‹ Entrevue de Napoléon ier et de GoetheChapitre 8 sur 9 · C. page · texte numérisé non relu

C. page

Cest dans celle soirée chez Mme de Recke , femme séduisante par sa beaulé et son esprit, qoMI flt la connaissance du minisire Maret (duc de Bassano). Goethe produisit sur Maret une impression si profonde, que relui-ci en paria h l'Empereur. M^e de Reclie réunissait tous les soirs , après le spectacle, les hommes les plus distingués par leur position et par leur esprit. Elle possédait au plus haut d<*gré le don d'être piquante et de montrer tontes les finesses de son esprit sans blesser personne. Dans son salon se rencontraient , comme sur un terrain neutre, des diplomates et des hommes de guerre d^opinions fort divergentes. T être admis était une faveur recherchée même par les plos haots personnages. On y causait sans gène tout en observant la plus parfaite urbanité ; on y échangeait les nouvelles du jour ; on y faisait des conjectures sur les négociations diplomatiques. Comme ces réunions avaient toujours lieu immédiatement après le spectacle, on s*y trouvait naturellement prédisposé à une certaine verve qui n'était pas sans charme. Le ministre Maret logeait chez M^e de Recke. Captivé par Tagrémenl de sa conversation, il oubliait souvent les heures auprès d*elle. Après le départ des invités, il restait encore jusqu'à deux ou trois heure< du matin. Le maréchal Soult n'était pas non plus insensible aux grâces de cette femme célèbre; et le grave maréchal, ordinairement si taciturne, savait trouver pour elle des paroles aimables et enjouées. L'empereur Napoléon lui-même ne dédaigna pas de

la distinguer dans on bal chez la duchesse de Welmar ; il lui adressa quelques paroles bienveillantes auxquelles M"* de Recke sul répondre avec un à-propos remarquable ^

On se réunissait aussi à Erfurt chez une autre personne distinguée, sœur de la reine de Prusse (Louise)» la princesse de La Tour et Taxis, qui recevait chez elle la compagnie la plus brillante, et souvent l'empereur Alexandre lui-même. On insinuait là tout ce qu'on ne voulait pas dire ouvertement dans les conférences diplomatiques, genre de communications auquel M. de Talleyrand était fort employé. On déployait de l'esprit, de la finesse , de la grâce ; on voyait les hommes de génie de l'Allemagne, Goethe, Wieland, venus avec leurs augustes prolecteurs # les princes de Weimar, se mêler aui rois, ministres et généraux. C'est là qu'on allait chercher à deviner ce qu'on ne pouvait pas savoir , à surprendre dans un mot échappé quelque grande pensée politique ou militaire '.

D. page 13.

Le maréchal Lannes (duc de Montébello) avait demeuré chez Goethe en 1806. II l'aimait autant qu'il l'estimait et l'admirait. A Erfurt , ils se virent journellement et se rencontraient aussi chez Mme de Recice et chez Mme de La Tour el Taxis.

^ Sowenirs de MûUert p 227 et suiv.

s Hittoire du Consulat et de FEmrnret par M. Thiera , IX, 3i8.

E. page 15.

A propos de ce mot : « Vous êUê un homme I » citons quelques fragments de lettres qui montrent la haute importance que Goethe attachait à cette exclamation échappée à FEmpereur :

Extrait éCune lettre du comte de Reinhardt à Goethe (du 24 novembre 1848).

«Von Ihnen soU der Kaiser gesagt haben: tVoilà un homme ! > Icb glaub^es; donn er ist fœhig dies zu l'ùblen und zu sagen.

Réponse de Goethe (du 2 déc. 1808).

> Âlso Ut das wunderbaro wort des Kaisers womit er micb empfangen bat, aucb bis zulbnengedrungen. Sie eseben daraus dass icb ein recht ausgemacbter heide bin indem das ecce homo im umgekehrten sinne aiifmicb angewendet worden ; ûbrigeas habe icb aile ursacbe mit dieser naivetaet des herren der welt zufriedea zu sein. »

Es freut micb dass Sie sicb entscbliessen konnten , wieder in tbsetigkeit zu treten. Unter einom solchen beerfûbror I (Napoléon) wermœcbieda nicht streiten, und wenn es aucb mit aufopfernng und unbequemlicbkeit gescbehe ^.

^ Gomp. Riemer : Briefe von und an Goethe, p. 325.

F. page t9.

Comp. Mimorial de Sainle-Bétine, P«rii, IBSB. m, 13i, etaniDorceausurlatragédiedeiUaAornct, diclé par l'Eroperenr, en IBSO, i U. HarcbaDd Ce (ragmeni eil Irts-curieui parce qu'ilnoQflmoDlrede quelle manière NapoltoD enfijageait ta «ragédif. Nuus rearojoai le lecienr au livre publii par M. M.-ircliand (oui le tllre : PréeiiiUiguerrtideCéiar, par Napoléon. 1B3S. SUm-

Le morceau en quettion est ajouté à la Qa du volume.

G. page ai .

Comp. JUémorial de Saintt-Bilènt.VI, StO.

B. page ST.

Le chancelier de Millier nous rappt»^ eDcore quelques paroles prononcées par l'Empereur i la fin de l'audience. Nous n'en trouvons aucune mention dans les annales de Goethe à la suite de son entretien avec Napoléon. Voici ces paroles .

« Il raudrail que la Iragédie fdl l'école des rota et dei ■ peuplea; c'eit le point le plus éler£ auquel un poêle u puisie ilhAmlre. Tons devriez écrire, par eiemple > la

« Mort de César ^, mais d* une manière beaucoup plus « digne et plus grandiose que ne Ta fait Yoltafre. €e « f raraH pourrait devenir la principale t&che de votre « vie. Dans cette tragédie, il faudrait montrer au monde « comment César aurait pu faire le bonheur de1*bumaa nité si on lai avait laissé le temps d'exécuter ses vastes « plans. Tenez à Paris , je l'exige de vous ; là , vous trou- « verez on cercle plus vaste pour votre esprit d*obser- «t vation ; là, vous trouverez des matières immenses pour « vos créations poétiques. »

Lorsque Goethe se retira , ajoute M. de Millier, on entendit TEmpereur répéter encore à Berlhier et à Daru cette parole si remarquable placée dans une telle bouche :

« Voilà un homme ! »

^ 11 est à regretter que Goethe n'ait pas exécuté son proyet d'écrire la Mort de César. U en avait déjà conçu le plan en 1774, -comme le prouve cette lettre adressée à Schœnborn :

« Noch einige plane zu grossen dramas hab'ich erfunden, das

< heisst , das intéressante détail dazu in der natur gefunden und in * meinem lierzen. Mein Cxsar, der euch niclit freuen wird scheint

< sichauch zu bilden. »

a Goelhe garda un prorond silence sur loas les incidents de l'GQtreiue, soii ijue celle réierredlt danison cane- 1ère, Eoll qu'elle lui TAl laspirie |tai un sealîment de

Utiicalcsae et de canvenaacG (luiaé dans sa conoaijsaDce parfaite du grand monde. »

s On pouvait s'apercevoir cependant qae les paroles de Napoléon araienl Tait une puissante impression tur lui , quujqu'ii êvliftt avec un tact <Jt<)uJ» de répondre à ce Eiijet 3UI questions de si

« L'invitation que lui ava A Paris occupa vivement c

ir^iierEmpereurdese rendre

longtemps son eiptit. d

■ Il s'adressa plusieurs tais à moi pour avoir une évaluation des frais qu'aurait pu occasionner son «ojage. i>

s II me demanda aussi des renseignements sur les usages de Paris , sur les dispositions h prendre , etc. Ce n'est que plus lard qu'il renonfa k ce projet, probablement è cause de sou âge avancé et des incommodités inséparables d'un si long voiBgc. s

« C'csl dans le« dernières années de sa vie qu'il me communiqua lesdélaits de sonenlretien avec l'Empereur ; et seulement quelques jours aiant sa mort, je pus le décider a me donner rauloHsallan de faire publier dans ses oeuvres posthumes ces fragments si laconique* insétét dau: les Annales', a

Fr *■ Jfi"(/^p-.p. SMluÈ ™v.

— lu —

J. page 29.

Pour faire bien cemprendre et compléter encore sous un autre rapport intéressant les notes de Goethe sur la journée du 6 octobre , nous citerons :

1® Un article du Journal de V Empire.

Weimar , le 7 octobre.

« Hier, à cinq heures et demie de l'aprés-midi , nous avons éprouvé la Joie la plus vive en voyant arriver dans notre ville LL. MM. les empereurs de France et de Russie, accompagnés de S. A. S. notre duc régnant «et de beaucoup d'autres monarques et princes ^ Ces personnages augustes étaient partis d^Erfurt à midi, et s*étaient réunis i une heure au chÀteau dTllersb g rg. La forêt voisine était cernée de toiles de chasse ; au centre se trouvait une grande tente où toute Fillustre compagnie vint se reposer h la fin de la chasse. On tua environ une qua-

1 Les rois de Bavière , de Wurtemberg , de Saxe, le Prince-Primat et les princes de la Confédération.

ranialneilei!crr3eldi]'i porte parlcmagislrsle

6. LL.MM. Turenl reçues ila le corps de^arqaebuiiien; dé< la cbule du joue [a ville enllére fut illumEii6e. A huit heures toas les monarques et princes se reaillrcnt au IhMtre (Je celle ville , où \es comfdiens de S. H. l'Eu- PRAECRSTRor donnèrent une repri^sentaiion (la Mort daCésar, par Vullaire). La bourgeofiie Torma iur leur passage une double haie; chaque Individu avait i la main une loribc allumée. Après le epectacle', 11 j eut un bal i la cour.»

• Aujourd'hui, à neuf bciircs du malin, lesdeui empereuri el notre duc régnant partirent dans une calécbe ouverte pour le champ de bataille de léna. Après avoir parcouru et examiné en détail ces iieui si célèbres dans les fastes mihtaiies de l'Europe, ils revinrent le soir i Erfurt. 1

[Journal do l'Empire du It oclubte 1808. )

S° Laissons parler maintcoant M. de Millier i

u Les acteur» français donnèrout la .Vor( ds César, par Voltaire. Talma se surpassa lui-même dana le rdle de

« Les vers suivants « prononcés par Tacleor chargé du rôle de César, émurent vivement les spectateurs :

(César répond à Antoine qui lui reproche sa clémence, J

Je les aurais punis, si je les pouvais craindre , Ne me conseillez point de me faire haïr.

Je sais combattre, vaincre et ne sais point punir, Allons , n'écoutons point ni soupçon ni vengeance , SurTunivers soumis régnons sans violence.

« A ces paroles, une étincelle électrique parcourut toute la salle. Personne ne put résister à l*émotion géBérale. »

« Immédiatement après le spectacle commença le bal de la cour, dans la grande salle du chÀteau de Weimar. »

Les deux empereurs firent grande sensation :

Alexandre se distinguait par sa stature imposante ; il fut d'une amabilité parfaite qui charmait tout le monde. Napoléon portait le simple uniforme des chasseurs de la garde ; il trouva pour chaque dame un mot gracieux ; il causa aussi à ce bal avec M^^ de Recke, et fut frappé de

ti beauté. Après «voir confetsé quelques insiaDis aveo GoelhB.lKiupereut l'approcha de mol (MU 11 et) ei me

demanda:

<. Où esl Wleland T Pourquoi ne m'anièae-l-on pai Wielandi »

u Enfla, je conduisis Wtelaiid h l'Empereur; je me Uni à quelques pas en arriére . et Je pus tuivre mot à

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