‹ Enumération des carabiques et hydrocantharesChapitre 2 sur 152 · LS · texte numérisé non relu

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qu'une herbe maigre, brûlée en été par un soleil ardent. À deux stations de Tiflis, je trouvai sous des pierres quantité de Brachinus, d'Acinopus, d'Ophonus, quelques Harpalus, une Cymindis, un Panagaeus 4-pustulatus, deux Ditomus, une Lebia geniculata; sur des ombellifères que l'ombre de quelques broussailles avait préservées des rayons du soleil, je pris quelques Cistela, des Myeterus, des Purpuricenus, des Lytta, des Mylabris et quelques autres insectes. J'arrivai enfin à Tiflis, non sans peine, à cause du mauvais état des postes dans toute la Géorgie occidentale. J'eus la satisfaction de retrouver iei le Baron de Gotsch, entomologiste zélé, qui avait quitté Kiew au commencement de l’année, pour explorer les provinces transcaucasiennes, et qui venait précisément d'arriver de Lenkoran et d'Elisabethpol, d’où il m'a fait plusieurs beaux envois d'insectes. Nous résolûmes de visiter ensemble le Kazbek, et dans ce but, nous repartimes dès le surlendemain, voyageant à cheval pour être moins gênés dans nos mouvements. Toute la vallée basse qui s'étend de Tiflis presque jusqu’à Douséhet, ne peut à cette époque de l’année, avoir que peu d’intérêt pour le voyageur qui n’a pas le loisir de s'arrêter pour explorer le pays en détail. Au delà de Douschet commencent les premiers contreforts de la chaîne

centrale du Caucase, collines peu élevées encore et boi-

sées. Avant d'arriver à Ananour, je trouvai sous les pierres quelques bons insectes, tels qu'Ophonus monticola, Platysma anachoreta, ete. D'Ananour à Passananour, et jusqu'au poste de Kwischet, situé au pied de la montagne de la croix, on remonte l’Arigwa, torrent impétueux, qui, descendant des montagnes voisines du Kazbek, mêle ses eaux à celles de la Koura, en face des ruines de Mtskhéti, ancienne résidence des souverains de Géorgie, à 20 werstes au dessus de Tiflis. A Kwischet, nous fûmes reçus avec la plus grande amabilité par le prince Awaloff, chêf du district des montagnards, dans la société duquel nous restâmes quelques heures, puis nous continuâmes notre route sur Kobi.

Depuis Passananour, nous nous retrouvions au milieu des formes gigantesques de la nature caucasienne. Les montagnes s'élevaient de plus en plus, à mesure que nous avancions; leurs versants et leurs cimes sont couverts de forêts, et la neige y disparaît dès le mois de Mai. Au delà de Kwischet la scène change; les forêts disparaissent, les montagnes entièrement nues se couronnent de neiges éternelles. On quitte la vallée de l’Arigwa, vallée quelquefois tellement étroite, qu’au coeur même de l'été le soleil ne l’éclaire que pendant quelques heures, pour gravir une pente rapide qui vous

amène bientôt à Kaïschaour, station située au milieu

de vastes solitudes, et dominée par des sommités entièrement dégarnies de végétation. On s'élève toujours plus, le long d’affreux précipices, jusqu’à ce qu'on ait atteint le sommet de la montagne de la Croix. Une pluie fine et pénétrante, et un brouillard glacé furent pendant tout ce temps nos compagnons fidèles. Réduits à chercher ce qui pouvait s'être réfugié sous les pierres, le long de la route, nous trouvâämes en abondance le Carabus Eichwaldi, qui n’est peut-être qu'une des formes du Varians, quelques C. osseticus, qui parait étranger aux montagnes de l'Imérétie, quelques Brachélytres appartenant aux genres Anthophagus et Tachyporus, ainsi que quelques Geotrupes et Aphodius. Comme ces recherches nous avaient pris quelque temps, nous fûmes forcés de faire diligence pour arriver au poste de Kobi avant la nuit. Une pluie averse qui changeait les chemins en torrents, nous faisait presser le pas. Trempés jusqu’à la moëlle des eaux, avec tous nos effets également mouillés, ce fut en vain que nous demandâmes du bois à la station pour faire du feu. Cet article qu’on y paie à la livre, ne peut y être apporté qu'à dos de cheval, à la distance de plus de 20 werstes, la route de poste n’y étant pas praticable pour des chariots pesamment chargés, — et Kobi est à 8000 pieds environ au dessus du niveau de la mer.

Qu'on juge de la position des voyageurs en hiver,

dans un endroit où l'on est quelquefois forcé d'attendre 15 jours que l’on ait frayé un chemin à travers les neiges immenses qui encombrent ces sommités à cette époque de l’année! Nous étions à la mi-Juin, et huit jours à peine venaient de s'écouler depuis qu'il était tombé une neige abondante, dont on voyait encore les restes sur toutes les hauteurs environnantes. On conçoit que nous passämes une nuit des plus désagréables, et le lendemain matin, grand fut notre désappointement, quand nous vimes que la pluie continuait toujours, sans qu’elle parût devoir cesser. Force nous fut donc de renoncer à gravir le Kazbek, dont nous n’étions plus éloignés que de 20 werstes, car il ne fallait pas songer à entreprendre une ascension semblable par un temps pareil. Cependant nous avions à peine commencé notre mouvement rétrograde que la pluie cessa, et nous en profitâmes pour gravir à pied, le long d’un ruisseau, une des hauteurs qui dominent le chemin de poste. Déjà dans la vallée j'avais trouvé sous des pierres plusieurs Poecilus angusticollis m., espèce que je n'ai trouvée que dans ce seul endroit, et l'unique Carabus exaratus que j'aie rapporté de mon voyage, tandisque cette espèce est commune sur le versant opposé de la chaîne du Caucase aux environs de Piatigorsk. Sur la hauteur, je trouvai des Carabus osse-

ticus, deplanatus, Boeberi, Procrustes Fi-

scheri Fald., Nebria elongata etMarschallii, Platynus elongatus, Feronia lyrata m., Agonum rugicolle m., et Pterostichus regularis, Satisfaits de cette petite excursion, nous retournâmes à nos chevaux. Le long du chemin, je trouvai plus haut quelques Eutroctes aurichalceus, et tout autour du monument érigé à l'endroit le plus élevé de-la route, des Nebria Marchallii et intricata; après quoi nous nous dépêchâmes de revenir à Kwischet, que nous n’atteignimes cependant qu'après la tombée de la nuit. Malgré ma non-réussite, je ne voulais pas quitter cette partie du Caucase, sans avoir au moins une idée de sa faune; et dans ce but, je résolus de gravir le lendemain une des montagnes qui dominent Kwischet. Celle que je choisis comme la plus voisine, était d’un accès infiniment plus facile que celles que j'avais escaladées en Imérétie. Au pied de la montagne, sur les sentiers entre les champs cultivés, courait en abondance le Poecilus obscuratus m., que je n’ai pas rencontré ailleurs. Plus haut, mais à peu d'élévation, je trouvai beaucoup de Carabus osseticus, deplanatus, Myosodus lacunosus m., ainsique le rare C. 7-carinatus, sous des pierres, près d’un ruisseau à demi desséché, et le plus petit Catops connu, pusillus Motsch. Au moment où nous franchissions les derniers bouleaux, mon compagnon de voyage

trouva sous une pierre un Pristonychus nouveau fort remarquable, et quelques exemplaires du Pro-. crustes Fischeri. “Arrivé au sommet d'un col, je vis à mes pieds une des belles vallées de l'Ossétie, puis longeant un sentier sur lequel couraient des Cicindela trapezicollis m., que je n’ai pas vue voler, des Dorcadion, des Silpha et quelques autres insectes, j'arrivai au bord d’un ruisseau qui découlait d'un amas de neige, et dont je me mis à explorer les bords. Ici je retrouvai toutes les espèces de la veille et quelques autres, telles que la Nebria nigerrima, qui paraît fort rare, Omaseus caucasicus, etc. Enfin sur la cime la plus élevée, je parvins. à trouver un exemplaire du rarissime Carabus Iberus, qui n’existe jusqu'ici que dans 3 collections de Russie, et manque à toutes celles de l'étranger. D'ici je jouis en même temps de la plus belle et de la plus vaste vue. D'un côté, un océan de neiges, sur lequel s’élevaient les têtes colossales du Kazbek, du Ress et de la Mna, du plus pur blanc; de l’autre, les cimes obscures des montagnes boisées, diminuant graduellement de hauteur et se confondant enfin avec la plaine que borde encore à l'horizon la ceinture bleue des montagnes d’Akhaltzik, distantes de plus de 300 werstes. A côté du sentiment d'admiration

qu’on éprouve à l’aspect de ces beautés, l'on ne sau-

rait se défendre d'un sentiment de regret que la plus grande partie de ce Caucase qui fournirait tant d’inspirations aux peintres et aux poètes, et tant de sujets d'étude aux savants, soit inaccessible à l’homme civilisé.

Le lendemain matin, nous repartimes pour Tiflis. Avant d'arriver à Passananour, nous nous arrêtimes à l'endroit où la vallée se rétrécit le plus, pour jouir de l'ombre qui régnait encore à cette place, et pour faire quelques recherches sur les bords caillouteux de l'Arigwa, où je ne tardai pas à trouver quantité de Chlaenius caeruleus, quelques Peryphus et d'autres Bembidium. Le premier répand un odeur extrêmement forte de muse, qui ne se perd pas même longtemps après la mort de l'insecte. Je fis une halte de quelques heures à Passananour, où j'attrapai sur les bords sablonneux de la rivière les Cicindela riparia, lugdunensis et Fischeri, ainsique le Scaritesarenarius. Au delà de Passananour, quelques Dinodes azureus, Ditomus obscurus, Zabrus gibbus et Carabus maurus ainsique quelques Brachélytres furent à peu près les seules choses que nous trouvâmes, si l’on en exceple quelques exemplaires d'Acinopus ammophilus que nous primes courant sur les chemins le soir, dans les endroits tout-à-fait arides. Cette fois-ci, je ne m'arrétai à

Tiflis que 24 heures. La soirée fut très-chaude , et j'en profitai pour essayer d'un moyen que Mr. de Stéven m'avait indiqué comme très-commode pour se procurer beaucoup d'insectes que l’on ne rencontre présque jamais autrement. Il consiste à poser deux flambeaux sur une nappe étendue à terre à proximité des lieux qui servent en général de refuge aux insectes, tels que prairies, bois, pierres, etc. ; les localités humides sont, en général préférables. Attirés bientôt par l'éclat de la lumière, des insectes de tous les ordres s’y portent en foule. Je pris de cette manière des Harpalus, des Ophonus, des Chlaenius, des Ditomus (Odogenius) longipennis m., quelques Apotomus testaceus, un Zuphiumolens, des Brachélytres, pour la plupart microscopiques, des Hydrocanthares, des Hydrophiliens, des Palpicornes, des Psélaphiens, et d’autres insectes. La soirée du lendemain, que nous passämes à Hartsiskal, première station sur la route de Tiflis à Akhaltzik, fut également favorable à ce genre de chasse, et nous attrapàmes entre autres choses, ce jour là, plusieurs Brachinus bipustulatus, une Melasis, un Hypocoelus, mais ce qui me fit le plus de plaisir fut le Ditomus caucasicus, insecte très-rare encore dans les collections, et dont je pris quelques exem-

plaires. Le lendemain il commença à pleuvoir, et

nous ne trouvàmes qu’un Calosoma indagator sous une poutre. Les belles prairies que j'avais vues entre Gori et Souram, lors de mon premier passage, n’existaient plus, la faux des Cosaques avait passé par là; nous dûmes nous borner à chercher à la hâte sous l'écorce de quelques troncs d'arbres gisant cà-et-la; et nos récoltes se bornèrent à une Loméchusa, à un Cucujus caucasicus Motsch. et à quelques Xylophages. Nous ne nous arrêtâmes point à Souram, qui n’est qu'à 70 werstes environ d'Akhaltzik. Ici finit la vallée de la Kartalinie, ainsi nommée, dit-on, à cause des vents continuels qui y soufflent; Gori en était le chef-lieu. La route de poste tourne à gauche et se rapprochant du Koura dant elle remonte le cours, pénètre dans les étroits défilés que forment en cet endroit les premiers échelons de la chaîne du Taurus, qui couvre toute la partie russe du ci-devant pachalik d’Akhaltzik de cimes plus ou moins élevées, et dont plusieurs, près des frontières de la Turquie, atteignent la limite des neiges perpétuelles. Ces montagnes cependant ne s'élèvent que successivement, et la première rangée ne se compose que de hautes collines boisées. A mesure que l’on avance dans le défilé, leurs dimensions deviennent plus colossales. De hautes parois de rochers couronnés de pins qui s’inelinent sur d'affreux

précipices, les pittoresques vallées qui rompent l'uni-

formité du paysage, et parmi lesquelles je ne citerai que celle de Borjome, connue dans le pays pour ses eaux thermales et ferrugineuses, les îles formées par la Koura, présentent au voyageur une succession de vues, dont aucune ne ressemble à celle qui l’a précédée. La désorganisation d’une station de poste me força de passer la nuit dans un bouge infect à 20 werstes de Sourame; je m'en consolai en attrapant sous les cailloux des bords de la rivière, plusieurs Chlaenius flavipes, quantité de C. coeruleus, Dyschirius semipunetatus m., quelques Bembidium intéressants, une foule de Poederus ruficollis, quelques autres Brachélytres, et de jolis Anthicus. Plus loin, dans des localités arides, je trouvai des Zabrus Trinii, un Ditomus spinicollis m., et quelques Ophonus, mais je n’eus pas le loisir de m'arrêter pour faire des recherches suivies. A Atzkhwér, je visitai les ruines de l’anciénne forteresse turque , construite sur une éminence, du haut de laquelle la vue s'étend sur toutes les hautes montagnes couvertes de noires forêts de pins, et dont les cimes serrées, semblent entassées les unes sur les autres. Plus près d'Akhaltzik, les montagnes se dégarnissent de forêts, et présentent un aspect aride ; quelques taches blanches, restes incohérents des neiges de l'hiver, $'y fontremarquer toute

l'année. Au milieu d'elles, se déroule la vaste vallée

d'Akhaltzik, dans le coin le plus reculé de laquelle est située la ville et la fameuse forteresse du même nom, au bord d’une petite rivière qui verse ses eaux dans la Koura. On y entretient des communications régulières avec Erzéroum et Trébisonde par le moyen des caravanes, et les naturalistes courageux qui voudraient pénétrer de ce côté dans l'Asie mineure, pourraient s'en servir comme d'un point de départ. L'aridité des environs ayant peu d’attraits pour l’entomologiste, je m'éloignai au plus tôt pour retourner à Koutaïs par la voie des montagnes. Je jetai en passant un coup-d'oeil sur la forteresse qui tombe en ruines avec sa belle mosquée aux dalles de marbre, et je commençai à gravir une côte aride et brûlée par le soleil et jonchée de fragments énormes de rocs, entourés de pierres sous lesquelles je trouvai plusieurs insectes intéressants, entre autres Carabus Renardi m. , ZLabrus Trinii, et cognatus m., Ophonus monticola, Platysma anachoreta, plusieurs Brachélytres et un Minyops que Mr. de Motschoulsky, auquel je l’ai communiqué, m'écrit être nouveau, et auquel il a bien voulu attacher mon nom. En descendant de cette côte, couverte en partie de champs cultivés, on arrive au village d’Abbastouman, habité par des Tures, et situé à l'entrée d'un défilé qui sépare deux rangées de hautes mon-

tagnes, et dans lequel on s'engage pour arriver au bout

d’une heure de marche à une petite colonie allemande nommée Freudenthal, où se trouvent les eaux ferrugineuse dites d'Abbastouman. Cette colonie est située au sein d’un énorme massif de montagnes boisées, dont les cimes s'élèvent à la limite des neiges. J’escaladai l'une d’elles le lendemain, en me rapprochant des frontières de la Turquie, qui ne sont qu’à une dixaine de werstes de la colonie. Ces montagnes sont en général très-escarpées, surtout dans leur partie inférieure, et d’un accès difficile. Partout le roc s’y montre à nu, dans les fentes duquel les arbres eroissent avec peine. Ce n’est que plus haut que commencent de magnifiques forêts de pins, au delà desquels reparaissent les froids bouleaux. Quantité d'arbres renversés y pourrissent, et le petit nombre de ceux que je pus retourner à la hâte, m'offrirent les deux magnifiques Carabus Lafertei et refulgens m,; Cychrus signatus, Carabus incatenatus, Nebria Marchallii. Plus haut, dans la région des bouleaux, je pris Pterostichus Schoenherri, le joli Calathus femoralis m.,-et Pristonychus pretiosus. Nous arrivàmes ensuite à de riches pâturages remplis d'herbes succulentes et des plus belles fleurs. Au sommet d’une côte très-élevée, je trouvai une infinité de petits tas de fourmis que je ne pus malheureusement pas examiner, mais que j'engage

ceux qui visiteront ces lieux à ne pas négliger. Des

champs entiers de Daphne couvrent les sommets ; sous leurs feuilles sèches je ramassai des Calathus alternans Fald., Leistus femoralis m., et quelques autres insectes; des Cicindela trapezicollis couraient le long des sentiers. Sous les petites pierres au bord des ruisseaux je trouvai Cardiomera valida m., Feronia rufipalpis m., Agabus glacialis Hochhuth, etc. Les pierres sont malheureusement trèsrares sur ces cimes couvertes de terre végétale; près des neiges je ne trouvai sous le petit nombre de celles qui gisaient cà-et-là, que Carabus cribratus, incatenatus, Roseri, Pristonychus pretiosus, quelques Feronia et quelques Brachélytres. Il est à remarquer qu'à l'exception de la N. Marchallii et de l’intricata, je ne trouvai aucune Nebria particulière à ces montagnes. Arrivé au sommet, je pus promener mes regards sur l'Asie mineure, sur ce beau pays que des peuplades, vivant de sang et de rapine, rendent inabordable, semblables à ces dragons fabuleux qui ne laissaient approcher personne des trésors dont ils ne jouissaient pas eux-mêmes.

Le lendemain, à l'aube du jour, je fis mes adieux à mon compagnon de voyage. Ces adieux devaient être les derniers, car un mois après, il n’était plus! — Le temps était superbe. Je gravis à cheval avec assez

de difficulté, les pentes escarpées d’un col très-élevé

qu'il faut traverser pour se rendre dans les vallées de l'Imérétie. Du sommet de ce col, où je m'arrêtai pour laisser reposer les chevaux, je contemplai avec délices la vue qui se présenta soudain à mes regards. C'était le gigantesque Elbrous avec toute la chaîne du Caucase, sur une étendue de plus de 400 werstes. Qui pourrait jamais oublier le sublime d’un pareil spectacle? — Je trouvai en cet endroit un magnifique-Carabus que je crois être la femelle du C. Humboldtii, mais qui en diffère cependant par quelques caractères, mâle et femelle d'Eutroctes oxygonus m., Carabus incatenatus, et quelques Carabiques, mais en petit nombre, à cause de l'absence presque totale des pierres roulées sur le sommet. Les seuls abris que trouvent les insectes sur la superficie, sont les excréments desséchés des bestiaux, et je suppose qu’en général ils vivent dans des trous en terre. — On ne les rencontre donc guères qu'au moment où ils se mettent à la recherche de leur pâture, ce qu'ils font le soir ou de grand matin, et c’est précisément un temps où il est impossible de se trouver dans ces endroits éloignés de 15 werstes au moins de toute habitation, à moins de passer la nuit sur la montagne, ce que l’on ne peut faire sans prendre diverses précautions. — La descente du col vers les vallées s’effectue par des chemins épouvantables et même dange-

reux. Longtemps on reste suspendu sur un abîme ver-

tical de plus de 2000 pieds de profondeur, aufond duquel on entend un torrent rapide rouler avec fracas ses eaux écumantes, entraînant avec lui des arbres entiers, Le sentier n’a pas plus d’un pied de largeur entre le précipice à droite et la paroi de rochers à gauche, et souvent le cheval roule plutôt qu'il ne marche sur le roc inégal. À ces dangers succèdent des obstacles d’une autre nature. Sur de longs espaces, le cheval s'enfonce presque jusqu'au poitrail dans une terre glaise liquide; où l’on n'avance que lentement et au pas. Cependant il y a des dédommagemens. L'oeil se complaît sans interruption dans des vues sauvages, mais pittoresques; peu-à-peu la scène prend un aspect plus riant. On quitte la région des sapins; on se retrouve avec un certain plaisir au milieu d'une végétation moins uniforme et plus chaude. On revoit avec satisfaction les belles plaines de l’Imérétie, plaines pittoresques où l’épaisse * et sombre forêt succède au champ cultivé, où les villages disparaissent sous de riches voûtes de verdure, où l'homme seul, insouciant et paresseux, fait ombre au tableau. — Je m'arrêtai quelques instants à Bahdad, grand village situé à l'issue des vallées, et d'où l'on peut se rendre à Osourghéti, chef-lieu du Gouriel; après y avoir eu un second échantillon de la singulière et originale hospitalité des habitans de la classe supé-

rieure, je franchis au galop de mon cheval l’espace qui

sépare cet endroit de Koutaïs, que je quittai le soir même en téléga de poste pour m'embarquer sur le Rion à Maragne, poste situé sur la frontière de la Mingrélie. Je descendis ce beau fleuve en petite barque, et j’eus tout le loisir d'admirer ses bords pittoresques, plantés de magnifiques forêts, et parsemés de villages mingréliens. Pour arriver à Redoute-Kalé, on quitte le Rion pour suivre un canal étroit, presque parallèle au rivage de la mer, qui traverse d'immenses marécages boisés, et qui aboutit à la rivière de Khopi, -sur laquelle est situé Rédoute-Kalé. Je dus attendre # jours entiers l’arrivée du bateau à vapeur qui devait me ramener à Kertch; et je ne pus pas m’absenter une seule fois pour faire des excursions dans les environs, dans la crainte que le py-. roscaphe, qui n’arrive pas à des époques fixes, ne repartit sans moi. Je dûs me contenter d'aller me poster en sentinelle sur la plage, pour guetter l’arrivée si désirée du bâtiment, car le séjour de Redoute-Kalé est loin d’être agréable; aux chaleurs étouffantes et malsaines de l'été, aux miasmes fiévreux qui s'exhalent des vastes marais qui entourent la ville, se joignent des privations de toute espèce, auxquelles il est impossible de remédier. L'eau même y est impotable., — Cependant je fis une ample récolte de petits Carabiques, de Brachélytres et d’autres coléoptères sous

les herbes et les fragments de toute espèce rejetés par

la mer, ou apportés par la rivière; et c'est sur les bords de celle-ci que je découvris un insecte dont j'ai dû faire un nouveau genre que j'ai nommé Apristus. Enfin le # Juillet au matin, l’arrivée du pyroscaphe mit fin à mon attente, et à mon voyage au Caucase, qui avait duré un mois et 8 jours. Puisse l’entomologie, ma science chérie, en profiter autant que j'en ai rapporté de souvenirs et d'impressions ineflaçables !

L'on ne cherchera point sans doute à voir dans ce que l’on vient de lire, une relation de voyage. Je n'ai, en écrivant ces lignes, eu en vue que d'indiquer à ceux qui plus tard visiteront ces lieux dans le même but, les endroits où ils pourront retrouver les espèces intéressantes que j'en ai rappartées, ou découvrir encore beaucoup de choses nouvelles. Ce n’est donc qu'un manuel qui sera certainement utile au voyageur entomologiste qui parcourra ces contrées, et j'ai senti à chaque pas moi-même combien un guide semblable m'eût épargné de temps et de courses inutiles.

Je n'ai plus qu'un mot à dire sur les voyages de mon ami, le Baron Gotsch, qui m’a envoyé beaucoup d'insectes des provinces transcaucasiennes, parmi lesquels plusieurs Carabiques nouveaux, qui seront décrits dans les pages qui vont suivre. N'ayant pas entre les mains le journal de ses pérégrinations, je me bor-

nerai à tracer l'itinéraire de son voyage. De Tiflis,

qu'il a quitté le 15 Mars, il s’est rendu à Bakou, en traversant la Kakhétie, et la province de Schirwan, mais le printemps a été si tardif, qu'il a presque partout trouvé l'hiver sur son passage; et ses récoltes ont été à peu près nulles jusqu’à Lenkoran, où il est arrivé au commencement d'Avril, en passant par Saliane et en longeant les bords de la mer Caspienne. Son séjour à Lenkoran a été d’un mois environ, et pendant tout ce temps il a parcouru les environs, sans toutefois pénétrer dans les montagnes de Talyche, qui en sont peu éloignées, et très-riches en insectes. En revanche les plaines et les collines environnantes lui ont fourni beaucoup d'insectes qu'il m’a envoyés, et parmi lesquels j'ai trouvé beaucoup de choses nouvelles, principalement parmi les petites espèces qu’il n’a pas négligées. De Lenkoran, il a traversé la steppe de Moukhan, plaine aride qui lui a fourni quelques Mélasomes, et après un séjour de quelque temps à Elisabethpol et dans les environs, où il a également recueilli beaucoup d'insectes, il est revenu à Tiflis, presque qu'au même moment où j'y arrivais du côté opposé. Après notre séparation aux eaux d'Abbastouman, il s’est rendu à l’Ararat, dont il a fait deux fois l'ascension, en compagnie d’un minéralogue distingué, le professeur Abich, qui nous fera bientôt part de ses études sur les montagnes du Caucase.

[il paraît qu'il avait trop présumé de ses forces et qu'il

ne s était pas assez ménagé, car 3 jours à peine après son retour à Tiflis, un fièvre neryeuse typhoïde le faisait descendre dans la tombe, victime de son zèle ar-

dent pour la science.

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