28 novembre 1897.
Mon cher Poète,
JE viens d'écrire une lettre à l'ami, à présent je vais m'adresser exclusivement au poète. J'ai besoin de vous demander quelques conseils.
La pièce que vous me renvoyez était condamnée déjà. Elle est mauvaise et tous ceux qui ont lu mon manuscrit ont été unanimes à la mettre au dernier rang. C'est trop du vieux Parnasse et puis elle ne dit rien qui ne soit mieux dit ailleurs. Le sacrifice est donc
léger. Il ne manquera pas de pièces non plus, hélas, pour jouer dans mon volume le rôle des feuilles dans le pommier. Je viens de le remettre à Lacomblez. Il contient près de 1.500 vers ! Sur les 2.500 remis à M. Maeterlinck, il n'en a donc été élagué que 1.000, De l'avis de Maeterlinck, il n'y a que 500 vers environ, bien et tout à fait sut generts. Pourtant une pareille plaquette devant paraître insuffisante, il m'engageait à en repêcher environ 500 autres qu'il me signalait. Je l'ai fait. Enfin Richelle, Rassenfosse, Séverin ont demandé grâce pour d'autres, les pièces de sentiment en général que ce froid visionnaire de Maeterlinck aimait peu. Vous êtes venu trop tard pour sauver V Initiation matinale (Mets tes mains jointes dans mes mains, ma bien-aimée...). Exaucement, L'Hypogée, car le courage de corriger ces pièces commençait à me manquer et le temps de publier était venu. Cependant j'ai gardé, grâce à vous, la pièce de la fleur qui tombe dans l'eau, après l'avoir corrigée selon vos conseils \ Toute la première partie est maintenant résumée en quelques vers et c'est mieux.
Lacomblez me fera une belle édition, tout entière sur une sorte de Hollande. J'ai mis comme condition, en
1. Il s'agit de : Rayonnements. La pièce intitulée : Exaucement fut jointe aux Entrevisions. On la trouvera ici, à la page 113. Cette note et toutes celles qui suivent sont du destinataire de ces lettres.
effet, que mon livre fût bien extérieurement différent de ceux de la collection grise des J. Belg. Lacomblez m'accorde de très bonne grâce tout ce que je lui demande sous ce rapport ; il est vrai que je demande fort peu. La grave question, sur laquelle je viens encore vous consulter est celle du titre. J'ai remis le manuscrit avec ce titre-ci :