‹ Environs de Paris --Chapitre 20 sur 59 · LE DÉPART POUR MARLY · texte numérisé non relu

LE DÉPART POUR MARLY

redouble alors de vandalisme el d'activité; tond de plus près les arbres, gratte de nouveau les murs, arrache ce qui reste de dorures et de boiseries, ajoute une quatrième paire de bœufs à son attelage 1

Tant de honteuse barbarie finit par émouvoir quelques honnêtes gens; on proleste, on réclame, on s'efTorce d'arracher à cette brute le peu qui survit de Marly; la bureaucratie se fait la complice de Sagniel, et c'est en 1810 seulement que l'empereur Napoléon peut racheter le domaine, hideusement mutilé, au prix de 421.000 francs... frais compris!

Un pèlerinage dans ces ruines est facile; à hauteur de la dernière arcade de l'aqueduc, la grand'route — reliant Versailles à Saint-Germain — bifurque. A droite, la route de Louveciennes, et devant nous la route du Cœur-Volant. A gauche, une entrée de parc, une ruine rapiécée où survit encore de la beauté... Ce fut jadis la « Grille royale « la porte d'honneur du château de Marly. C'est par là qu'il convient d'entrer.

Deux vases de pierre, sculptés par Jouvenel, surmontant deux pilastres délabrés, précisent l'ancienne entrée ; les grilles ont été arrachées et des ajoutés en maçonnerie ont rétréci les passages que frôlèrent les larges carrosses écussonnés; de grossières portes de bois remplacent aujourd'hui les fers forgés d'antan... Mais la

nature a daigné voiler le crime des hommes: sur ces mutilations sauvages elle a jeté des roses, de belles roses-thé qui embaument, et fait pousser des lilas dont les grappes mauves s'épanouissent au printemps, dont les feuillages de bronze festonnent en été les montants dégradés de ce qui fut la grille d'honneur.

Cette entrée royale est devenue cour de ferme. Des enfants se balancent sur une corde accrochée entre deux branches d'acacias; des poules picorent le gazon; un coq chante sur un tas de fumier; des canards s'ébrouent dans la mare voisine, et une bande d'oies, le cou tendu, regarde passer les passants.

Devant nous un rond-point demi-circulaire où aboutissent des allées d'arbres, profondes, formant voûte... De loin en loin, un angle de pierres saumurées par le temps, une corniche branlante surmontée d'un panache d'iris, marquent la place, où s'élevaient jadis des bâtiments : écuries, remises, cuisines, porterie... Au bout d'une allée à pente rapide une large terrasse, au milieu un carré de pierrailles — de 42 mètres de côté — que coupe un chemin glaiseux... des plâtras, des soubassements en brique, des éboulis que recouvrent les ronciers, les orties, les herbes folles... voilà tout ce qui reste du fastueux palais de Marly!

Jamais ruine plus ruinée n'offrit plus désolant aspect; et pourtant rien de plus facile que de réédifier par l'imagination le merveilleux domaine. Plaçons-nous au centre de ce « Pavillon Royal »; et là consultons l'excellente

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