LE PLAN DE BELLEVUE VERS
BEI.LEVUE 155
d'amuser « l'inamusable » Louis XV. Dans ce divertissemeiil la « Montagne en mal d'enfant » accouchait du « Château de Bellevue », et sur la scène venait culbuter une des énormes voitures desservant alors Paris et Versailles et dénommées « pots-de-chambre ». — Des femmes en sortaient « échevelées et dansant un ballet... » Le Roi daigna sourire; aussi le génial organisateur de cette fête, M. de La Vallière, fut-il fort complimenté!
Quel succès obtint ce « Bellevue » dont les boiseries, « peintes d'un très beau blanc des Carmes, étaient sculptées dans la dernière perfection (i) »... Aux murs, des bustes de marbre, des statues signées Adam et Falconet; des trophées, des attributs de pêche et de chasse peints par Oudry; six tableaux de Vanloo; une galerie où souriait « l'Amour » entouré de paysages de Boucher... Des grottes, des jardins fleuris, des nymphes de Pigalle, une tour, « la Tour de Marlborough » (dont les restes subsistent encore dans une propriété voisine), des eaux vives, des allées ombreuses. Dans ce cadre admirable circulaient les invités, revêtus de « l'uniforme », habit
représenter un ballet qui fit grand plaisir au Roi, qui no s'y attendait pas. La décoration représentait une montagne. On entendit un bruit souterrain comme si elle eût dû accoucher. Alors, elle accoucha du château de Bellevue. Des ouvriers vinrent perfectionner les jardins et former un ballet. Puis l'on vit, sur le grand chemin de Versailles, passer des voyageurs. Une voiture nommée pot-dechambre, pleine de femmes, culbuta, et les femmes sortent échevelées, et dansent un ballet. (Mémoires du 7narquis d'Argenson, t. IV, p. 13.)
(1) Journal de Barbier, t. IV, p. 474.
de drap pourpre brodé d'or, veste de satin gris blanc, « travaillé d'un dessin chenille en pourpre et bordé de quatre doigts d'une broderie d'or mat ». Le bon peuple, massé devant les grilles du château, contemplait, de loin, tous ces beaux seigneurs et admirait, de près, les mollets prestigieux du suisse en livrée jaune de Pompadour... un jaune éclatant, incomparable... un jaune d'or (^) !
La lassitude succéda vite à l'engouement : bientôt la marquise se désalTectionna de Bellevue, qu'en juin 1775 elle rétrocédait au Roi, à beaux deniers comptants. Lors de son avènement au trône, Louis XVI fit don du château à ses tantes Mesdames Adélaïde et Victoire, et l'ex- « Temple de la Folie » devint une sorte de manoir provincial, évoquant la cour patriarcale du roi Stanislas — leur aïeul — à Nancy. Pieuses et charitables, Mesdames de France dépensaient leurs revenus en œuvres de bienfaisance. Une ou deux fois par semaine, Louis XVI
(1) J'ai vu l'habit d'ordonnance de ce château de M. le comte de Saint-Florentin : c'est un drap fin, pourpre avec une fort belle broderie d'or, en bordé, et en boutonnières assez larges, doublé d'un satin blanc avec une veste d'un satin gris-blanc, travaillé d'un dessin chenille, en pourpre, et un grand bord de quatre doigts, d'une broderie d'or mat, sans fleurs ni dessin. Les femmes ont des robes de la même étoffe que ces vestes, tout unies, sur or. Tous les valets de chambre des seigneurs sont habillés d'un drap vert avec un bordé et des boutonnières d'or. M™« la marquise n'a donné que le drap et l'étoffe de la veste et, apparemment, le dessin de la broderie, qui est uniforme et qui revient pour l'habit et la veste à près de onze cents livres. Les habits des valets de chambre sont aussi aux dépens des maîtres. Elle a aussi donné l'étoffe des robes aux dames. [Journal de Barbier, t. IV, p. 499.)
CELLEVUE
venait saluer ses tantes, leur conter ses préoccupations, se recommander à leurs prières (^). Longtemps leur bonté les protégea contre les fureurs populaires: mais, après