‹ Environs de Paris --Chapitre 19 sur 59 · VUE ET PERSPECTIVE DU CHATEAU · texte numérisé non relu

VUE ET PERSPECTIVE DU CHATEAU

D'après une estampe

au lansquenet », parée d'une robe de dentelles d'Angleterre valant plus de 22.500 livres; en 1769, la Dubarry loge au château, près du Roi (^)... On déploie à Marly un luxe fou, mais la saleté y est repoussante, on y gèle et les loups, qui font rage « dévorent le courrier

des antichambres étaient à la bourgeoise et on ne saurait plus petits. {Journal du Marquis d'Argenson, t. V, p. 162.)

On est, dit-on, assez triste à Marly : chacun y vit en son particulier; on y joue un gros et horrible jeu; M. de Soubise, M. de Luxembourg s'y ruinent; le Roi gagne gros, M"i« Infante a fait quatre mains à fond, qui étaient en total de plus de deux mille louis. [Journal du marquis d'Argenson, t. V, p. 489.)

(1) Anecdotes de M™' Dubarry.

LE CHATEAU ItE MARLY

d'Alençon avec son cheval » (^), les cheminées fument, on y a les fièvres, la rougeole; et les punaises sévissent!

DE MAULY un COTE DES JAIIDINS.

du xviie siècle.

Louis XVI y chasse et Marie-Antoinette vient y voir « se lever l'aurore (^) »... La Révolution éclate, vide Marly, disperse les statues et les vases, vend à l'encan les grilles de fer forgé, les consoles sculptées, les frontons de marbre où vit un peuple de dieux, les décorations des galeries, les soies des boudoirs, les fauteuils des salons... On saccage les jardins, on arrache les roses, on pille, on brise, on se chauffe (3) avec les treillages dorés; des {( malveillants » culbutent la Vénus de Médicis; de

(1) Lettres de La Palatine, t. II, p. 82.

(2) Bachaumont, l""" juin 1778, 18 novembre 1778.

(3) DussiEux, t. II. (Le Palais de Versailles, p. 406-407).

« grandes quantités de fer et de plomb provenant des démolitions du parc » sont livrées au ministère de la guerre; on mutile les vases et les statues; et Huzard, charpentier à Marly, doit construire — au prix de 225 francs — deux « encaissements » (') pour préserver les « Chevaux » de Coustou des fureurs populaires! — Enfin une délégation de la commission des arls obtint de « faire placer dans les dépôts nationaux » une cinquantaine de « statues, tables et vases de marbre ou de bronze, groupes de plomb, etc.. « ; le 9 juillet 1794, les deux admirables groupes de Coustou — qui décorent actuellement l'entrée des Champs-Elysées — étaient amenés à Paris par les soins du colonel d'artillerie Grosbert, directeur de Tarsenal de Meulan {-). La plupart des marbres du parc avaient été affectés à la décoration du jardin des Tuileries (3); d'autres venaient orner la terrasse et les jardins du Corps législatif; plus tard, Alexandre Lenoir en [)laçait quelques-uns, une dizaine, sur les façades de la Malmaison.

Le parc étant dévasté et les bâtiments dépouillés, le Directoire mit en vente le domaine lui-même et le céda (31 mars 1799) au prix dérisoire de 412.361 livres — payables en mandats territoriaux (lesquels valaient alors 28,145 francs d'argent) — encore l'État n'encaissa-t-il qu'un acompte !

(1) DussiEUX. (Le Palais de Versailles, t. II, p. 407.)

(2) Société française pêyidant le Directoire, p. 39.

(3) DussiEUX. [Le Palais de Versailles, t. Il, p. 407.)

LE CIIATKAL HE MAULV

C'est alors que commence le véritable martyrologe de Marly. L'acquéreur de l'ex-domaine royal, le possesseur légal de tant de splendeurs, le successeur de tant de rois était un abominable Auvergnat, nommé Alexandre Sagniel, néfaste goujat, pour qui n'existaient ni respect

LA Gr.ANDR OEIiBE 1)L PARC DE .\IAI;l,^.

de l'art, ni respect du passé. Ce gredin sinistre s'abat sur Marly comme un cyclone, il brise ce qu'il touche, salit ce qu'il ne peut briser, et déshonore le reste. 11 fait argent de tout : vend les bas-reliefs de marbre encore incrustés dans les murs, vend les balustrades de pierre, les grilles dorées, les balcons, les pavements de faïence

et les parquets, démolit les pavillons et vend les matériaux à la criée; il vend les poissons des étangs, les arbres du parc, les plombs des conduites d'eau! Ayant eu ridée grotesque d'un « métier à fabriquer les draps », destiné à ruiner l'industrie anglaise, Sagniel fait crever

VUE DE LA CASCADE IiE MAItLY.

le toit du pavillon royal et installe sa stupide invention dans le grand salon, converti en cour pavée! Trois paires de bœufs attelés actionnent ses manivelles et les métiers ronflent entre les quatre murs encore fleurdelysés! Sagniel — Dieu merci! — fait de mauvaises affaires; il va sauter ; une « combinaison » le sauve — hélas ! — Il

J.-M. Moieau, del.

Cari Guttenberg, xculp.

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